Dans certains programmes de yoga, il existe une séance de jeux yogiques durant laquelle les professeurs en charge du programme amènent les étudiants dans différentes situations, le tout dans une ambiance bon enfant.

Je vais en lister quelques uns, qui ne sortent pas de mon imagination, auxquels j’ai assisté mais non participé.

J’ai suivi plusieurs programmes à l’étranger, stages et formations, et dès que je voyais “jeux yogiques”, la plupart du temps en fin de semaine, je rentrais dans un état dubitatif.

Les animaux

Je crois en avoir déjà parlé dans un article précédent.

J’étais au Brésil, et là toutes les fins de semaine nous avions droit à des jeux. Ces jeux étaient censés créer une cohésion de groupe, gérer les difficultés que nous pourrions rencontrer, et accessoirement nous rapprocher les uns des autres.

Le premier jeu consistait à diviser la classe en plusieurs groupes. A chaque groupe était attribué un animal : les grenouilles, les cochons, les chats, les chiens.

Une fois les groupes organisés et les animaux attribués à chacun, les élèves devaient se mettre à quatre pattes, ou accroupi en fonction de l’animal, fermer les yeux, se répartir dans la salle, et imiter le son de l’animal. Par le son, les élèves devaient retrouver leur groupe.

La carte des Chakras

Chaque élève s’était vu remettre une grande feuille de papier à la dimension du corps. Par groupe de deux chacun avait sa feuille.

Tour à tour nous devions nous allonger sur la feuille, et notre binôme devait dessiner les contours de notre corps sur la feuille.

Une fois fait, nous avions pour mission de dessiner les chakras au bon endroit, avec les couleurs appropriées.

Durant chaque étape le professeur nous parlait.

Ensuite nous devions, avec d’autres crayons de couleur dessiner à côté de chaque chakra ce que nous ressentions. Cela pouvait être des fleurs, des maisons, des personnes, on pouvait écrire un texte, mais par contre on ne devait pas répéter la même chose. Chaque chakra devait avoir son empreinte spéciale.

L’exercice a duré plus d’une heure, et pendant tout ce temps le professeur nous parlait de bienveillance, nous racontait des histoires etc.

Quand ce fut terminé, le professeur et sa femme passaient devant chaque dessin et commentaient. Quand ils sont arrivés sur ma feuille ils m’ont dit que j’avais beaucoup de travail devant moi, de non-dits, le tout dans un sourire enjôleur, les sourcils relevés…..

Effectivement ma feuille, si ce n’est les chakras, étaient vides. Déjà je suis une bille en dessin, mais surtout je ne voyais pas ce que je pouvais apporter de plus. Non pas que je suis aride d’imagination, mais tout simplement je ne comprenais pas pourquoi je devais faire cet exercice et le montrer ensuite à tout le monde.

Nous avons été invité ensuite à visiter les autres cartes de chakras des autres élèves. Et là le drame. Certains avaient dessiné des choses dignes d’un film d’horreur, des couteaux, des yeux qui pleurent, un enfant abandonné, d’autres avaient mis des signes peace and love partout, ce qui n’était pas bon selon le professeur car il ne fallait pas répéter la même chose (bref), des coeurs, des arcs-en-ciel.

Picasso sort de ce corps !

Ensuite nous avons été instruit de plier la carte et de la garder dans notre chambre pendant une semaine, car le prochain soir de pleine lune, pour nous aider à expier notre bien ou mal être selon certains, nous brûlerions notre art dans un grand feu de joie….

La farine, la brique entre les jambes

Ici il y a plusieurs jeux dont celui de la farine qui consiste à plonger la tête dedans pour aller y chercher des choses qui y sont enfouies…. Le professeur vous encourage, tout le monde rit, et la personne qui fait cet exercice a le visage blanc de farine. Tenez vous les côtes, c’est hilarant….. (je plaisante).

La brique entre les jambes, consiste à faire une passer une brique coincée entre vos jambes à un autre partenaire. Hilarant je vous dis…

Celui qui vous touche et vous fait pleurer

Ici ce n’est pas un jeu.

Il y a des professeurs qui vont toucher les élèves sur des points énergétiques, pour les libérer, soit disant…… et qui les font pleurer….

Mon opinion n’engage que moi

Je vous le dis franchement, je n’adhère absolument pas à tout ce que je viens de lister.

