La Projection

On se projette plus facilement dans le passé ou dans le futur mais rarement dans le présent.

L’image la plus simple pour expliquer la projection est le cinéma. On se trouve dans une salle et derrière nous une personne est au commande du projecteur. Le film se déroule du projecteur vers un point donné puis est envoyé sur un écran blanc, qui soudainement nous raconte une histoire. Rarement la notre.

On devient alors spectateur et on se laisse embarquer par le fil des scènes jouées par des acteurs. Parfois on aime, parfois non.

Le fait est que dans tous les cas ce n’était pas notre réalité.

C’était celle des protagonistes de l’histoire qui s’est déroulée sous nos yeux.

Le Rêve

Le rêve quant à lui se produit lorsque nous sommes endormis, dans un sommeil profond. Il a une durée qui peut différer.

Il nous semble long car nous n’avons pas la notion du temps. Souvent il est incohérent, fait de plusieurs petits bouts d’existence qui peuvent avoir été réels ou alors complètement farfelus.

On s’en souvient rarement. Des bribes vont rester dans notre cerveau à notre réveil, mais dans la majorité des cas on ne comprend pas ce qui se passe. De mémoire on était dans une voiture puis soudainement dans le salon en pleine discussion avec des gens que l’on ne connaissait pas. On vole puis on se noie ou bien on tombe.

Dans les rêves le domaine du possible est large, tout peut arriver, nous sommes homme, femme, enfant, animal ou rien du tout. On développe des supers pouvoirs ou bien on essaie de parler et aucun son ne sort de notre bouche.

Nos jambes sont lourdes quand il s’agit de courir ou de marcher, on n’arrive pas à avancer ou bien on se retrouve à bord d’une voiture dont les freins ne fonctionnent pas et il nous est impossible de s’arrêter.

On se retrouve nu(e) au milieu d’un groupe de gens que l’on ne connaît pas, on chute sans fin sans jamais toucher le sol, on voit des fourmis au sol en procession que l’on ne comprend pas, on est entouré de chiens hargneux pour autant on ne se fait pas mordre, on met au monde des enfants que l’on ne connaît pas, on se retrouve avec du sang sur des vêtements sans avoir été blessé.

Le rêve est infini, peut se répéter sur plusieurs nuits, et les histoires sont sans début, ni fin, tout est une explosion de différentes situations vécues la veille, ou bien des craintes que nous réprimons.

La Projection et le Rêve

Le rêve « éveillé » , sans parler de vision, est celui qui se marie avec la projection.

On aimerait bien être riche, célèbre, faire la une des magasines.

On souhaiterait pouvoir vivre de sa passion, tout quitter pour s’installer à l’autre bout du monde, on dit à nos amis « dans 10 ans j’aimerai avoir fait ça, et contempler ma vie », ou alors « avant mes 30 ans j’aimerai bien être marié(e), avoir une maison, une voiture » ou encore « avant mes 30 ans je DOIS avoir accompli ceci ou cela ».

On se projette tout en anticipant nos rêves. On s’impose une ligne de conduite, sans prendre en considération nos vrais désirs et envies.

Les réseaux sociaux sont entrés dans la course.

On regarde Instagram et on voit des couples en van Volskwagen parcourir le monde. La plupart du temps ils sont beaux, n’ont pas de problèmes de poids ni de cheveux, une peau merveilleuse, traversent des paysages à couper le souffle, sont suivis par un million de personnes et vendent du rêve sur le petit écran de notre téléphone. Et surtout ils ne sont pas seuls, ils s’aiment, ils le revendiquent haut et fort.

Ils font du surf, du skate, de l’escalade, sont artistes, ont toutes les qualités cool de l’être humain parfait en goguette et s’adaptent à peu près partout. Remplis de bonnes vibes positives, et de phrases hautement philosophiques, ils connaissent Rumi et Platon.

On regarde leur histoire assis sur le strapontin dans le métro ou dans le bus. Dehors il pleut et on se compare. On « réalise » que notre vie est merdique, on souhaite faire la même chose.

On fait défiler la vie des autres qui est de toute manière plus intéressante que la notre et on arrive à une publicité qui vous promet de vous apprendre les secrets cachés des réseaux sociaux, comment avoir le plus d’abonnés possible et devenir influenceur, le métier qui de toute manière vous permettra de voyager gratuitement et surtout d’être super beau ou belle. C’est important.

Un autre vous promet de vous apprendre comment donner plus de visibilité à votre site web et de remplir votre restaurant, vos retraites bien-être, vendre plus de vêtements si vous êtes dans la mode, ou tout simplement vous assurer qu’il saura vous guider vers LA vie que vous méritez d’avoir…. car la votre dans le fond n’est pas si terrible que ça.

Et indéniablement on se compare aux autres.

Car la vie de tout le monde est affichée et publiée à chaque seconde. On sait qui mange quoi à quelle heure, on voit même la couleur de leur nourriture, on sait qui achète quoi à quel endroit et on regarde avec envie la jolie robe noire portée sur un corps sublimé par une jeune fille à la moue boudeuse. Photo retouchée ou pas, on s’en fiche, elle est belle et dans un lieu chic, c’est important.

