Il se passe quoi ?

Pour le professeur, je parle d’un point de vu personnel qui est donc le mien, une période de retrait est nécessaire.

Il se passe une analyse de tout ce que l’on a enseigné. Et les questions que cela soulèvent.

Cela peut aller de “est-ce que mon enseignement a été satisfaisant ?”, “est-ce que j’ai bien fait ?”, à la question ultime que l’on se pose tout le temps “mais qui je suis pour dire que je forme des élèves ?”.

Oui oui (j’aime beaucoup cette petite expression).

D’où l’importance du retrait social. Besoin de faire le point et d’améliorer des points flous. Eviter de regarder ce que propose les autres au risque de devenir discriminante et d’exprimer une opinion bien tranchée sur certains programmes qui promettent un enseignement efficace après 5 jours de “formation”.

Pour l’élève, je dirai que le plus gros challenge auquel il fera fasse est son engagement face à la pratique personnelle. En-dehors du cadre intensif et de l’énergie collective que créé une formation de yoga, il est difficile et parfois compliqué de garder le cap. Entre les cours que l’on commence à enseigner, que l’on doit peut être préparer, la recherche d’élèves potentiels et tout le démarchage et le stress que cela peuvent entrainer, dérouler son tapis tous les matins afin de faire quoique ce soit peut vite devenir quelque chose d’insurmontable.

Et c’est parfaitement normal.

Et je dirai même que ce n’est que le début.

Au début de mon enseignement et bien avant de donner des formations, car j’ai commencé à former sur le tard tant il me paraissait inconcevable de proposer des programmes alors que je commençais à peine, je donnais entre 30 et 35 heures de cours par semaine. C’est énorme, c’est trop, je ne le recommande pas.

J’enseignais le Yoga ET la Méthode Pilates. Les deux premières années je n’ai pris aucune vacance, je courais dans tout Paris et je jonglais entre les Studios de Pilates et de Yoga dans le 8ème, dans le 4ème, dans le 11ème, dans le 18ème. 

Pour autant, j’avais tellement peur de manquer d’argent, car à l’époque le statut auto-entrepreneur n’existait pas, j’étais Travailleur indépendant ce qui signifie que la CIPAV pompait entre 3000 et 4000€ par an de cotisation, sans compter les charges d’URSSAF, que dès lors qu’il y avait un nouveau studio qui ouvrait, un nouveau créneau à 21 heures que personne ne prenait, je me jetais dessus.

A cette période j’étais propriétaire (donc je payais un prêt immobilier on s’entend), célibataire (donc pas de crédit d’impôts pour couple marié ou PACS) et je payais tout de ma poche. Vous dire que c’était la galère serait ne pas mentir, mais j’avais 13 ans de moins et toute l’énergie pour défoncer les portes.

Mon conseil aux professeurs qui arrivent sur le marché du travail : ne pas faire ce que j’ai fait.

Car dans toute cette cacophonie qu’était ma vie, je trouvais la force de me lever tous les matins à 6 heures pour pratiquer. C’est bien vous allez me dire, oui vous pouvez applaudir.

En revanche je l’ai payé sur le tard, en fait je le paie maintenant.

Les blessures.

Et oui, maintenir un rythme de vie actif avant 40 ans n’a rien d’impossible, le corps peut prendre et il prend tranquillement. Par contre il envoie la facture plus tard.

C’est là qu’il faut faire attention. Garder une pratique régulière est important, c’est indéniable, pour autant lorsque l’on parle de pratique cela ne veut pas dire faire 1h30 ou deux heures d’affilées chaque jour alors que vous avez une journée de 6 heures devant vous, durant laquelle votre outil de travail est justement votre corps.

Avec le recul je me rends compte que j’aurai du garder des pratiques raisonnables soit quelque salutations au soleil, quelques mouvements de Pilates, l’alternance de postures et de pratiques et garder les grosse pratiques pour les stages et pour les moments où je n’enseignais pas du tout.

A l’heure actuelle je continue mes pratiques matinales et quand je dois enseigner dans la journée, je ne montre plus les postures, ou je le fais à moitié. J’ai 46 ans et si je veux continuer à enseigner et surtout à pratiquer il faut que je soigne ces petites blessures provoquées par des pratiques sur un corps fatigué.

