Je vois passer de plus en plus de posts et d’articles dénonçant la vulgarisation du yoga, le reflet d’Instagram avec la starification de profs aux allures divanesques, affichant le coût exorbitant des retraites de “yoga” dans des lieux on ne peut plus luxueux, des stories où les gens n’ont plus peur de commenter ouvertement les dérives de “stars du yoga” mettant en avant leurs atouts.

Je me sens moins seule et surtout moins contestataire. J’ai l’impression qu’un virage à 90° est amorcé et que l’ère dans laquelle il suffisait de lever la jambe pour prouver que l’on était bien un vrai pro, commence à être révolue.

La prochaine étape consistera sans doute à pouvoir faire la différence entre un cours de stretching, gym tonique et un autre dans lequel les postures de yoga sont vraiment visitées.

La valorisation de l’élève

D’un point de vue personnel, ce n’est pas le professeur qui “donne” de son temps à l’élève, mais bien l’élève qui offre son temps au professeur.

Sans élève, il n’y pas de cours, sans cours, il n’y a pas de professeur. L’équation est très facile à comprendre.

Il y a 12 ans, l’un des studios de yoga dans lequel je travaillais payait les professeur en fonction du nombre d’élèves par cours. Ce n’était pas beaucoup, 4€. Il en résultait que beaucoup de professeurs préféraient annuler leur cours dès lors qu’il n’y avait que 3 inscrits ou même 5. Sans vouloir me jeter de fleurs je n’ai jamais annulé les miens. J’ai donc donné des cours pour lesquels j’étais payée 12€. J’étais trop contente de pouvoir enseigner et surtout je me mettais à la place de la personne qui avait pris le temps de s’inscrire.

Encore maintenant je continue, qu’il y ait 3 inscriptions ou 25 je n’annule jamais un stage, ou une formation que ce soit en France ou à l’étranger.

D’un point de vue financier, je préfère enseigner ce que l’on peut considérer “à perte” que devoir annuler quelque chose par manque d’inscription.

Pourquoi ?

Parce que je considère que l’élève est une denrée rare et donc il est précieux.

Vous rendez-vous compte ? Une personne s’inscrit à VOTRE programme pour y recevoir VOTRE enseignement. Que ce soit en France ou à l’étranger elle doit s’organiser pour être libre au moment où vous proposez votre cours, poser des vacances avec son employeur si c’est un programme plus long, arranger et payer l’achat d’un billet d’avion, organiser son propre hébergement. Tout ça pour vous rencontrer parce qu’il ou elle vous a fait confiance dès le départ.

Alors c’est vrai que d’un point de vue médiatique et commercial avoir une personne ce n’est pas la même chose que de se retrouver devant une salle comble. Pour autant est-ce à l’élève de payer votre manque de “popularité” ou d’engouement par rapport aux autres professeurs qui auront plus de chance, plus de charisme et peut être plus d’argent pour vendre leur programme ? Non. Si vous avez décidé d’enseigner c’est votre devoir de remplir le contrat jusqu’au bout.

Il n’y a pas de honte à ne pas remplir un cours, ni même aucune satisfaction personnelle à être plus populaire que d’autre.

Avec le temps on finit par comprendre que rien n’est acquis. Un jour vous êtes au top, un autre vous rencontrez un mur. Il faut savoir gérer les deux et apprendre des deux situations.

La confiance

Il existe une très grande vulnérabilité lorsque l’élève se trouve sur le tapis.

Il faut pouvoir considérer le pratiquant dans son ensemble et comprendre ses craintes et réticences face à certaines postures de yoga.

Souvent les meilleurs enseignants sont ceux qui ont du passer par plusieurs étapes pour comprendre une posture de yoga. Le manque de flexibilité est la meilleure école. Car il aura fallut au pratiquant beaucoup de temps, de patience, et de remise en question pour pouvoir attraper le gros orteil ou la jambe, ce qui permet ensuite un enseignement plus fluide proposant la même posture sur différents niveaux.

