Construire : du latin construere – plus général que bâtir. Etymologiquement construire veut dire établir ensemble, alors que bâtir implique l’idée de ce qui supporte.

Ce matin après ma pratique, je suis restée un moment dans le shala pour regarder faire les pratiquants. On apprend beaucoup par l’observation.

Par le passé, j’ai reçu de nombreux ajustements autour de Marichyasana D avant de pouvoir la faire, puis un jour j’ai regardé comment faisaient les autres, leur placement, leur intention. Et ce qui me paraissait impossible à faire est devenu une évidence. Maintenant je le fais sans trop réfléchir.

Et aujourd’hui alors que j’étais installée tranquillement dans Marichyasana D, j’ai reçu un ajustement de taille.

La prof est venue sur mon tapis et a posé ses mains sur mes clavicules : “Relaxe here“, ensuite elle les a ramenées sur mes épaules “Relaxe here“, puis sur le bas du dos “Lengthen here“. Au final elle m’a demandée de sortir de la posture pour que je la refasse.

Voyant que j’allais la refaire, elle m’a dit: “No, I’ll do for you“. Je me suis laissée faire.

Son placement était digne de toutes les manipulations d’ostéopathe.

Ma colonne a craqué bruyamment des cervicales au sacrum, les côtes ont tourné comme jamais elles avaient tourné de leur vie, et je me suis retrouvée le bassin face aux vitres et le torse face au fond de la salle. Le plus dingue c’est que j’avais les deux ischions posés à PLAT sur le tapis.

De manière générale quand ont fait Marichyasana D, la jambe qui est repliée présente un ischion décollé du sol. Ce matin mon bassin était fermement ancré dans le sol.

Ashtanga Yoga practice

Marichyasana D

C’est donc possible de descendre le bassin au sol, dès lors que le haut du corps est complètement relâché.

Elle m’a ensuite attendue pour les drop back. Après m’avoir calé les pieds, rentré les genoux, elle a mis ses deux mains sur mes illiacs en les pressant vers le bas pour que je pousse encore une fois contre. En même temps elle m’a demandé de complètement relâché le torse, et la cage thoracique tout en gardant des bras actifs.

Comment dire que parfois l’information n’arrive pas à mon système nerveux.

Elle est revenue me voir pour Shirshasana, avec la même consigne, relâcher le haut du corps surtout au niveau de la ceinture scapulaire.

Un jour Iain a expliqué qu’il fallait déstructurer pour pouvoir restructurer.

Une pratique n’est jamais acquise, quelque soit la posture que l’on travaille il y a plusieurs façons de la faire avec souvent le même choix, en force ou en passivité. Lorsque vous discutez avec des pratiquants de longue date, ils vous diront qu’il faut pouvoir être fort (sous entendu puissant) sans pour autant y mettre ou y AJOUTER un effort.

Il faut donc pouvoir garder une pratique cool, limite fainéante sans la bâcler.

Lorsque l’on regarde les vidéos de Laruga Glaser ou Iain Grysak, leurs corps flottent littéralement sur et au-dessus du tapis. Ils ne sont pas du tout dans l’effort.

Ce niveau de pratique ne s’acquiert qu’avec le temps et par la répétition du même mouvement, de manière quotidienne.

Absolument rien n’est jamais acquis, que ce soit sur un tapis de yoga ou dans la vie.

Il faut pouvoir se réinventer chaque jour. C’est en ça que la pratique régulière aide à nous comprendre.

Si l’ego est trop grand et que l’on estime avoir tout assimilé des 70 postures que représentent la Première Série, alors jamais on ne pourra aborder la Deuxième de manière clémente car on y mettra trop d’attente, et à partir de là on ne fait que partir “en chasse de la nouvelle posture à faire”.

Recevoir ces ajustements ce matin m’ont fait comprendre que je peux aller encore plus loin dans la pratique mais de manière plus sécuritaire.

Les blessures sur mon côté gauche viennent probablement d’un désir de vouloir aller trop vite sans respecter ce que le corps peut vraiment faire.

Techniquement je devrai pratiquer la deuxième série jusqu’à Laghu Vajrasana, et pourtant j’ai fait le choix de ne plus la visiter car mes douleurs à l’épaule gauche, en début d’année, étaient d’une puissance que plus d’une fois je me suis demandée si je n’allais pas faire une crise cardiaque, tellement le pectoral me comprimait les côtes.

Au final mon côté gauche va beaucoup mieux, j’ai suivi les conseils de Iain qui étaient de NE PAS arrêter de pratiquer mais de changer ma pratique.

Je ne compte plus les fois où j’ai du revoir ma pratique, ni les moments d’illumination quand une posture au demeurant inaccessible est entrée en moi.

Et puis tout fait sens, si l’on n’est pas doux avec nous mêmes alors on ne pourra pas l’être avec les autres, pour chaque situation il y aura un rapport de force, suivi d’un sentiment de frustration.

Dans bien des cas ce que l’on fait sur un tapis de yoga est la reproduction de notre comportement dans la vie de tous les jours.

On le voit avec les élèves qui claquent la porte des shalas quand le professeur aura eu le malheur de les arrêter dans une posture, alors qu’ils ont l’habitude de tout faire.

Ceux qui se fâchent car ils n’ont pas le droit d’utiliser des briques et des sangles tandis qu’ils ne savent pas pratiquer sans.

Le manque d’ouverture d’esprit de certain face à cette pratique exigeante, qui au demeurant ne demande rien à personne, reste le reflet de leur comportement et manière d’aborder les choses de la vie quotidienne.

En cela les artistes ont une longueur d’avance sur “nous”. Non seulement ils doivent créer, mais pour créer ils doivent se remettre en question constamment au risque de se répéter. Ils ont une vision différente. Les grands cinéastes arrivent à nous transporter dans leur univers, les grands musiciens créent des mélodies qui nous bousculent intérieurement, les danseurs nous emmènent dans l’art du mouvement.

La pratique et la remise en question seraient alors la clef de toutes les portes ?

Namaste,

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