Indra Devi a été la première femme de l’Ouest en 1938 à recevoir l’enseignement de Krishnamacharya qui a accepté de lui enseigner seulement après avoir reçu la recommandation du Maharaja de Mysore. Je me demande ce qu’elle penserait du Yoga à l’heure d’aujourd’hui.

En parcourant le web je me suis arrêtée sur le site du très « fameux » Bali spirit qui publiait un article ô combien accrocheur « 13 Signes que tu es officiellement un Yogi de Ubud« .

Tout comme il est très à la mode de s’adresser à nos futurs élèves en les « tutoyant » par le biais d’article (si toi aussi tu veux changer de vie, viens je t’emmèèèèène), ou encore de les infantiliser en utilisant des termes dignes du Club Dorothée « bonjour les lapinoux/copains/amis/cupcakes, aujourd’hui on va voir une nouvelle posture, youpiiii » ou encore d’utiliser des « quotes » qui n’ont jamais existées « 99% practice, 1% théorie dixit Patanjali »……. oui j’ai trouvé cette phrase sur un blog d’un prof de yoga qui enseigne le Yoga tel que transmis par Patanjali – il parle en fait des Séries de l’Ashtanga Yoga…….

Peut être que vous allez pensé que je me suis levée du mauvais pied, j’ai reçu un coup sur la tête et je divague (oui pour le coup mais non je ne divague pas), je suis frustrée ou peut être tout simplement « mais pour qui elle se prend??? ».

Peu importe, je pense que quand on est sérieux dans sa pratique et dans son enseignement on n’a pas besoin d’ajouter des couches et des couches de complaisance pour « attirer » un public et avoir plus de followers, plus de j’aime et plus de vues. Il faut pouvoir être détaché de tout ça.

Si vous avez quelque chose à transmettre faites le, point. Pas la peine de se mettre en scène avec des sourires superficiels.

Pour revenir à l’article en question il y a quelques points que j’aimerai aborder car au niveau superficiel quand tu nous tiens je dois reconnaître que cet article a énormément raisonné. On peut y lire par exemple :

« A plus d’une occasion au restaurant vous avez certainement ajouté vos propres ingrédients au bol de smoothie commandé ou encore mieux vous avez été cette personne qui peaufine et personnalise elle même son bol de smoothie, au final vous payez deux fois le prix mais ça en valait vraiment la peine! »…… Non il n’y a rien de cool à ça, si la carte ne vous plait pas mieux vaut manger chez soi. Pour le serveur vous n’avez pas été un(e) « cool » yogi(ni), juste quelqu’un qui lui fait perdre son temps en discutant des ingrédients proposés qui ne lui conviennent pas… je n’utiliserai pas le mot qui me vient à l’esprit mais dans le genre casse pied c’est la médaille d’or.

« Vous savez exactement quels cafés à Ubud vendent les meilleurs crudités et gâteaux au chocolat végan. Vous connaissez aussi leurs prix, leurs heures d’ouverture et de fermeture, les meilleures places (wtf???), le personnel connait probablement votre nom, vous pensez déjà y retourner pour la deuxième fois aujourd’hui »…. alors là on frôle la paranoïa….. tout d’abord j’ai envie de dire à cette personne qui a écrit l’article « mais achètes toi une vie!! » et c’est limite digne du harcèlement. Si le fait de connaître les meilleurs endroits où s’asseoir dans un café à Ubud prouve que l’on est un « vrai » Yogi de Ubud alors je passe mon tour merci.

« Après avoir descendu Jalan Hanoman, souvent il vous arrive de rentrer chez vous sans comprendre comment vous avez dépensé tout l’argent retiré à l’ATM. Mais oh mon dieu, les vêtements, ces leggings et ce mala et cette glace au chocolat végétalien, sont tout simplement trop bons, je devais les acheter, c’était obligatoire »…… on remarque l’importance de la nourriture végétalienne pour bien marquer que cette personne pratique « Ahimsa » (non violence).… en revanche Santosha (contentement), Aparigraha (détachement), Tapas (austérité ou discipline) passent automatiquement à la trappe….. et que dire de tous ces « yogis » que l’on voit porter autour de la taille les superbes belles ceintures en cuir avec plusieurs pochettes, mais le tout avec une glace vegan, dans le fond c’est ça le yoga, un équilibre entre les deux. Je ne mange pas les animaux mais je les porte en sacoche. Amen…