Si le professeur n’a rencontré aucune difficulté dans sa pratique, par exemple pour certains sans aucune préparation en amont les flexions arrière sont venues très facilement, alors il sera plus difficile d’expliquer pas à pas le cheminement que doit prendre le corps pour y arriver.

De ce que j’ai remarqué, c’est que souvent les nouveaux élèves se créent des barrières eux-mêmes. Certains préfèrent ne pas essayer du tout des postures qu’ils jugent au demeurant difficiles. Or, avec un bon enseignement, une compréhension corporelle, toutes les postures de yoga, à condition d’y aller de manière évolutive, sont accessibles à tous. Peut être pas de manière aboutie comme le montre la photo, mais certainement aboutie en fonction du corps et des capacités qu’il propose.

Lorsque vous faite passer une posture à votre élève, ce n’est pas tant dans la réussite sur le tapis que le succès apparaitra, mais dans le comportement même de celui-ci.

Il se rendra compte qu’il est capable de faire une flexion avant en touchant ses cuisses (par exemple), sans aucun inconfort, alors même qu’il était sûr du contraire.

L’impact que peut avoir ce genre de révélation peut se faire ressentir sur le côté personnel même de la personne. Il aura la preuve que rien n’est inaccessible si tant est que l’on se donne les moyens de le faire.

Peut être que ça changera quelque chose dans sa manière de penser. Peut être que cela lui donnera le courage d’affronter une situation pour laquelle il n’avait envisagé aucune issue positive.

Par la même son attitude avec ses proches et son propre environnement peut changer, et les répercussions peuvent devenir exponentielles.

Le professeur de Yoga ou n’importe quel enseignant de n’importe quelle discipline, n’est pas là pour se mettre en avant, et montrer ce que lui ou elle sait faire.

Il est là pour faire comprendre que l’on peut changer, à tout moment de notre vie, notre manière d’être. Le professeur doit pouvoir faire grandir ses élèves avant de s’auto valoriser dans des démonstrations acrobatiques qui n’avantagent que lui ou elle.

Les cours tout niveau

D’expérience proposer des cours débutants, intermédiaires ou avancés, ne fonctionnent pas toujours. Car les gens préfèrent venir à un cours en fonction de l’heure qui les arrange. Pour ça les cours mélangeant tout niveau peuvent être une bonne solution.

En tant que professeur, je pense, mais cela n’engage que moi, qu’il faut éviter la discrimination. C’est-à-dire indiquer que les débutants doivent se mettre au fond et les avancés devant. Psychologiquement parlant ce n’est pas une bonne idée. Mais certes, c’est plus facile pour le professeur.

La société nous met déjà dans des cases, la dernière chose que l’on souhaite faire à nos élèves c’est de les remettre dans des cases en leur indiquant, même poliment, “vous ne savez pas faire, allez au fond”.

Le talent du professeur est justement de pouvoir répondre à la diversité. Au lieu de proposer et de présenter une posture aboutie, il faut pouvoir l’amener pas à pas, en commençant peut être par l’usage d’ustensiles (briques et sangles), puis de montrer de manière évolutive comment y aller sans les utiliser en fonction de la capacité et confortabilité de chacun.

Pour pouvoir enseigner de cette manière, il faut être capable de proposer des postures pour lesquelles le nombre de respiration sera supérieure à 5. Ce qui en soit est parfait, car l’objectif est justement de pouvoir être confortable dans la posture.

Si vous enseignez un cours durant lequel les postures s’enchainent il sera bien évidemment plus difficile de sortir de votre tapis, de regarder vos élèves, de répondre à leurs attentes….

Pour conclure

Le monde du yoga est on ne peut plus concurrentiel. Le problème de la concurrence c’est qu’elle a tendance à mettre en avant des professeurs qui savent avant tout se vendre. Que ce soit par une posture acrobatique, une phrase empruntée à quelqu’un d’autre, la création d’un nouveau style de yoga qui prévaudrait sur tous les autres.

Il n’existe pas de nouveau concept en “yoga”, le Yoga c’est le Yoga, et il ne nous appartient pas.

Proposons des choses simples et rendons les accessibles, à tous.

Ne jamais négliger l’importance de n’avoir q’un seul élève….

Namaste,