Je vais jeter un pavé dans la mare et faire une déclaration.

“Le dos plat dans les postures de Yoga, n’existe pas !”.

J’ajouterai même, que donner cette instruction aux élèves en voulant absolument ajuster le dos arrondit par l’usage de brique et de sangle, ou bien empêcher une personne d’aller vers l’avant sous prétexte que le dos est rond, est absolument antinomique de ce que les postures de yoga peuvent nous proposer.

Les photos suivantes nous montrent Sri Kirshnamacharya, auteur du Vinyasa Krama, qui entre autre fut le professeur de B.K.S. Iyengar.

Les postures sont respectivement : Ardha Bada Padma Pada Paschimotanasana, Paschimotanasana B et Tryanga Mukha Eka Pada Paschimotanasana.

Sans trop m’avancer, je pense qu’elles parlent d’elle-même.

“Dansons les postures”

Les cours de yoga enseignés comme un cours de danse, ne me dérangent pas plus que ça tant que je n’en suis pas élève.

On voit de très jolies Salutations au Soleil sur les réseaux sociaux, exécutées de manière esthétique……. Avec un bassin loin de la neutralité.

Au moment de lever les bras au ciel, dans un élan soudain de beauté, la personne déplacera son poids, de manière consciente ou inconsciente, vers les talons, ce qui provoquera une jolie cambrure au niveau du bas du dos. Pour allonger le torse vers l’avant, les bras exerceront alors un joli demi-cercle, ce qui finira de déplacer complètement le poids du corps vers l’arrière, le bassin se retrouvant ainsi placé loin derrière les talons.

Dès lors que la pratique est initiée avec un bassin présentant des antéversions excessives, le reste des postures suivra alors le même cheminement.

Pour une posture comme Padahastasana, les élèves auront tendance à initier le mouvement à partir du bassin, hanches pointées vers l’avant provoquant ainsi un déséquilibre.

Il arrive que la demande du professeur “allonger le bas du dos“, soit connectée au fait de monter les fesses vers le plafond…..

Alors qu’il est tout a fait possible d’allonger un dos par la simple action de descendre les omoplates le long de la colonne, ou alors l’étirement de la peau des aisselles, ou encore en créant une distance entre les crêtes illiaques se trouvant juste en dessous des côtes, ou la visualisation du nombril qui remonte sous les côtes. Il y a plusieurs manières d’amener ce mouvement sans pour autant n’utiliser que la face postérieure du corps.

Allonger un dos devrait pouvoir se faire en utilisant le devant du corps.

Il est regrettable de noter que, la plupart des flexions avant sont très souvent enseignées à partir d’un bassin antéversé. Et ce au nom du sacro Saint Dos plat…..

Plier les genoux…. oui mais non !

Pour pallier au manque de souplesse, on demandera alors à l’étudiant de plier les genoux……

Ce qui est tout à fait à l’opposé de ce que l’on souhaite assouplir, dans le sens où si raideur il y a, elle viendra d’abord de la base, c’est-à-dire des chevilles, du mollet, pour remonter vers les ischio-jambiers.

Le rôle des ischio-jambiers est, entre autre, la flexion du genou. Par définition, ils vont donc se rétrécir lorsque les genoux se plient…..

Lors d’une flexion avant, que souhaitons-nous allonger en premier ? Le bas du dos, ou bien l’arrière des jambes ? Le but de la flexion avant n’est-elle pas l’assouplissement de la face postérieure du corps ?

Pour bon nombre de professeurs, la flexion avant doit présenter un dos plat….. de ce fait ils privilégieront le dos plat à la flexibilité des ischio-jambiers.

Paradoxalement, on entendra des mots comme “protéger votre bas du dos et plier les genoux”….. en fait on ne protège rien, on déséquilibre l’ensemble de la structure.

Un dos ne s’allonge pas seulement en pliant les genoux.

Un dos doit aussi apprendre à s’allonger en utilisant le devant du corps.

Vouloir allonger un dos en n’utilisant que des antéversions ouvre la porte aux blessures.

La neutralité du bassin

Dans toutes les pratiques de postures de yoga, il est important de pouvoir au maximum garder un bassin neutre. 

Le bassin est l’articulation du corps qui connecte le haut au bas.

Si le torse s’allonge vers l’avant, le bassin suivra et se positionnera de manière naturelle.

En revanche si le torse s’allonge vers l’avant par l’action d’une antéversion, l’allongement nécessaire à la colonne se retrouvera diminué, car une partie de l’amplitude requise sera occupée à n’allonger que le bas du dos….

Il est important de comprendre qu’une colonne vertébrale n’est pas droite.

Elle présente deux lordoses, une au niveau des cervicales et une autre au niveau des lombaires.

Il faut pouvoir travailler et pratiquer autour de ces lordoses et de ce que les vertèbres et muscles intercostaux (entre autre) nous proposent.

Prendre en considération l’ensemble de la structure et ne plus essayer de “figer” une posture de manière esthétique.

Changer sa pratique pour se rapprocher de la matière en faisant ressortir la partie organique de l’asana.

La posture sera probablement moins photogénique mais elle sera juste car elle sera équilibrée.

Au fur et a mesure des pratiques, le dos s’assouplira car l’ensemble de la structure ce sera assouplie de manière conjointe, et organisée.

Déséquilibre du corps

Les personnes présentant des flexions arrière de qualité devraient être les mêmes capables de faire une flexion avant.

Or parfois, on retrouve des personnes très souples dans les flexions arrière, mais incapables de faire une flexion avant sans plier les genoux…. il y a alors déséquilibre. Le problème vient souvent de ce que le bassin est trop mobile, car les muscles de devant ne sont pas assez forts.

Vouloir à tout prix descendre un torse en gardant un dos droit, et l’empêcher de s’allonger en le bloquant par des briques ou des sangles n’est pas logique.

Cela aura tendance à présenter une tension au niveau des flexeur de hanches, car pour tenir un dos droit sans avoir la flexibilité requise, le devant des cuisses se retrouvera trop sollicité.

Le dos droit apparaîtra plus tard

Une fois le corps libéré de ses tensions, il sera possible de pratiquer de manière naturelle avec un dos plus ou moins plat.

On se retrouve alors avec une pratique plus avancée, pour laquelle les Bandhas se trouveront engagés.

Sur la photo ci-dessous, on voit T. Krishnamacharya pratiquer une posture que l’on pourrait comparer à Janu Shirshasana. Le dos est droit dans le but de l’activation des trois Bandhas soit Mula Bandha, Uddiyana Bandha et Jalandara Bandha. Le tout combiné s’appelle Maha Bandha car il y a rétention de souffle (soit Kumbakha). Le Mahamudra est fait par l’action des doigts tenant le gros orteil, scellant l’énergie vers l’intérieur pour ne pas la perdre, on parlera alors de “Bhramacharya“.

Pour arriver à ce stade de pratique, cela prend du temps et commence par l’assimilation des postures de yoga.

Lorsque l’on pratique des postures de yoga, on ne devrait pas aller chercher la beauté de celles-ci, ni y apposer des contraintes de bassin, avec un dos très droit. Dès lors que l’on s’impose un cadre dans lequel on essaiera de forcer le corps pour entrer, on créera une certaine résistance.

Au lieu de cela, je pense qu’il est mieux d’entrer dans la posture avec ce que notre corps nous donne et nous propose sur le moment. Une fois dans la posture, par le biais de la respiration on peut la changer, la modifier. Pour autant il ne faudrait pas essayer de forcer le mouvement vers quelque chose d’encore inaccessible en y appliquant des “lois” ou “ajustements” universels.

Namaste !