L’étymologie du mot autopsie vient du grec : Aut – opsia = action de voir de ses propres yeux.

Origine venant de aut-óptēs qui veut dire témoin oculaire.

Si notre posture est souvent révélatrice de notre être, l’asana l’est tout autant.

De mon expérience personnelle, ce n’est jamais l’asana ou sa pratique qui “blesse”, mais bien notre façon de l’aborder.

Depuis quelques jours mon professeur est sur mon dos…. Il n’est jamais très loin de mon tapis pendant mes pratiques. Ce qui en soit est rassurant, mais aussi je le conçois quelque peu intimidant, d’autant qu’il ne m’a jamais habituée à ça.

Et depuis ces trois derniers jours il n’arrête pas de me faire remarquer que je n’utilise pas mes doigts pour mes appuis que ce soit pour les jump back ou jump front.

A ma grande surprise (ou plutôt désarroi), il a aussi attiré mon attention sur Chaturanga Dandasana.

Je l’ai entendu dire “Bring all your fingers on your mat, then press backward.…. hum…. Stef, flat hand on your mat!!!”….. à ce stade là je ne savais pas qu’il s’adressait à moi, puis quand j’ai vu ses pieds sur mon tapis j’ai compris que cette instruction m’était bel et bien destinée.

Et le fait est, que seule l’extrémité de ma paume de main touche le sol.

Je n’ai absolument aucune force dans les doigts car je les décolle systématiquement dès lors qu’il faut pousser en avant, en arrière, ce qui a pour effet de diminuer ma stabilité donc susceptible de chute, mais surtout ce qui provoque une instabilité flagrante au niveau du coude……..

Nous nous infligeons nos propres blessures

Que ce soit dans la vie ou sur notre tapis de yoga, nous sommes responsables de ce qui nous arrive. On ne peut pas blâmer qui que ce soit, si ce n’est nous-même. Même s’il est plus facile d’être malheureux à cause de quelque chose ou de quelqu’un.

Le fait est, je me suis blessée au coude en avril. Comme c’est arrivé pendant mes drop back (flexion arrière que l’on envisage à partir d’une posture debout), j’ai bien évidement imputé la faute à cette posture.

Jusqu’à aujourd’hui.

La symbolique des mains

La main représente notre capacité de prendre, de donner, de recevoir et est aussi un moyen d’expression et de communication.

De manière générale, je n’aime pas donner la main si ce n’est pour dire bonjour ou au revoir.

Je suis la première à m’exaspérer quand des couples se tiennent la main sur un trottoir bondé ou la bienséance voudrait que l’on marche l’un derrière l’autre pour faciliter le passage de tout le monde.

En Inde les hommes se donnent la main quand ils sont amis, les femmes aussi. Un jour que je marchais avec une amie indienne, elle m’a pris la main, je me suis figée sur place. Je n’aime pas marcher main dans la main quand je suis avec un homme. Je vais toujours m’arranger pour porter quelque chose ou bien je vais les glisser dans mes poches dès que j’en ai l’occasion.

Inconsciemment je reproduis la même chose sur mon tapis de yoga.

La bonne nouvelle est d’avoir pu identifier d’où venait vraiment ma blessure, la mauvaise nouvelle est qu’il va falloir que je me réconcilie avec mes mains et que je connecte cette partie du corps avec mon système nerveux. Travail en cours.

Les ouvertures

Il est très courant de proposer des cours à thème “ouverture du coeur, des hanches, étirement du psoas etc.” alors que fondamentalement un module bien préparé regroupera cet ensemble.

Toutes les postures de yoga ouvrent quelque chose et surtout les hanches, il n’est donc pas nécessaire de ne proposer que des asanas qui ouvrent seulement une seule partie du corps au risque de provoquer un déséquilibre.

Parshvakonasana ouvre les hanches tout comme Parivritta Parshvakonasana qui en plus ouvre le haut du corps en proposant une rotation du torse. En pratiquant les deux à la suite de l’autre, on aura ouvert les hanches et les côtes.

Si le pratiquant présente une raideur au niveau du bassin du fait d’un manque de mobilité et de compréhension du mouvement, il est fort à parier que la rotation du torse n’en sera que plus difficile.