Pour moi, tout ceci n’a qu’un seul et unique but.

Celui d’asservir.

Sous prétexte de bonne humeur, bon enfant, noter que l’élève est mis dans une position de soumission,  versus le professeur qui dirige.

Pendant une soirée entre potes mettre la tête dans la farine je vous assure que ça peut être super drôle, mais lors d’une formation de yoga, je ne comprends pas quelle partie de la philosophie ou de la pratique cela couvre. Si ce n’est le fait de mettre un élève dans une position pour laquelle tout le monde rira de bon coeur je vous l’accorde, mais fondamentalement cela ne fait qu’asseoir l’autorité dudit professeur.

Pour la brique que l’on se passe de jambe en jambe, en rapprochant un bassin d’un autre, je garde toutes réserves quant à ce que j’en pense vraiment. Encore une fois entre potes, après deux trois verres, je le conçois cela peut être très drôle. Mais remettons donc cet exercice “rigolo” qui prend place dans un stage de yoga ou une formation, entouré de personnes que vous ne connaissez que depuis peu, guidé par un prof qui visiblement prend son pied à voir les gens se tortiller dans tous les sens… je manque probablement d’humour mais je trouve ça déplacé.

L’exercice des animaux, je ne l’ai pas fait, je l’ai trouvé humiliant. Le professeur était rouge de colère et m’a foutu à la porte du shala.

Le coup du massage sur des points énergétiques pendant shavasana ou durant une posture sous prétexte d’ajustement qui fait pleurer l’élève je n’adhère absolument pas.

C’est encore une fois une prise d’autorité, noter “Prise d’autorité”, donc de force.

Si j’ajuste un élève qui s’écroule en sanglot (ça ne m’est jamais arrivé), si cela devait m’arriver je le vivrai très mal.

Or dans ce cas, le professeur, qui prodigue ce genre d’ajustement est non seulement satisfait de lui, son but était effectivement de faire pleurer, mais extrêmement fier de lui. Ici il vous prouve que son autorité est plus grande que vous. De plus j’ajouterai qu’il ne connait absolument rien, il fait juste très mal (car oui je connais cette personne arrogante).

Quant à la carte des chakras…. Ici nous nous trouvons dans un rapport psychologique de force, que vous l’acceptiez ou non on vous amène gentiment à parler de vos démons intérieurs sous couvert d’un jeu psychologique, le problème est que le professeur qui dispense ce genre de jeu n’est pas psychologue, juste égocentrique.

Le pire est que ce genre de professeur n’apportera pas de solution. Il poussera les plus faibles dans leurs retranchements. Certains élèves ont quand même levé le voile sur des violences personnelles qu’ils avaient subies en amont, et jamais un cercle de discussion n’a été ouvert pour eux après cet exercice. Donc à quoi cela peut-il bien servir ?

Le pire dans tout ça, est je pense la réaction des élèves une fois le stage ou la formation terminé.

Je ne sais pas si c’est le fait d’être loin de chez eux, ou si cela est dû à une sorte de Syndrome de Stockholm.

Pour la plupart ils vont vénérer leur professeur, parler en bien de la formation qu’ils ont suivie, publier des postes en remerciant lesdits professeurs et en oblitérant instantanément les moments durant lesquels ils ont été acculés au pied du mur.

Et si vous leur en parlez, ils vous diront, oui mais ça m’a aidé, sans expliquer comment. D’autres vous diront, que c’était juste drôle et que cela n’impactait rien.

En fait, en continuant de cacher ce genre de jeux et de comportements, on continue de promouvoir des organisations, des professeurs qui ne méritent pas de recevoir des élèves.

En ne disant rien, on conforte ces faux gourous ou acharyas ou professeurs ou peu importe le nom qu’on leur donne, sur le fait qu’ils ont raison, que leur ego est plus fort que tout et que eux sont dans la vérité.

En ne disant rien on se protège aussi, car si comme moi vous êtes l’une des seules à ne pas vous plier à ce genre de jeux alors que tous les autres le font, vous vous retrouvez non seulement seule mais aussi discréditée pour tout ce que vous pourrez dire.

Vous serez accusé(e) de dénigrement et à l’heure où les réseaux sociaux tiennent le haut du pavé, vous pouvez vous faire plus de mal que de bien sur le plan professionnel.

Alors au lieu de le dire “après”, battez vous pendant.

Namaste,