Si vous avez choisi d’enseigner le Yoga très vite vous allez vous rendre compte, à quel point ce secteur est devenu compétitif.

La soif de reconnaissance et de paraître c’est quelque peu intensifiée pendant le confinement. Certains ont très bien sorti leur épingle du jeu car la période du Covid a permis de faire découvrir des vraies pépites.

Des professeurs qui auparavant n’étaient pas mis en avant ont pris le temps de proposer des vidéos de yoga en ligne ainsi que des cours. Cela a vraiment permis de rendre la pratique accessible à tous et a mis en lumière des professeurs jusqu’alors discrets mais avec une approche et une connaissance sans borne.

Ce moment a aussi permis de lever le voile sur d’autres. Mais je dirai que de manière générale l’expérience imposée pré/post confinement a été extrêmement bénéfique.

Au pied du mur

Cette crise a mis pas mal de personnes au pied du mur. Du jour au lendemain plus aucun revenus, plus aucun contact avec les élèves autre que virtuellement. L’offre étant devenue tellement importante, il fallait pour rester dans la course pouvoir proposer plusieurs cours attrayants, accessibles, à petits prix, gratuitement, sur abonnement etc.

Et c’est souvent lorsque les gens se retrouvent au pied du mur que leur vraie nature surgit. D’un seul coup on se rencontre que tout ce qui nous semblait plus ou moins acquis est devenu très fragile. Que nous avions la possibilité de tout perdre.

Des cagnottes ont surgit de partout, et je ne saurai trop encourager les professeurs qui ont mis un système de cagnotte en ligne pendant le confinement, de déclarer cet argent. Il faut savoir que les “prestations de service” sont imposables et que le gouvernement aussi compatissant soit-il avec les aides proposées, ne ratera pas une occasion de vérifier. Soyez vigilant.

Les réseaux sociaux

Les réseaux sociaux par l’action des “j’aime” ou pas, ont créé une certaine dépendance dans le cerveau humain et donc ont un impact considérable, sur l’estime de soi déjà fragilisée.

Même s’ils aident grandement à se faire voir, connaitre, reconnaitre et laissent une liberté totale sur ce que nous souhaitons publier, ils sont aussi le reflet de notre société qui “note”.

Si on aime un contenu et que l’on obtient un certains nombres de coeur sur un post quelconque, on va être très content. Si en revanche un post ne marche comme on l’aurait souhaité un sentiment de “rejet” peut naitre et par une simple photo ou texte postés, un sentiment de frustration peut apparaître et remettre en question la légitimité de notre moi.

Si la personne qui utilise les réseaux sociaux est ce que je qualifierai de stable, cela n’aura pas forcément un impact, car une photo n’est pas représentative de ce que nous sommes vraiment. Nous sommes bien plus que ça.

Le fait d’avoir beaucoup d’abonnés sur un compte n’est pas une preuve flagrante de notre popularité et encore mois de notre capacité à enseigner, à transmettre, à échanger. Les abonnés vont et viennent. Si vous avez 10,000 abonnés et que vous mettez un atelier de yoga en vente sur votre site, cela ne veut pas dire que vous aurez 10,000 inscriptions en moins de deux heures. 

Mark Robberds a plus de 100 K d’abonnés, et quand je suis partie pratiquer avec lui au Népal en 2019 nous étions 15. Et c’était très bien !

J’ai donné des formations de Yoga avec 5 élèves, et c’était très bien !

Les apparences

Je trouve ça dommage et quelque part incompréhensible de voir que les apparences ont deux fois plus d’importance que le contenu.

Qu’un élève se dirige vers un professeur en fonction du nombre de like ou popularité peut éventuellement se comprendre. S’il est novice ou débutant il aura tendance à aller vers quelqu’un qui sera populaire. Quand j’ai choisi de me former avec Gérard Arnaud il y a 10 ans je me suis dirigée vers lui car il était LA référence absolue du Vinyasa en France.

Je me suis ensuite dirigée vers l’Ashtanga Vinyasa Yoga et ai rencontré mon professeur Iain Grysak, par la lecture de ses articles. Mais si vous prenez son compte Instagram il n’est pas “populaire”, et pourtant c’est une mine d’or.

Là où je rencontre un problème, c’est lorsqu’un professeur de yoga qui s’auto définit comme “l’un des meilleur prof de yoga” (les termes exacts sont one of the best rated yoga teacher in India), pour gonfler sa popularité achète des abonnés sur Instagram et des “j’aime” sur sa page Facebook. Ici nous ne sommes plus seulement dans le désir de séduction mais dans le mensonge et l’irrespect envers l’élève qui était déjà abonné à son compte.

Car quel est le message que cela envoie si ce n’est celui de la soif de succès et un problème flagrant d’égo? Le succès ne s’achète pas, il n’existe pas de raccourcit au “succès”, encore faudrait-il pouvoir le définir. 

En revanche ce qui existent, c’est le travail, la patience, la passion, l’envie de partager, la discipline envers la pratique.

Les réseaux sociaux peuvent nous faire glisser vers un chemin très dangereux, mais dès lors que la personne les utilise à des fins pures d’attraction cela démontre un problème personnel. Un manque de compétence évident, un manque de pratique sous toutes les coutures ou tout simplement une coquille vide.

On peut être attiré par un professeur indien se présentant en dhoti, tikalam sur le font, parlant fort en sanskrit et connaissant les Upanishads par coeur. Mais il ne faut pas confondre l’aspect extérieur et la profondeur du sujet. On a tendance a être impressionné dès lors que l’on rencontre une personne “populaire”, voyez notre réaction si nous croisions notre acteur ou star favorite.

Les réseaux sociaux peuvent créer des “monstres”, et le monde du Yoga déjà fragile peut vite devenir sulfureux, beaucoup ont été mis à découvert par leurs pratiques douteuses du tantrisme ou ajustements abusifs.

Le Yoga est un chemin long et insondable qui nous autorise à la connaissance de soi.

Le mariage du Yoga avec les réseaux sociaux a enfanté une vacuité mais dans le mauvais sens du terme. Ici je ne parle pas de plénitude, mais d’un masque porté reflétant un côté plein de sagesse par des citations jolies empruntés aux plus grands philosophes mais pour lesquelles le fondement ne sera pas entendu, compris, suivi et appliqué par la personne qui les reprend.

Et très souvent les personnes qui ont pour sujet premier l’ego, la compassion et autre jolies choses qui font que nous sommes une famille de licornes, sont celles qui font tout le contraire. C’est un moyen pour elles de se rassurer en brossant le lecteur dans le sens du poil, et en amenant des sujets, des phrases qu’il a envie de lire et d’entendre. On n’est pas loin de la manipulation.

Namaste,

NB: Ce post a été inspiré par “Yogacharya” Rakesh qui s’est offert des nouveaux abonnés et like sur son compte IG et FB. Go in Peace…. Je rêve du jour où les gens feront la différence entre une personne honnête et dédiée envers sa pratique et son enseignement versus l’apparence. Si son acolyte est considéré comme étant un “maître” philosophe, celui-ci a pour fâcheuse habitude de prendre les phrases des autres, et d’y mettre son nom en fin de citation. Je vous l’avoue franchement, l’un de mes plus grands regrets est celui-ci d’avoir rendu populaire cette école Samyak Yoga, qui continue de former une majorité d’élèves français….