Selon une légende, il faudrait 21 jours au cerveau pour se débarrasser d’une mauvaise habitude.

Selon la Dermatologie, le renouvellement cellulaire se ferait tous les 21 jours.

Quoiqu’il en soit on peut garder comme objectif trois semaines, mais si l’on ne tient pas la barre pour les prochains mois, tous les efforts et bonnes résolutions seront perdus.

Cela fait maintenant 9 mois que je suis rentrée en France et visiblement je vais y être pour encore longtemps. Depuis 9 mois je suis au même endroit, je n’ai pas pris l’avion, je n’ai pas subi de décalage horaire.

Contrairement à ces 7 dernières années durant lesquelles je prenais l’avion en moyenne tous les trois mois, sur de longues distances, entre l’Inde, l’Indonésie, la Thaïlande, le Vietnam, le Népal, l’Europe pour repartir ensuite en Inde et recommencer un nouveau cycle soit une nouvelle année, cette année je dois reconnaître que je bats un record de stabilité.

Les nouvelles restrictions imposées par le Covid m’ont proposées un nouveau style de vie, ce qui m’a évité d’un certain côté de devoir faire un choix, et en même temps qui a bouleversé mon quotidien.

J’avais perdu l’habitude d’être longtemps au même endroit, la sensation de froid m’était devenue étrangère. Le plus “grand froid” que j’ai eu à subir ces dernières années fut un gros 12° au Népal. Ce qui est paradoxale aux vrais grands froids expérimentés lorsque je vivais au Canada pendant 7 années.

Malgré tout ces déplacements et une taxe carbone à mon actif quasi impressionnante et qui me sort du “Yogi écologiste”, j’ai pu garder une pratique régulière. En effet mes voyages étaient rythmés certes à celui de la possibilité des différents visas qui me permettaient de rester 3 mois ou moins sur certains territoires, mais surtout aux shalas dans lesquels et aux professeurs avec qui je souhaitais pratiquer.

Retour et Adaptation

Je suis rentrée fin mars, de 35° je suis passée à 10°. Pour autant je ne l’ai pas si mal vécu. Ce qui fut le plus dur a été de garder mes pratiques de yoga.

Les trois premiers mois j’ai complètement tourné le dos à l’Ashtanga Vinyasa Yoga. Je l’ai pratiqué en dilettante, sans suivre la série, et en ajoutant des postures que jamais je ne pratiquais en amont, en y incluant beaucoup (trop) d’équilibres et inversions sur les mains.

C’était le confinement, les réseaux sociaux ont eu impact considérable sur mon mental. De manière générale en Asie je me forçais à poster une fois voir deux fois par semaine et fondamentalement Instagram n’était pas important à mes yeux.

Le confinement a tout changé. Les live, les IGTV, les vidéos Youtube, tous les professeurs de Yoga, de Pilates, de fitness, de cuisine, les échanges entre copines en live auxquels on pouvait assister sans même les connaitre, m’ont complètement frappés de plein fouet.

Je découvrais un monde virtuel pour lequel je n’étais pas préparée, et je suis entrée dans la course. Je me suis obligée à faire des vidéos YouTube, j’ai participé à des live Instagram, j’ai suivi le mouvement, je voulais aussi en faire partie. J’avoue, je reconnais sans honte avoir été complètement influencée.

L’après-confinement je suis allée poser mes pénates à Paris. Et là j’ai redécouvert les joies des boulangeries, des fromages bien français, une nourriture à laquelle je n’avais plus l’habitude.

Et tranquillement pas vite, j’ai commencé à faire du gras, littéralement parlant.

J’ai repris des pratiques régulières en remettant au goût du jour l’Ashtanga Vinyasa Yoga mais j’avais passé tellement de temps sur les mains, à ne travailler que des flexions arrière, ou du renforcement abdominale, que mon corps n’était plus enclin à recevoir ces pratiques.

J’ai donc cédé, et j’ai continué à travailler hors du cadre de l’Ashtanga Vinyasa me limitant à une pratique, le vendredi, de la Première Série seulement. Parfois j’allais visiter Laghu Vajrasana mais comme ma pratique en amont avait été laborieuse je n’y passais plus vraiment beaucoup de temps.

