Loin, très loin de moi l’idée de me plaindre.

Je fais partie des privilégiées en ces temps de crise.

Je ne suis pas enfermée dans un 30m2 en ville, sans balcon, avec des murs si fins que l’on entend la chasse d’eau du voisin.

Je ne suis pas confinée, je n’ai pas de couvre feu, je peux sortir quand bon me semble même si à certains endroits le regard des locaux envers les étrangers devient plus inquiétants.

Je ne suis pas malade. Je vais bien.

Je suis à Ubud, où la notion du coronavirus reste curieusement vague pour les locaux, même si le gouvernement commence (seulement) à resserrer l’étau. Les Visas à l’arrivée sont impossibles, et encore sous certaines conditions. Les touristes peuvent toujours venir s’ils obtiennent un visa de leur Ambassade, et qu’ils présentent un certificat médical indiquant qu’ils sont “sains”….

Les deux plus grands studios de yoga soit Yoga Barn et Radiantly Alive sont fermés. Quelques commerçants ferment boutiques, mais ils sont rares.

L’ambiance est moins légère certes, mais pas irrespirable.

Les chiens…. alors là j’avoue être perplexe. Je suis une amoureuse invétérée des canidés, je les adore, je les nourris, en Inde je m’en entoure, je les aime.

Ici, depuis quelques jours ils me font peur. Ils agressent les passants, coursent les motos et plusieurs fois je me suis retrouvée acculée contre un mur en demandant aux locaux de bien vouloir faire disparaitre le chien qui me grognait dessus. Forcément je dégage la peur, alors ils sont plus agressifs.

J’ai dû quitter ma guest house, ce n’était plus possible, ils avaient 4 chiens supers agressifs, et même si la propriétaire le prenait à la rigolade, le couple d’australiens a moins ri un matin quand ils ont coursé leur gamine de 3 ans…

J’ai trouvé un autre endroit où je peux rester jusqu’à la fin avril, après je ne sais pas, je verrai bien.

Je ne souhaite pas rentrer en France. Tout d’abord je ne vous le cache pas, j’ai peur de ce pays en temps de crise. Les informations relayées par les médias ne sont pas belles. J’ai parlé avec ma mère qui habite dans un petit pavillon de la banlieue parisienne, et elle m’a raconté alors qu’elle balayait sa cour, qu’un homme l’avait insultée “profites en, salope”…..

Je regarde les parisiens faire des picnics sur les Quais de Seine, s’agglutiner dans un marché ouvert dans le 15ème…. le lendemain de la mise en confinement.

J’entends ce Président dire “rester chez vous, mais vous pouvez faire un jogging de moins de 10 kilomètres….

Un matin je regardais en direct LCI, une journaliste était sur les quais de Seine et les gens faisaient de la course à pieds….

On m’a demandé de rentrer, France Diplomatie le conseillait allègrement. On m’a demandé d’aller à l’aéroport pour me retrouver au milieu de gens potentiellement contaminés, ou peut être que je le suis déjà, pour voyager. J’ai bien compris que c’était pour mon “bien”, mais comment contenir une pandémie si tout le monde entre et sort constamment ? Je ne sais pas.

J’ai pris la décision de prendre un jour à la fois. Mon quotidien n’est pas sensationnel, mais je ne suis pas en souffrance comparativement aux personnes enfermées dans un HLM avec trois enfants.

Pour une fois les réseaux sociaux sont vraiment rassembleurs. Plus que jamais les gens sont connectés, plus que jamais les gens se rapprochent des uns des autres au-travers du petit ou grand écran.

Je me demande comment Internet va faire pour ne pas “tomber”. L’usage de la bande passante peut elle survivre à tous ces téléchargements et live qui prennent place ? Netflix n’a t’il pas limité le streaming, et ce pour une bonne raison. Si tout le monde se rue sur Internet, si le monde entier est confiné, comment allons-nous garder contact les uns les autres à partir du moment ou cela ne sera plus possible. Je ne sais pas. Netflix en temps normal consomme 15% de la bande passante, à l’heure actuelle je ne serai pas surprise que ce chiffre ait déjà triplé voir plus.

PornHub propose des vidéos gratuites, non seulement cela va encore prendre de la bande passante, mais sérieusement, serait-ce vraiment la préoccupation première de la population ? Le X ? Ou tout simplement serait-ce surfer sur le Coronavirus pour obtenir plus d’abonnés par la suite, en les remerciant de nous offrir des accouplements animaliers hors norme à l’heure où justement les femmes expriment et expliquent tout ce contraire…

Si l’on en croit ce que l’on voit, le premier kit de survie de l’humain serait de se gaver de pâtes, d’empiler des rouleaux de PQ en regardant PornHub. La civilisation en régression….

La deuxième raison qui m’a poussée à ne pas voyager est celle du billet d’avion. Tant que la compagnie aérienne n’annule pas votre billet d’avion, si vous en achetez un autre pour rentrer plus tôt le coût varie de 1500€ à 3000€ pour un aller simple. Si vous avez un billet d’avion sur une autre destination et que vous le changez pour rentrer en Europe, la pénalité de changement de trajectoire est simplement exponentielle. Et je n’ai pas ce luxe à m’offrir.

Comble de l’ironie, je suis partie m’acheter des livres, et comme je lis en français, le choix n’était pas très vaste. Je suis tombée sur le livre de David Wellington “Positif”.

A la page 40 il est écrit :

“Nous savions comment lutter contre cette chose qui avait presque anéanti l’humanité. Une hygiène irréprochable et la quarantaine étaient nos seules armes…”

A ce moment j’ai décidé de fermer le livre, j’ai eu une envie soudaine de licornes et d’amour et je me suis plongée dans celui d’Arturo Pérez-Reverte : Le tango de la Vieille Garde.

Parce que bon, les scénarios catastrophes ça va un moment. Si demain doit être le dernier jour de notre vie, alors je préfère encore vivre le présent sur un lit de pâquerettes, un joint dans la main gauche et un verre de vin rouge dans la main droite, soyons honnête !

Trupta et Emma sont en Vipassana depuis maintenant sept jours. Je pense qu’ils vont être un peu surpris de ce que le nouveau monde propose en ce moment. Je ne sais pas s’ils vont rester bloqués au Népal, s’ils vont pouvoir embarquer pour Bali, ou bien s’ils vont être forcés de rentrer en Inde et France. Histoire à suivre.

J’ai enfin pu récupérer mon passeport, et j’espère vraiment que dans un mois nous y verrons un peu plus clair.

Je devrai sans doute profiter de ce moment pour enrichir la chaîne YouTube mais je vous avoue ne pas avoir vraiment la tête à ça. J’ai comme une envie de repli.  Je ne sais pas encore quoi proposer. On verra bien.

Voilà c’était tout simplement un petit journal de bord, j’avais envie d’écrire, rien de particuliers, rien de bien important à dire.

Je vous souhaite le meilleur du monde, prenez soin de vous et restez positif.

Ah oui : si vos intestins vous mènent la vie dure en ce moment, ne vous inquiétez pas, ce sont tout simplement l’angoisse et la peur. Cela peut accélérer la digestion, pour autant cela ne veut pas dire que vous êtes malade alors ne vous ruez pas sur le spasfon ou autre médicament. Sans jeu de mots, laissez couler….

A très bientôt !