Photo Crédit : Marine Lemonnier

Lorsque je montre une posture de yoga à des étudiants, ils s’attendent tout le temps à voir mes hanches alignées au bon endroit, le torse bien tourné, le bras aligné avec l’autre. Leurs attentes envers le professeur est extrêmement grande, d’une manière générale le professeur de yoga quelqu’il soit doit être aligné tout comme c’est indiqué dans le livre, dans le manuel, dans la vidéo.

La première chose que les élèves remarquent lorsque je fais une démo durant laquelle je leur demande pourquoi ma posture ne va pas dans le bon sens ils « corrigent » le bras qui doit être sur une parfaite ligne que l’autre dans Trikonasana, le dos qui doit être aplati comme une crêpe dans Paschimottanasana, le genou qui devrait être tout à fait plat dans Badakonasana.

En revanche ils auront passé complètement à la trappe le pied arrière (pour Trikonasana) que j’aurai mis volontairement à 45° voir complètement rentré, les jambes sans vie dans Paschimottanasana et la plante des pieds collée ensemble pour Badakonasana.

Encore une fois on s’arrête à l’image finale et non pas à l’ensemble, la structure est complètement ignorée.

Nous sommes tellement obnubilés par la posture idéale et l’aspect extérieur que l’on en oublie totalement les fondations.

De plus lorsque vous commencez à sous entendre (voir affirmer) que l’ajustement ultime qui rendra tout le monde joli de la même manière dans la même posture n’existe tout simplement pas, vous commencez à voir l’incompréhension se peindre sur les visages.

Sans parler des personnes qui sont au demeurant établi dans une profession médicale et qui pour eux le corps n’est que muscles, tendons, ligaments et donc limitations pour à peu près toutes les postures de yoga.

Si un alignement existe dans la pratique des asanas c’est d’abord celui qui consiste à aligner son esprit, son mental, sa respiration à son mouvement. C’est aussi simple que ça.

Si l’on a mal dans une posture c’est tout simplement qu’elle est mal faite. Dès lors qu’une douleur aux cervicales apparaît dans Shirshana pourquoi vouloir rester 10 respiration au risque de se briser la nuque?

Si le dos est raide dans Upavista Konasana pourquoi vouloir donner des à-coups pour aller « plus loin »?

Si le Chaturanga Dandasana fait mal aux épaules pourquoi vouloir apprendre à faire un équilibre sur les bras?

Avant de parler d’alignement il faudrait d’abord être capable de comprendre la posture.

Une posture n’est pas un meuble que l’on achèterait sur un coup de tête pour laisser mourir dans un coin de la cuisine. Une posture pour être maitrisée, apprivoisée, comprise et agréable devrait être pratiquée 1000 fois, pour un pratiquant régulier ça représente trois années, pour un pratiquant lambda le double voir le triple.

Dès lors vouloir faire une posture parfaitement alignée comme c’est écrit dans le joli livre de yoga que l’on vient d’acheter est quasiment impossible. Il faut s’accorder du temps et de l’espace dans le corps. Il faut pouvoir la comprendre, la ressentir et surtout la traduire.

Pour la comprendre il faut la pratiquer. Il ne sert à rien de corriger une torsion si la base n’est pas bonne, on twistera sans doute moins loin (ego quand tu nous tiens) mais on renforcera la base pour que la respiration soit la plus libre et plus fluide possible. Si une personne twiste parfaitement mais ne respire pas la posture n’aura absolument aucun bienfait.

Si une personne est capable de partir dans un twist et de réajuster sa posture pour qu’elle soit alignée avec une respiration calme, constante et longue, je n’ai aucun problème avec ça.

Si en revanche on bloque le corps d’une telle manière à ce que dès le départ il soit parfaitement aligné on arrivera à une certaine limitation du mouvement et donc à une incapacité respiratoire.

C’est un peu comme prendre une décision. Si on ferme la porte à toutes les opportunités extérieures pour ne suivre que le chemin  bien cadré que l’on s’est fixé on ne s’offre pas la possibilité d’accéder à notre but d’une autre manière.

En revanche si l’on accepte de s’ouvrir et d’analyser les choses telles qu’elles arrivent on peut toucher et accéder à notre but d’une manière beaucoup plus sereine. Les obstacles auront alors été maitrisés et apprivoisés.

Je me permettrai de rajouter qu’il y a autant de postures et d’alignements qu’il y a de corps différents. De ce fait l’ajustement ultime est quasi inexistant….

On peut prendre un million de notes et se les répéter, si en tant que professeur on ne regarde pas les élèves lors d’une pratique car trop concentré sur les instructions à venir, ça ne servira à rien.

Enseigner c’est partager, au lieu d’enseigner une posture compliquée, il est préférable d’enseigner sa propre pratique, le ressenti personnel est beaucoup plus important qu’une phrase bateau que l’on mettra partout comme « activez Mula Bandha« , « ouvrez le chakra du coeur » à toutes les sauces sans vraiment comprendre pourquoi on le dit.

Epurer, rester simple. Les alignements viendront de manière naturelle avec une pratique personnelle.

 

« C’est au-travers de l’alignement de mon corps que j’ai découvert l’alignement de mon esprit, de moi-même et de mon intelligence »

– B.K.S Iyengar –

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