Puis j’ai repris le chemin de l’enseignement en Juillet et en Août. Je me levais tôt pour faire les postures debout de la Première Série et arrivé au sol je passais très vite aux flexions arrière et équilibres sur les mains.

Jamais je n’avais autant varié mes pratiques, pensant (à tort avec le recul) que l’important c’était de pratiquer peu importe le style.

J’ai complètement lâché au niveau de l’alimentation, les croissants le matin c’est bon, la pizza le soir c’est délicieux et le fondant au chocolat il n’y a qu’en France qu’il est bon.

En septembre je suis partie en Bretagne et là j’ai réalisé l’ampleur des dégâts. Comme j’étais seule, je me suis imposée l’emploi du temps que j’avais en Asie, c’est-à-dire 4.30 AM sur le tapis pour la première série.

Mon objectif était simple. Deux semaines de Première Série régulière, et à la troisième je me “devais” d’être prête pour retourner visiter la Seconde série.

La première semaine fut longue et somme toute assez laborieuse. Je passais mes après-midi en forêt de Brocéliande en listant dans ma tête les postures pour lesquelles c’était devenue difficile.

A mon grand désarroi mais pas désespoir on s’entend, les difficultés commençaient à Janu Shirshasana C. J’avais mal à la cheville en la faisant…..

La deuxième semaine j’ai commencé à lâcher, je me suis dit si l’Ashtanga ne veut plus de moi alors moi non plus.

Du coup je continuais de me lever tôt, j’ai même entrepris un jogging pour lequel il m’a fallut trois jours de récupération, je me suis imposée une diète de trois jours pour commencer à perdre mon poids (sarcastique) et j’ai envisagé des pratiques plus légères…. tout en m’obstinant à repasser sur les mains, avec le mur, sans le mur, à faire des flexions arrière en veux-tu en voilà. Bref une pratique certes longue, régulière mais complètement inefficace et bâtarde.

La troisième semaine, je me suis résignée à retourner sur celle du Hatha Yoga. Comme en Octobre je donnais une formation Hatha Yoga, je me suis consolée en me disant que j’avais une bonne raison de mettre de côté Krishnamacharya & Co.

De toute manière j’avais tellement pris au niveau des cuisses et des hanches que Supta Kurmasana était chose du passé.

Pendant la formation d’Octobre j’ai été “sage” alimentairement parlant 3 jours. Au quatrième, il y avait tout le temps des croissants, gâteaux et autres pâtisseries faites avec amour par les étudiants, que pour le coup je me suis laissée tenter et franchement je ne le regrette pas.

Le corps une machine formidable

Absolument.

C’est là que je remercie ce corps. Il SAIT quand il a dépassé ses limites. A vous de recevoir l’information et de la processer…. ou pas…

Pour ma part quand la formation s’est terminée le 14 Novembre, je savais qu’il fallait que je retourne sur les rails. Je le sentais. D’un point de vue physique mes pantalons me moulaient, mes pulls devenaient serrés aux bras et d’un point de vue mental, l’excès de sucre et de gras dans mon organisme pouvaient m’amener facilement vers une morosité constante.

Le 15 au matin je suis partie faire des courses, et là je me suis mise à saliver devant des…… carottes et du cèleri.

Tout en analysant l’information que m’envoyait mon mental, le plus naturellement je me suis mise à la diète liquide pendant 7 jours. Au fur et a mesure des jours, j’ai diminué tout aussi naturellement le liquide des fruits et légumes, pour ne boire que des tisanes ou de l’eau chaude.

Je ne me suis rien imposée.

Parallèlement j’ai repris mes pratiques matinales. Comme je n’avais rien à faire j’ai élargi mon heure de pratique, au lieu de 4.30 AM ou 6.30 AM je commençais plus vers  9 heures, puis vers 10 heures, parfois 11 heures.

La première pratique soit le 15 Novembre j’ai fait la Première Série au complet sans sortir du cadre. Contrairement à mes craintes je n’ai pas souffert, à la fin j’étais même contente. En revanche sur un point de vue physique ce fut laborieusement lourd mais satisfaisant. J’ai ensuite documenté ma pratique et je continue de le faire.

