Une petite impatience, ruine un grand projet.

Etudier tout en répétant, n’est-ce pas source de plaisir ?

Confucius

Ce matin c’était ma dernière pratique au Centre d’Ashtanga Yoga à Bangkok.

J’ai eu le même sentiment que lorsque je quitte le Shala de Iain, pas envie de partir, mais de continuer mes pratiques avec ces professeurs qui ont été plus que des lumières. Ce que j’ai fait ici en 8 jours de pratique m’a confortée dans les choix pris ces dernières années.

Ma pratique est l’Ashtanga Vinyasa Yoga, et rien ne m’en détournera.

C’est un shala exigeant, le niveau est certes très élevé, en revanche je pense que c’est un lieu absolument propice pour les débutants qui souhaiteraient y découvrir leur pratique et par la même, se découvrir.

Si vous avez une pratique déjà établie, les professeurs sauront exactement où pointer pour vous aider à l’améliorer.

Et c’est là que l’on comprend qu’un asana n’est jamais vraiment abouti. Qu’il faut sans doute plus de 1000 fois pour l’intégrer complètement.

Aujourd’hui j’ai changé mon approche pour Supta Kurmasana. Je pensais que j’avais cette posture et que je ne pourrai pas faire mieux, puis j’ai été inspirée par ma voisine de tapis.

Après Kurmasana, au lieu de passer directement en Supta Kurmasana, elle a commencé par attraper sa jambe et à la préparer pour la mettre derrière la tête.

Je n’avais jamais essayé de mettre mes deux jambes derrière la tête. On me les a mises plus d’une fois lors d’ajustements passifs, mais de moi-même je n’avais jamais pris le temps de traduire ce mouvement à mon corps.

Voyant que j’essayais, la prof est venue directement sur le tapis. Elle m’a donnée la “procédure” à suivre.

  1. Attraper la jambe gauche, genou aligné avec la cheville, au lieu de pousser la jambe derrière, diriger le genou sur le côté, puis ramener le pied sur la poitrine.
  2. De la poitrine, ramener le pied au front.
  3. Du front, ramener le pied vers l’oreille.

Répéter cette routine cinq fois des deux côtés. Ca m’a pris au moins 10 bonnes minutes, car pour chaque déplacement du pied, je devais garder la posture 5 respirations, avec un dos droit, qui aurait donné n’importe quoi pour s’arrondir au niveau des lombaires.

La prof est venue derrière moi pour les premiers, encerclant mon corps avec ses jambes pour éviter que je m’écrase sur mon sacrum.

Après cinq minutes, elle est revenue me voir, m’a demandée combien de fois je l’avais fait, j’en était à trois, elle m’a dit de continuer.

Plus je passais mon pied de la poitrine, au front, à l’oreille, plus je sentais mon corps se détendre.

Je ne saurai expliquer ce qui s’est passé. Au lieu de me focaliser “je dois mettre cette jambe derrière la tête”, j’ai complètement lâcher prise.

Là où j’ai ressenti plus de douleur musculaire c’était dans les bras qui portaient ma jambe. 

Quant à ma jambe je la déplaçais facilement sans rien contracter.

Je sentais le grand trochanter du fémur bouger dans ma hanche, tourner sans aucune difficulté.

La prof est revenue, s’est installée derrière moi à nouveau et m’a dit de passer la jambe gauche derrière la tête, pas seulement le pied, mais le mollet au niveau de l’omoplate gauche.

Et à ma grande surprise c’est passé tranquillement.

Ensuite elle m’a demandée de redresser la tête, le drishti étant vers le haut, j’avoue avoir eu plus de mal, je pouvais regarder devant mais vers le haut c’était plus difficile, j’ai compris que mon nouveau challenge se trouverait alors ici.

Sharath Joi – Dwi Pada, posture qui prépare à Supta Kurmasana

Sachant que je me suis fait un claquage à l’ischion gauche en 2017, qui aura mis plus de 18 mois à guérir, je peux vous assurer que jamais je n’aurai cru être capable un jour de faire cette posture.

