Crédit Photo : Nicolas Cauvin

Interlude

Avant les formations de Yoga de 200 Heures, il n’existait pas de classe “Asana Clinic ou ajustements de postures”.

Le terme a commencé à bourgeonner au même moment que Yoga Alliance US venait d’être créé.

Sans le savoir, nous avons été conditionnés “à suivre” un certain programme, dicté par Yoga Alliance US, représenté par des “professeurs” ayant cumulé des 200 Heures de formation.

Je n’ai jamais caché mon aversion pour Yoga Alliance US, et soyons extrêmement honnête, la seule raison pour laquelle je suis enregistrée auprès d’eux, est tout simplement à des fins commerciales.

Beaucoup d’écoles vanteront le fait que leur formation a été “reconnue” (le gag!) par Yoga Alliance US, alors qu’en fait il suffit de remplir un formulaire, pour lequel vous avez des cases à cocher et éventuellement expliquer votre programme, mais pour lequel personne ne viendra s’assurer de vos compétences. La seule chose importante à leurs yeux est votre capacité à payer la cotisation….

Demain si vous le souhaitez vous pouvez y inscrire votre école, ça prendra un peu de temps car Yoga Alliance US voudra vous faire croire qu’ils sont pointilleux, mais ce n’est que du vent.

Les échanges que j’ai eus avec la personne en charge m’ont tellement énervés, que j’ai laissé Trupta s’en occuper qui a beaucoup, beaucoup mais vraiment BEAUCOUP plus de patience que moi face à leur incompétence.

Quand on parle d’ajustement de postures, on s’attend donc à recevoir ou apprendre l’ajustement exact, parfait, précis pour telle ou telle posture.

Or comme je le dis (trop) souvent, il n’existe pas d’ajustement universel.

C’est à la posture de s’adapter au corps et non l’inverse

De ce fait, la seule chose qui fait que vous saurez ajuster, se fera au-travers de l’application ET implication que vous mettrez dans votre pratique personnelle ainsi que la compréhension de votre corps ET de votre mouvement face à l’asana.

Un ajustement se fait au-travers d’une expérience personnelle de la pratique.

Il est impossible de proposer un ajustement si la posture n’a pas été traduite et assimilée par le corps. Dans le cas contraire, on ne fait que répéter ce qui a été dit dans le livre, et comme le “but” du yoga est avant tout la connaissance de soi tant mental que physique, l’ajustement du livre ne sera qu’un pâle reflet de l’expérience vécue par autrui.

Si l’on se concentre essentiellement sur l’anatomie à vouloir connaître absolument par coeur les muscles qui sont actifs dans telle ou telle posture, encore une fois on sort d’une pratique traditionnelle, pour retourner dans une pratique essentiellement basée sur l’esthétisme et pour laquelle seule la forme et le visuel compteront. Et ce au détriment du pratiquant qui se trouve sur le tapis.

Ajuster seulement ce qui est nécessaire

Trop d’ajustement, tue l’ajustement et la posture. Cela peut aussi avoir un impact négatif sur le pratiquant qui se retrouvera manipulé à plusieurs endroits, dans le même asana, trop longtemps, et le ramènera au fait qu’il ne sait pas.

Pendant les formations, parce que l’on demande aux étudiants d’apprendre à ajuster, souvent ils vont le faire en reproduisant tout simplement ce qui a été vu, au lieu de se concentrer sur le corps qui se trouve en face et qui peut être a simplement besoin de revoir un alignement de pied…. Le reste suivra.

Il faut certes pouvoir corriger une posture selon notre ressenti mais pas selon “nos” propres capacités.

Si le professeur présente une hyper flexibilité il devrait ne pas pousser l’élève à reproduire la même chose. Vous pouvez peut être vous plier en deux, votre élève non. Dans ce cas, il faut pouvoir comprendre le chemin qui amènera l’élève au plus proche de la posture, tout en gardant “sa” vérité.

Il m’est arrivé de recevoir des ajustements qui n’étaient pas fait pour mon corps. Le problème n’était pas la posture mais bien le type d’enseignement reçu.

On m’a forcée dans des jump back impossibles à réaliser selon mes propres capacités, alors que je peux les passer en respectant ce que mon corps me propose.

La forme est certes différente, mais le résultat reste le même.

Comme l’explique si bien Trupta, pour aller voir la Tour Eiffel vous pouvez soit prendre le métro, y aller en vélo, prendre une marche ou y aller en voiture, le but étant de visiter la Tour Eiffel.

Le chemin pris pour y aller ne dépend que de vous. Si vous avez décidé d’y aller en marchant vous y arriverez probablement plus tard que la personne qui aura choisi le vélo.