On dit souvent que le psoas est le muscle de l’âme ou la poubelle du corps car nos émotions seraient emprisonnées dans notre bas ventre. On impute aussi le problème au fait d’une posture assise gardée trop longtemps.

Alors pour parier à ce problème, en plus de la pratique des asanas, souvent on retrouve des exercices purs de stretching qui consisteront à étirer à outrance l’intérieur des jambes.

Or proposer ce genre de pratique serait comme donner une aspirine pour le mal de tête au lieu d’en connaitre la source.

En Ayurveda on soigne l’humain en premier et la maladie ensuite. En Occident on soigne le mal en premier et l’humain plus tard, voir pas du tout.

C’est exactement la même chose pour une posture de yoga.

La dissociation

On ne peut et ne doit pas dissocier la posture du pratiquant.

En tant que professeur de yoga il faut avant tout porter le regard sur le pratiquant en premier, ensuite adapter la posture en fonction de ses capacités et de l’humeur du jour.

Aujourd’hui la flexion avant sera parfaite, demain elle sera inexistante. Chaque jour est donc une nouvelle pratique avec un nouveau corps et ce pour la même personne (vous me suivez ou pas?).

La pratique ne peut être statique, elle doit être évolutive, et inclure l’élève.

Si une personne est volubile et parle beaucoup en proposant un avis sur tout, il est possible que sa pratique devienne instable pendant des équilibres car l’esprit et les émotions ne sont pas suffisamment canalisés.

Une personne sujette à la déprime ne sera certainement pas confortable dans les flexions arrière.

Une autre fermée à la nouveauté et réfractaire pour passer à l’action présentera des douleurs et un manque de flexibilité aux chevilles pour remonter vers les genoux, puis accessoirement les hanches s’en ressentiront.

Une posture comme Padmasana est souvent redoutée par les nouveaux élèves car elle provoque des douleurs en premier aux chevilles mais surtout le fait de plier les jambes en demi-lotus ne parait pas “naturelle” pour nombre d’entre eux.

Souvent elle est associée à un manque de flexibilité et d’ouverture de hanches, alors qu’en premier lieu il faudrait s’occuper des pieds, des appuis au sol, et de tout ce que peut proposer une dorsi flexion de la cheville.

Le manque de confiance en soi peut créer une crainte vis-à-vis de toute postures inversées comme les équilibres sur la tête.

Le fait d’avoir vécu une agression sexuelle peut créer une certaine réticence envers toutes les postures qui se présenteront au sol avec les jambes écartées.

Le manque de reconnaissance et l’envie d’attirer l’attention amènera l’élève dans une pratique que je qualifierai de poussive, pour justement se faire remarquer.

Un ego démesuré présentera une pratique jolie sur le tapis mais vide d’intention.

Une léthargie et une attitude blasée proposeront une pratique absente avec des bras mous, des ancrages inexistants.

Devenir le témoin de sa pratique

Est la chose la plus difficile qu’il soit.

Car il faut pouvoir se regarder mais surtout se voir et par là même devenir le témoin oculaire de notre âme.

On ne doit pas devenir la victime de notre pratique. Si une posture est inconfortable, ce n’est pas tant la posture qui pose problème que la façon de l’aborder.

On peut soit éviter de faire les postures qui ne nous correspondent pas, et donc reporter un problème sous jacent qui sommeille entre nous et nous.

Ou bien choisir d’inclure les asanas que nous n’aimons pas, les inviter dans notre corps, les intégrer en leur donnant un ADN personnel et les faire évoluer en même temps que notre mental se libère de ses chaînes.

Pour conclure

Sommes-nous prêt à nous voir tel que nous sommes ?

Avons-nous vraiment envie de voir plus loin que la jolie posture qui fera de nous des stars sur les réseaux sociaux, ou bien prendrons-nous la décision de plonger dans nos entrailles pour en comprendre le fonctionnement?

Nous et nous seul avons la solution.

Le professeur, s’il est bon et pas centré sur lui-même, nous pointera du doigt là où la faiblesse se cache.

En revanche il ne pourra pas nous donner la clef tant que nous n’avons pas trouvé la porte.

Namaste,