Ensuite elle m’a demandée de faire la même chose avec l’autre jambe, qui est passée tout aussi facilement.

Elle est venue en face de moi, grand sourire aux lèvres, je me suis dis “okay it’s done“, et non elle me dit “do both legs now“…. J’ai ri, mais elle ne m’a pas lâchée.

J’ai mis d’abord ma jambe gauche, puis la jambe droite, croisé les chevilles, mes pieds créant des oreilles de Mickey de chaque côté de mon visage.

Elle a posé ses mains sur l’intérieur de mes cuisses “relax here, do not contract, use your belly, and fold forward“.

J’ai fait tout ce qu’elle m’a dit de faire, et pour la première fois j’ai fait la VRAIE posture.

Mes genoux n’étaient pas sur le côté, mais derrière mes épaules, et le plus fou dans cette histoire c’est que cette posture, spoiler alerte, est confortable.

J’avais le visage au sol et j’ai eu une envie énorme de rire, tellement je n’en revenais pas de ce que mon corps, à 45 ans, était capable de faire.

Sharath Jois – Supta Kurmasana, posture finale

Mais ce n’était pas terminé.

Il fallait ensuite que je me relève, en poussant sur les mains pour décoller le bassin du sol tout en gardant les pieds derrière la tête.

La transition qui s’en suit est le Vinyasa, où l’on passe de Titibasana à Kakasana puis Chaturanga Dandasana.

J’ai un peu raté mon Kakasana, mes pieds touchaient le sol, et comme je n’avais plus de “jus” dans les bras, je me suis légèrement écrasée en Chaturanga Dandasana, mais franchement c’était pas grave.

Ce que j’ai retenu, c’est que je suis capable de le faire. Il faut juste maintenant que je la pratique comme ça tous les jours pour que ça passe de manière plus naturelle et sans effort.

Une petite impatience ruine un grand projet

J’ai tellement voulu passer cette posture, que je me contentais de ce que je pensais pouvoir faire, c’est-à-dire, attraper mes mains dans le dos, passer mes chevilles derrière la tête, sans même jamais m’inquiéter de ce que mes genoux faisaient en rotation externe sur le côté.

Je pouvais “binder”, m’allonger sans problème, c’était accepté par mon professeur qui n’a jamais trouvé rien à dire, à partir du moment où il a vu que je la passais et surtout remarqué que je n’avais pas du tout l’intention d’aller plus loin.

Ce que je voulais c’était arrivé à Laghu Vajrasana le plus vite possible, c’est bien connu la Deuxième série est plus palpitante que la Première 😉

Du coup, je suis passée complètement à côté de l’essence même de la pratique en raturant sèchement, la patience, l’équanimité, la persévérance, et la discipline !

Le grand projet étant la Deuxième série…….

Etudier tout en répétant, n’est-ce pas source de plaisir ?

Mais que je t’aime Confucius !

Evidemment.

On ne peut pas espérer assimiler 70 asanas si on ne les répète pas de manière quotidienne et ce tout au long de notre chemin yogic.

Certainement c’est aussi une source de grand plaisir, dès lors que l’on découvre un nouveau chemin pour entrer dans l’asana.

Souvent c’est le fait de relâcher complètement qui permet à la posture d’imprégner l’ADN du corps.

Usha Rani Chittor m’a dit un jour : “Surrender to your Asana, is surrendering yourself to the Guru“.

Aujourd’hui j’ai enfin compris le vrai sens de cette phrase.

Je suis visiblement lente dans mon apprentissage, d’où ma passion pour les tortues et les escargots, mais les fondations que je suis actuellement en train de bâtir, elles, seront stables.

Je vous souhaite de très belles pratiques.

Je vous souhaite de vous découvrir dans vos pratiques.

Namaste,

 

Share This