L’important n’est pas la rapidité à laquelle vous allez vous y rendre, mais bien le fait qu’au final, peu importe votre choix, vous arriverez à destination par vos propres moyens.

Donner les outils nécessaires

Personnellement je suis assez pointilleuse dans les ajustements que je propose. J’aime la chirurgie du mouvement. Il m’arrive très souvent de ne corriger que l’espace entre les côtes et le bassin, ce qui parfois est suffisant pour changer la structure même de la posture.

Je me sers avant tout de mes pratiques. Pour une posture comme Trikonasana, au lieu de me concentrer sur la rotation du torse, je préfère aller visiter la rotation externe du fémur à la base du grand trochanter. Dans 99.9% des cas, le reste du corps suit, et il n’a besoin de rien d’autre.

Je ne l’ai pas appris dans un livre, je l’ai découvert un jour où je me suis rendue compte que mon épaule droite était bien trop en avant de mon talon droit. Dans le même temps, l’information que mon corps envoyait à mon système nerveux était le positionnement de ma jambe droite. De là j’ai commencé à bouger mon fémur au lieu du pied et comme par magie le reste du corps a suivi.

C’est ainsi que je travaille.

Je n’ai pas l’ambition ni la prétention d’avoir la science infuse. Mon corps est un véhicule, l’asana est un outil et j’utilise les deux pour une meilleure compréhension du mouvement.

En tant que professeur, il faut pouvoir transmettre à nos élèves notre expérience avant tout.

L’être humain est constitué de deux jambes, deux bras, deux mains etc. Chaque membre doit pouvoir produire une action qui équilibre la structure au complet. Lorsque l’on se tient debout, l’ancrage sera plus fort si les deux pieds sont au sol en même temps.

Pour parer à la perte d’équilibre lors d’une posture où l’on se retrouve avec une jambe en l’air, il faut pouvoir créer une opposition équivalente entre la jambe du sol et la jambe qui se trouve en l’air.

Par exemple dans Uttitha Hasta Padangustasana, les orteils pousseront vers l’avant tandis que les doigts qui attrapent l’orteil tireront vers l’arrière.

Uttitha Hasta Padangustasana B

 Uttitha Hasta Padangustasana B

Pour stabiliser le bassin, il faudra descendre la fesse droite (si c’est la jambe droite qui est tendue) vers le sol, pendant que la jambe de sol elle poussera vers le haut.

Les oppositions permettent de compléter l’action du membre manquant (soit la jambe qui ne touche plus le sol).

Travailler avec la gravité est essentielle.

Il n’existe pas de posture où une partie du corps ne fait rien.

Le corps dans son ensemble est actif, que ce soit pour les postures debout ou au sol. Plus les oppositions sont fortes et présentes, plus le corps restera aligné. Plus l’on sera à l’écoute de ce qui se passe dans notre corps pendant la pratique, plus l’ajustement sera efficace. Avant de le prodiguer il faut pouvoir le ressentir en nous. 

Si l’on reste présent dans la posture pendant toute la pratique et que le souffle accompagne chaque mouvement, l’alignement viendra naturellement.

Avant de vouloir corriger l’élève, une communication doit être établie. Demander à l’élève ce qu’il ressent dans tel ou tel asana.

S’il est incapable de l’expliquer c’est simplement que la communication est à sens unique. L’élève fait la posture parce qu’il “doit” la faire et n’a pas vraiment l’intention d’aller la visiter. Cela arrive souvent au début, lorsque les pratiquants découvrent qu’ils ont un corps qu’ils peuvent bouger différemment. Une fois cette prise de conscience acquise, la pratique peut alors commencer à s’affiner.

Vous pourrez être surpris par ce que je vais écrire, mais je n’ajuste que très rarement des débutants de manière “manuelle”, c’est-à-dire en les touchant. Je préfère utiliser la parole.

Car la parole amène la clarté alors que la main posée à un certain endroit amènera la concentration simplement vers l’endroit où a été posée la main. Tandis que le souhait premier est d’amener votre élève vers l’ensemble même de la structure.

Prenons l’exemple d’un bébé qui ne marche pas encore. Vous voulez qu’il marche alors qu’il est encore trop tôt. On le tient alors par les bras en l’air et on le force à faire un mouvement qu’il ne connait pas car son système nerveux n’est pas encore rendu à ce stade de compréhension.

Dès le moment où vous lâchez l’enfant, il tombera. Pour autant le lendemain il continuera de ramper.

Il faut accorder du temps au temps.

Savoir doser les ajustements tout en restant honnête avec soi même. Ne pas reproduire ce que l’on voit sur une vidéo Youtube sans l’avoir expérimenté en amont.

On entend souvent que l’ajustement est un “art”.

Devenons donc Artiste de notre propre pratique !

Namaste,