On connaît les prouesses de chacun et on peut même compter le nombre de plaquettes abdominales du bel Apollon transpirant après sa pratique de je ne sais quoi et dégustant le milk shake vegan aux graines de chia que tout le monde doit avoir goûté au moins une fois, au risque d’avoir raté sa vie.

Non content de nous polluer avec leurs vies formidables et exceptionnelles, certains se fendent de vidéo larmoyante méa-culpa où ils s’excusent d’avoir offenser untel. D’autres expliquent dans un post long comme les dix commandements, à quel point ils ont besoin de faire une “détox digitale” mais vous assurent de ne pas vous inquiéter pour eux, car une fois qu’ils auront rencontré Dieu ils reviendront vous expliquer en détail ce qu’ils ont fait de leur journée loin de leur téléphone et de toute source Internet.

La réalité

Puis la réalité nous reprend. On quitte le bureau et on refait le même chemin pour rentrer chez nous ou alors on sort avec les potes, en prenant bien les photos qui vont alimenter notre prochaine story pour montrer, que et oui, sur votre petite échelle vous avez aussi une vie.

Ereinté(e) après avoir donné plus de 6 heures de cours dans différents endroits, vous repensez à cette personne qui parcourt le monde en mode équilibre sur les mains une noix de coco dans la main gauche, un sourire prometteur « ouai c’est facile de vivre de sa passion »…..

Et au passage on aura oublié de vivre le moment présent, d’apprécier chaque minute que la vie nous accorde en nous donnant le droit de respirer et la joie d’être vivant, pendant que peut être d’autre lutte contre une maladie incurable.

Avoir des buts

C’est bien, mais pas primordial, de se fixer des buts, des objectifs, d’avoir des rêves. Mais ils ne peuvent être accessibles que dès lors on se donne le droit de vivre le moment présent.

On aimerait arriver à notre point culminant de réussite sociale sans pour autant prendre le chemin qui va avec. Le monde va vite, la patience et l’expérience sont démodées.

Derrière les écrans plasma la réussite et la beauté sont quotidiennes. Les campagnes GoFundMe ou Leechi pulullent qu’elles soient faites de bonnes ou mauvaises intentions, certains n’hésitent pas à demander la collaboration des autres pour leur propre projet personnel.

La pression sociale est forte. Et pourtant ce sont souvent ceux qui réussissent qui sont le plus dérangés et instables. Car ils ont tout misé sur l’apparence extérieure, la coquille reste désespérement vide. Il faudrait pouvoir donner la définition du verbe réussir pour comprendre que la réussite ne peut s’acquérir par l’accumulation de choses, de j’aime, d’abonnés ou d’un compte en banque remplit à six chiffres.

La comparaison est un virus qu’il faut abolir de nos têtes.

Le bonheur par procuration n’existe pas.

On ne sera pas plus heureux si l’on rencontre quelqu’un ou si l’on s’achète le dernier sac à la mode.

Le bonheur passe par la faculté que nous avons d’être suffisant à nous même.

L’amour passe par la faculté que nous aurons à nous aimer pour ce que nous sommes, non pas par l’image qui se reflète dans le miroir, mais pour nous dans notre intégralité et toutes ses dimensions.

Notre aboutissement personnel passe par la capacité que nous aurons à vivre en premier lieu avec nous même, c’est-à-dire seul. Pouvoir se dire « je peux aller là tout(e) seul(e) », que ce soit un voyage, un cinéma, prendre un café en terrasse, ou bien passer un samedi soir en tête à tête avec soi même, même si les autres sont de sortie.

A partir du moment où l’on arrive à se connaître, à se comprendre, à s’aimer alors il devient plus facile de donner, offrir ou s’offrir aux autres, s’ouvrir et avancer ensemble. La comparaison n’aura alors plus sa place car de manière fondamentale nous saurons qui nous sommes vraiment. Et il ne peut y avoir deux personnes comme nous. C’est génétique, notre ADN est unique.

L’être humain est un individu. Individuel. Individualité.

Ce n’est pas de l’égoïsme. Car notre individualité nous représente. Ensemble nous créons une société, mais une société est faite de plusieurs individus distincts avec des idées, expériences qui leur sont propres.

Si tout le monde se ressemble tant physiquement que mentalement, il ne peut y avoir évolution.

Le jour où Tous sortirons du même moule, sera celui ou la manipulation ambiante l’aura emporté sur le bon sens.

Et là notre perte sera grande.

Nous pouvons apprécier et regarder la vie des autres se dérouler sous nos yeux, cependant cela ne doit pas nous atteindre ni nous affecter sur un plan tant personnel qu’émotionnel.

A nous d’écrire notre histoire, avec nos propres mots. Soyons fiers de ce que nous sommes actuellement.

Regardons avec compassion le Passé.

Apprécions le Présent.

Le Futur se dessine à chaque seconde de notre existence.

Namaste,