Les deux premières semaines j’ai pratiqué sans arrêt, peu importe jour off, pleine lune, nouvelle lune, Venus en Sagittaire, rien de tout ça ne m’a impactée.

Le 28 novembre j’ai commencé à prendre des douches froides, au début 1 minute, puis 2, puis 3 minutes. Je m’assois dans la douche et je commence par les pieds pour remonter tranquillement vers le buste. Maintenant je peux y passer 5 minutes sans aucune pression.

Après la douche froide, je me badigeonne d’huile à l’arnica, j’enfile mon pantalon et je déroule mon tapis.

J’ai pris trois jours de non pratique pour cause de règles douloureuses et à ce jour j’en suis à 25 jours de pratiques et douches froides.

Depuis le 10 décembre j’ai retrouvé une pratique que je qualifierai d’admissible et passable.

Je fais la Première série, les seules postures que je coupe sont Janu Shirshasana A & B, pour passer directement à la version C, dans laquelle je reste 12 respirations.

Puis après Adho Mukha Paschimotanasana je passe à la deuxième série, j’arrête à Laghu Vajrasana et je reprends à Setu Bandhasana jusqu’à la closing series. En fonction de mes respirations mes pratiques ont repris une durée de 1h30 hors pranayama voir 1h45 quand je fais les drop back.

Effectivement pour reprendre le titre de cet article “21 jours”, c’est le temps que cela m’aura pris pour retrouver des pratiques convenables.

En revanche je pense qu’il me faudra encore 60 jours pour retrouver mon niveau d’avant.

Inversions et backbend

Ce que j’ai remarqué en voguant sur les inversion et les flexions arrière, en-dehors d’une pratique suivie de la Première et Deuxième Série, est que cela ne m’a pas fait du tout, mais pas du tout progresser.

Bien au contraire. J’ai bloqué mes épaules et comme mon épaule gauche n’est pas encore remise de mon petit accident de 2019, il m’a fallut ces 21 jours de pratiques fastidieuses et régulières sans sortir des cases pour retrouver force et stabilité.

Plus que je jamais le travail de Krishnamacharya et Mathieu Sweeney se révèlent à moi quant à la notion de Vinyasa Krama. Chaque posture répond à la suivante, chaque asana étant la préparation au suivant. C’est quelque chose que l’on ne peut pas comprendre si la pratique des mêmes postures n’est pas récurrente et régulière.

Si je prends mon exemple personnel, malgré mes débordements alimentaires, j’ai toujours gardé une pratique régulière, tout en tournant le dos à la répétition des postures de yoga. Je faisais un petit de “ci” pour un peu de “ça”, et, expérience personnelle, je n’en n’ai rien retiré de très concluant.

Iain Grysak a publié un post il y a quelques semaines sur son compte dans lequel il explique divinement bien pourquoi la répétition est importante.

Ces 7 dernières années j’en avais la conviction car je ne faisais rien d’autre. Mais ces derniers mois, la lumière qui avait dangereusement vacillé a complètement ressuscité mon engouement pour cette pratique.

Pour comprendre le pourquoi du comment, il faut certes se poser des questions, mais il faut avant tout les expérimenter soi-même.

Sans passer par l’Ashtanga Vinyasa Yoga qui reste quand même le socle tant dans la rigueur que dans sa générosité de tous les Vinyasas ou Flow du monde yogique, on peut aussi se faire soi même une charte de postures accessibles et pas forcément complexes, et envers laquelle on s’engagerait à suivre à la lettre pendant 21 jours pour commencer, puis ensuite trois mois, six mois, une année, 18 mois pour un jour se rajouter des postures équivalentes plus complexes.

Non seulement sur un plan physique le corps enregistre et comprend “où il doit aller” mais sur le plan mental cela amène à une plus grande stabilité car on ne se pose pas la question “bon et maintenant je fais quoi ?”

Quand cette question arrive elle perturbe l’esprit par la recherche d’une posture que l’on ne connait pas car jamais on n’aura pris le temps de la visiter assez longtemps pour savoir ce qu’elle aura à nous dire et nous transmettre.

La régularité c’est bien, mais combinée à la répétition c’est mieux. Vive la Routine en étendard !

Namaste !