« Vous jetez un coup d’oeil à votre relevé bancaire et vous ne savez pas si vous devez être embarrassé ou fier du fait que vous avez dépensé plus d’argent dans les studios de yoga et les cafés VEGAN que dans votre loyer ». Je dirai non il n’y pas de quoi être fier. C’est clair que si les cours de yoga se limitent au très branché Yoga Barn on paiera le même prix et peut être plus qu’un cours de Yoga parisien dans un lieu branché, venir à Ubud, se taper 12,000 kilomètres pour ne faire que des trucs boho chics à l’autre bout du monde est on ne peut plus superficiel et ne définit certainement pas le Yoga. On est donc encore loin, très loin des Yamas et Niyamas mais je pense qu’à ce niveau ce n’est pas un chapitre qui a été ouvert.

« Vous regardez le lever de soleil de votre scooter presque tous les matins sur le chemin du cours de yoga et passer le savasana à le regarder depuis les fenêtre du studio ». Alors deux points importants. Tout d’abord c’est la photo classique que l’on voit sur Instagram avec une phrase spirituelle qui va bien mais surtout le soleil se lève entre 6 heures et 6h20, idéalement et dans un monde parfait du petit yogi qui tient ses paroles on devrait déjà être sur son tapis et pas sur son scooter à se la raconter….. et Savasana c’est Savasana, si on est allongé sur son tapis et qu’on regarde le soleil alors on n’est pas en Savasana…..

« Vous avez un mala différent pour aller avec chacune de vos tenues de yoga »…. Pourquoi?

« Lorsque vos amis vous demandent ce que vous avez fait, vous riez et répondez j’ai pris des cours, mangé, échangé avec des amis…. c’est difficile à expliquer, vous devez être sur place pour comprendre ». Pourquoi ne pas dire la vérité, vous avez dépensé votre argent dans des choses superficielles et vides alors que le but premier était la pratique du Yoga. Mission échouée, en revanche vous avez ramené des malas à tout vent et surtout vous avez mangé cru et végétalien pendant un mois, bravo !

Je ne sais pas ce qu’est un « vrai » d’un « faux » yogi.

Dans tous les cas j’ai deux fois plus d’admiration pour ces gens qui se lèvent tous les matins pour pratiquer ne serait ce que 30 minutes avant d’emmener leurs enfants à l’école,  de prendre leurs horaires de 9h à 18 heures, qui courent pour aller chercher les enfants à l’école, font les courses, la bouffe, le ménage, qui trouvent le temps pour vivre leur passion dans une vie que certains pourraient qualifier d’ordinaire. Ce sont eux les vrais héros !

J’ai plus d’admiration pour le (la) prof de yoga qui enchaînent les cours, continuent de se former, ne vend pas son âme aux réseaux sociaux, qui s’occupent de ses remplacements avant de partir à l’autre bout du monde pour se perfectionner, qui sait comment voyager de manière économique, qui sait surtout s’adapter et se contenter de peu. Car l’Asie oui c’est beau mais quand on y reste un peu plus d’un mois on s’aperçoit qu’il y a une grande différence entre la carte postale et la réalité. Je suis contente de pouvoir rencontrer ces gens sur ma route, ils sont riches de tout.

Pas le bobo chic qui se barre à l’autre bout de la planète pour aller pratiquer dans des lieux qui n’existent que sur Instagram et qui ne reflètent pas la réalité.

Pas le chômeur « mais qui a cotisé toute sa vie » on s’entend, backpacker qui touche son indemnité mensuelle et qui se tape l’Asie en moto en jurant que la société dans laquelle on vit est pourrie…. mais qui profite pleinement de ses droits sociaux sur le dos des autres qui bossent.

On attire les gens qui nous ressemblent.

Et quand je vois les gens que je connais, avec qui j’échange  et que je fréquente au gré des mes déplacements je me dis que je suis définitivement sur le bon chemin.

Bonne pratique !

Namaste