Patanjali n’a pas écrit ni créé les Sutras (lignes de yoga), mais les a codifiés.

Les textes étaient déjà existants, et pour une meilleure compréhension, Patanjali les a rassemblés en un seul et même ouvrage. Il a aussi codifié l’Ayurveda et la grammaire du Sanskrit.

Les Sutras comportent 196 aphorismes divisés en quatre chapitres :

  1. Concentration (Samadhi Pada)
  2. Practice (Sadhana Pada)
  3. Expérience (Vibhuti Pada)
  4. Liberté Absolue (Kailvaya Pada)

De manière générale, ce que nous pratiquons et que nous appelons « yoga » se trouve dans le deuxième chapitre. La plupart d’entre nous, n’accordons que très peu d’importance aux trois autres. En revanche, je pense que n’importe qui peut décider d’y accorder du temps, s’il considère que c’est un chemin de vie.

Je ne me positionne absolument pas comme Grande Prêtresse des Sutras ni de la Philosophie. Les textes sont écrits sur un certain niveau de pensée, je n’ai pas toute la capacité d’interprétation de ceux-ci, mais c’est en les lisant, en les étudiant au-travers de discussions que j’ai fini par comprendre leur importance et leur portée, sur un plan avant tout personnel.

Une lecture descendante

En fait Patanjali commence par la fin. Il donne le résultat du travail fait en amont.

C’est un peu comme avoir gâteau au chocolat devant nous = finalité.

On le déconstruit par la notion d’ingrédients tels que oeufs, farine, sucre, chocolat etc.  = conditions.

Une fois les conditions (ingrédients) sur la table, on apprend à les mélanger d’une certaine manière = les règles à suivre.

On peut décider d’accorder de l’importance aux ingrédients en les analysant un à un = les qualités.

Le résultat dépendra du temps de cuisson = maturation et approfondissement des pratiques à faire au préalable.

Le démoulage du gâteau représentera alors la Conscience universelle (y a t’il une différence entre la forme du moule et le gâteau?) 

Le gâteau en lui-même, avant d’être mangé peut alors représenté l’état de Samadhi ou le Nirvana.

Deux choix alors s’offrent à nous, on le goûte ou pas = on reste en Samadhi ou comme Buddha on ferme la porte et forme à notre tour des disciples pour leur montrer le chemin.

Je l’avoue c’est un résumé assez simpliste de la philosophie du yoga.

Extrait des Sutras dans l’ordre

1.1 Atha Yoganusashanam

Première traduction : Maintenant et ici commence la pratique (l’enseignement) du Yoga.

atha = maintenant, yoga = union, anu = suivant la tradition, shasanam = enseignement d’une discipline

Si l’on pousse un peu plus la compréhension : A partir de maintenant, et ce après avoir suivi tout au long de la vie l’étude et la pratique d’autres disciplines, celle du Yoga commence.

Ce qui veut dire, selon Patanjali, AVANT de commencer la VRAIE PRATIQUE DU YOGA, un travail en amont a été fait. Donc tout ce qu’il explique après, n’est que la préparation à la pratique du yoga. Pour autant, le yoga n’est pas encore pratiqué.

1.2 Yogash chitta vritti nirodhah 

La traduction la plus connue est « le yogah est l’arrêt des fluctuations du mental ».

Ce qui ne veut pas dire que l’on arrête de penser. Absolument pas. Cela veut dire que dès lors que le mental n’est plus affecté par nos sens, il reste stable et dans un état d’équanimité total.

En revanche pour arriver à ce stade de stabilité, il y a d’autres étape à franchir. 

1.3 Tada drashtu svarupe avasthanam

Cet aphorisme concerne la réalisation de Soi.

Tada = voici à ce stade de concentration, drashtu = l’Atman, le témoin, l’âme en elle-même, le soi, svarupe = sa vraie forme, sa vraie nature, avasthanam = stabilité

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Ici je voulais simplement apporter un exemple des premiers sutras.

Revenons à celui que l’on entend partout et que souvent nous reprenons dans nos cours :

2.46 Sthira Sukham Asanam

Soit « être établi dans une posture stable et confortable ».

Notons qu’une fois de plus, notre manière de pratiquer, d’interpréter et de « faire du yoga » a complètement oblitéré le premier chapitre pour sauter directement dans un Eka Pada Shirshasana ou équilibre sur les mains. Mieux, un flow déjanté sur fond de musique techno.

Or lorsque Patanjali évoque ce sutra, il ne dit pas d’être confortable dans une posture telle que Virabhadrasana III, mais il concerne plus particulièrement les postures au sol soit assises. Il en a été définies quelques une que sont:

  1. Padmasana
  2. Virasana
  3. Bhadrasana
  4. Svastika
  5. Dandasana
  6. Paryanka
  7. Sopasraya
  8. Kraunchanisadana
  9. Samasamsthasana
  10. Shirasukha

Veuillez noter, de nos jours même si les cours fleurissent certes comme de belles marguerites, malheureusement ne proposent pas suffisamment de postures au sol. Trop concentrés à lever la jambe que nous sommes pour aller chercher un équilibre improbable, les postures au sol n’ont plus la quote.

Je le conçois, se plonger dans la philosophie pure et dure du Yoga peut vite devenir difficile. Mais si l’on décide de suivre la voie du Yoga, quelle qu’elle soit, il faut pouvoir en avoir quelques bases et connaissances.

Soyons curieux de notre pratique. Posons-nous des questions de savoir comment cette pratique est arrivée sur notre tapis, chez nous, dans notre studio, notre appartement.

Quelle est la finalité du déroulement de tapis quotidien ?

Pourquoi avons-nous envie de répéter à l’infini des postures de yoga ?

Qu’est-ce que nous souhaitons transmettre ?

Avons-nous fini d’apprendre une fois une posture assimilée et passée haut la main ?

Que savons-nous de notre respiration ?

Qu’avons-nous appris sur nous ?

Mais au final, qui sommes-nous ?

Pourquoi souhaitons-nous méditer ? Et comment rencontrer le stade de la méditation ?

Et si cette petite pratique de postures de yoga sur notre tapis n’était en fait que le début de quelque chose de bien plus grand…..

Namaste,