Ne mettez pas la barre trop haut

C’est le problème actuel. Avec les réseaux sociaux et notre bon vieil ami que représente Instagram, si vous enseignez le Yoga mais que vous n’avez jamais posté de vidéo montrant votre backbend sandwich ou votre équilibre sur les mains tout sourire éclatant, et bien vous n’êtes pas vraiment professeur de yoga.

La génération actuelle de professeur de Yoga a tendance à prendre des raccourcis, pour autant on ne peut pas vraiment la blâmer car depuis que les danseurs étoiles ou gymnastes ont découverts qu’ils pouvaient se recycler en prof de yoga lambda, la course aux acrobaties les plus dingues est quelque chose d’extrêmement courante.

Vous n’avez rien à prouver à personne.

On peut s’extasier devant Laruga Glaser ou Mark Robberds, mais il faut comprendre que ce que l’on voit n’est que le résultat d’années de pratique. Il faut donc éviter de vouloir reproduire à tout prix ce qu’ils font, car leur succès vient de ce qu’ils sont dans le monde du Yoga depuis plus de vingt ans.

Ne copier pas.

Encore une fois, on ne peut pas comparer une pratique qui vient d’une expérience de plusieurs décennies versus une pratique qui cumulent deux années. Ici je ne parle pas de postures de yoga, mais de tout ce que regroupe, englobe le yoga. Parce que vous avez chanté des mantras et des kirtans dans une formation de 200 Heures, vous décidez de lancer un atelier sur le sujet ? Parce que vous avez abordé les chakras après une séance de Pranayama vous vous lancez dans des ateliers “quel chakra es-tu?”. Non.

Cela ne marchera qu’avec le temps et une expérience compilée. Quitte à enseigner quelque chose il faut que la coupe soit pleine et que son contenu soit intéressant.  Même si la plupart des gens qui rejoindront ce genre d’atelier seront probablement des novices et n’y comprendront rien, ils vous voueront peut être même un certain culte car vous parlez de quelque chose qu’ils ne connaissent pas, pour autant la carte de l’imposteur n’est pas très loin.

Quand je donnais des cours de Pilates, il n’était pas rare de me retrouver avec des professeurs de fitness qui venaient assister à mes cours, pour ensuite enseigner à leur tour la Méthode Pilates, sans même avoir suivi une quelconque formation.

C’est prendre la première couche de ce que représente cette Méthode complète. Soit simplement la partie “le Pilates en fait c’est simple, c’est une série d’abdominaux”. Ma formation a durée un an et demie….. 

Prenez votre temps

Depuis 6 ans que j’enseigne des formations j’ai vu des élèves partir en vrille, démarrer un blog car ils ou elles avaient des compétences marketing, qui on su se vendre et se faire connaître, puis avec le temps qui ont simplement disparus de la sphère yoga. Ils ont eu le vent en poupe pendant quelques temps mais n’ont pas tenu sur la durée. Et ce malgré les jeux concours, les partenariats, les articles cinglants sur le yoga, les vidéos YouTube, les posts alléchants qui demandent tout le temps un avis aux abonnés etc. On sent le côté marketing à plein nez, mais ça peut plaire un moment.

J’en ai vu d’autre démarrer lentement mais sûrement (c’est la majorité), et qui maintenant ont ouvert leurs studios avec succès, ont su créer quelque chose autour du yoga et sont des professeurs absolument remarquables, que je suis et dont j’écoute à mon tour leurs conseils tant ils sont devenus dédiés à leur enseignement et à leurs pratiques.

Il faut à peu près trois années pour que la “mayonnaise prenne” si je puis dire. Les deux premières années sont souvent les plus difficiles, mais si vous savez de quoi vous parlez, si vous gardez une certaine éthique autant dans votre enseignement et dans votre vie et que votre vie ne dépend pas du nombre d’abonnés que vous pouvez avoir sur Instagram, alors sans aucun problème vous pourrez durer.

“Le bonheur on ne le trouve pas, on le fait. Le bonheur ne dépend pas de ce qui nous manque, mais de la façon dont nous nous servons de ce que nous avons”.

Arnaud Desjardins