Photo : Lord Mahavir – le Porteur de la Torche Ahimsa

Ahimsa fait partie de la première branche du Yoga, les Yamas.

Ahimsa concerne la non-violence, la compassion.

Sa racine est faite de “hims” qui veut dire “faire du mal”, le fait de placer le “a” devant “hims” traduit son contraire, soit ne pas faire de mal envers tout être vivant, à soi-même, autrui, dans ses mots, ses pensées etc.

Le problème de Ahimsa est que de nos jours il est mis à toutes les sauces et plus particulièrement sur le végétarisme et le mode de vie vegan.

On est un “bon” yogi, si et seulement si on devient purement vegan (le top) ou au mois végétarien (on est proche du top mais moins).

Veuillez noter que je n’ai rien contre les vegans ou végétariens, quand je vivais en Inde je ne mangeais pas du tout de viande, en revanche je consommais du beurre car dans la cuisine il est partout. Depuis que j’ai quitté l’Inde je remange du poisson et plus particulièrement des fruits de mers.

Du coup ça choque pas mal de personnes lorsqu’ils me demandent si je suis végétarienne et que je réponds non, la prochaine phrase qui suivra de cette conversation sera “mais alors tu n’appliques pas Ahimsa”…..

Et parfois j’ai envie de demander “et toi tu appliques alors Brahmacharya”???

Brahmacharya fait partie des yamas et représente l’économie du prana (énergie vitale) pour une utilisation à un niveau supérieur.

Bien souvent lors des interprétations des Sutras codifiés par Patanjali, on l’explique en parlant de l’abstinence sexuelle.

Si on devait appliquer “Brahmacharya” de la façon dont il est enseigné, la seule et unique raison qui nous pousserait à avoir un rapport sexuel, serait le désir d’enfantement.

Du coup si ce principe était rabâché autant que peut l’être Ahimsa, on vous dirait qu’en tant que “bon” yogi, vous ne devez pas avoir de relations sexuelles juste pour votre plaisir.

La masturbation serait alors prohibée (même s’il y a un risque plausible de Samadhi), quant à l’homosexualité elle ne serait même pas envisageable.

Le contrôle de la contraception serait alors un sujet tabou.

L’autre côté pervers de Brahmacharya est qu’il vous autorise à avoir des relations sexuelles, dans ce cas l’homme ne devrait pas éjaculer. Il faudrait donc trouver un compagnon qui partage nos croyances et accepte de se retenir, ainsi que de ne jamais “s’infliger” un plaisir inutile sous la douche dès lors que la femme a le dos tourné……

Je ne dis pas que c’est impossible, j’ai entendu des hommes en parler, ils ont l’air heureux et épanouis.

Si toutefois on se décidait à appliquer Brahmacharya avec la même intensité que l’on fait pour Ahimsa, dans ce cas la plupart des profs de yoga auraient ou beaucoup d’enfants, les photos des yoginis sur les réseaux sociaux représenteraient alors des femmes au ventre rebondi et les phrases spirituelles qui donnent à réfléchir seraient drastiquement influencées par les enfants, la famille, la procréation – ou alors on se retrouverait avec une population de yogis et yoginis pratiquant essentiellement le tantra (et pas seulement sexuel) sous toutes ses formes.

Ca existe aussi, en revanche reconnaissons que ce n’est pas la majorité des professeurs que nous connaissons et que nous croisons dans la vie courante.

De la même manière nous ne jugerons pas les gens qui décident de suivre le veganisme, végétarisme ou autre, de la même façon ces personnes ne devraient pas juger les autres qui ne suivent pas leurs croyances.

Je ne dis pas que la cause animale n’est pas essentielle, on voit bien les choses autour de nous qui changent, ce qui se passent dans les abattoirs est affreux, le mode d’élevage que la société de consommation promeut est atroce.

En revanche sous le couvert du “je pratique le yoga alors je ne mange pas les animaux“, est un point de vue que je trouve assez hypocrite. C’est un choix personnel avant tout.

Dès lors que ça devient une “obligation” alors ce n’est plus du yoga mais une religion, un mode de pensée que l’on impose à autrui.

Dès lors qu’une personne se trouve “plus yogi” que vous parce que ELLE aura fait le CHOIX de ne manger aucun être vivant, son mode de pensée devient violent, ce n’est plus Ahimsa.

Si l’on poussait encore plus loin Ahimsa, alors on ferait comme certains moines bouddhistes qui à un moment de l’année ne peuvent sortir de leur monastère de peur d’écraser les insectes susceptibles de se reproduire.

Si l’on poussait encore plus loin Brahmacharya, alors il n’y aurait aucun cas d’abus sexuel dans certains centres de yoga où le soi-disant “Maître” garde une main prise sur ses adeptes, la plupart du temps des femmes mais aussi des hommes qui eux n’en parlent pas, sous prétexte que le chemin de la sagesse passerait par les dérives perverses de ce soit disant maître à penser…..

Ahimsa n’est pas seulement le fait de ne pas manger d’animaux tout comme Brahmacharya n’est pas seulement le fait d ‘une abstinence sexuelle.

Ce ne sont que les couches superficielles de ce que l’on entend, mais certainement pas le fond.

Par exemple dans une pratique d’asanas, il nous faut économiser notre énergie (soit Brahmacharya), de ce fait on ne donnera jamais 100% des capacités physiques de notre corps et de notre mental durant une pratique.

Ahimsa étant la non-violence sous toutes ses formes, on ne jugera jamais de manière négative notre voisin de tapis même s’il émet un pet tonitruant pendant une séance.

Techniquement ce n’est pas très compliqué et c’est très simple à appliquer dans la vie de tous les jours.

Ne culpabilisons pas.

La tolérance est de mise.

Namaste!