Le Yoga n’est pas dangereux de la même manière il n’existe pas de postures dangereuses dans le Yoga.

Toutes les postures sont bénéfiques et accessibles à condition de respecter une règle très simple qui est de prendre son temps.

Alors pourquoi on se blesse?

Parce que la pratique n’est pas bonne.

Parce que l’enseignant n’est pas bon.

Le Yoga n’est que la victime d’un mauvais enseignement.

Une pratique structurée et évolutive

Il faudrait pouvoir garder une pratique structurée et logique qui ferait évoluer le pratiquant vers un chemin bien précis. Idéalement une pratique devrait pouvoir couvrir les flexions avant, latérales, les twists, les ouvertures de hanches, les extensions arrière, les équilibres, les inversions, les postures calmantes et shavasana.

La pratique doit être évolutive. On ne passe pas directement à des équilibres sur les mains sans préparation en amont.

La pratique des asanas est un apprentissage lent, peut être fastidieux mais nécessaire.

Il faut pouvoir évoluer doucement dans sa pratique sans sauter les étapes.

Comprendre les Postures et le Corps

Vouloir à tout prix faire des équilibres sur les mains sans pour autant avoir la force nécessaire de faire un Chaturanga Dandasana est un non sens.

Vouloir à tout prix faire un Shirshasana sans avoir un bon Salamba Sarvangasana est un non sens.

Induire en erreur l’élève en indiquant que Salamba Sarvangasana est une posture dangereuse pour les cervicales est un non sens. Tout dépend de la pratique du professeur. Si un professeur vous dit que cette posture n’est pas bonne, peut être qu’il ne sait tout simplement pas la faire correctement. Le poids n’étant pas sur les cervicales mais sur les avant bras.

Vouloir tordre ses genoux pour faire à tout prix un Lotus (Padmasana) sans avoir d’ouvertures de hanches est une contre vérité. Si des douleurs aux chevilles se présentent c’est tout simplement dû au fait que le corps n’est pas prêt et qu’il faudrait travailler en amont les ouvertures de hanches et du bas du dos. Les deux étant intimement liés.

Ne faire que des flexions avant pour protéger le bas du dos et esquiver toutes les flexions arrières est un non sens. Il y a plus de chance de se faire mal en flexion avant qu’en flexion arrière.

Ne pas faire Trikonasana car c’est une posture qui amènerait des douleurs aux disques lombaires est un non sens. Encore une fois tout dépendra de la pratique du professeur.

Des Flows trop agressifs

Récemment j’ai participé à un cours où aucune posture au sol n’était enseignée ce qui est un peu compliqué pour une personne comme moi qui adore réveiller sa pratique avec les postures de sol.

Adho  Mukha Svanasana était la transition pour toutes les postures sur les mains, la tête en bas pendant presque une heure, des postures tenues 2 respirations car le sujet était de faire un “flow” joli avec le genou à la poitrine, le genou sur le côté, le pied sur le côté pour partir en Vasistasana, la jambe tendue vers le ciel, sur le côté, en-dessous, tout le poids du corps sur les poignets, partir dans une flexion arrière en attrapant la cheville, ramener le genou sous l’aisselle droite, puis sous l’aisselle gauche, puis vers le nombril, puis vers le nez, les jambes dans tous les sens, on ne comprend plus rien mais on y va.

J’ai vu des omoplates montées vers les oreilles, des ceintures scapulaires faibles, des bras qui tremblaient, des gens qui suaient mais heureux.

Vouloir combler l’attente des étudiants

J’ai sans doute rater quelque chose car je n’ai pas vécu ce cours comme les autres pratiquants. Les étudiants étaient vraiment partis dans un trip pour lequel j’ai raté le bâteau…. il y avait des “Ah” des “Ooooooh” des “Mmmmmmh” des “Oh Yeeesssss”….

Ils étaient franchement heureux car le cours répondait à la demande qui était de bouger, transpirer, aller au-delà de leurs limites.

Effectivement, il est vrai que dans une série qui se suit, où les postures sont moins impressionnantes et gardées plus longtemps peut ne pas répondre à la demande générale qui est de faire des choses de dingues avec son corps (sans les mains) dans une ambiance bon enfant où la prof vous encourage à aller plus loin pour “ouvrir” le chakra du coeur, là où se trouve tous nos méchants démons que seule une pratique énergétique peut faire sortir.

Sans parler de l’Ashtanga Yoga Vinyasa Yoga, si l’on regarde les séquences de Gérard Arnaud ce sont des séquences extrêmement logiques, sur plusieurs niveaux qui nous amènent tranquillement à des postures plus folles sans se casser, car le corps est préparé. En revanche il est vrai qu’il ne nous invite pas à nous embrasser intérieurement pour rayonner extérieurement tout en activant notre kundalini éveillé (forcément) par la force seule d’un Adho Mukha suivi d’un Urdhva Mukha la bouche grande ouverte en rugissant comme des lions….. faudrait peut être lui en toucher un mot…..

Les Pranayamas à prendre avec des pincettes

De la même manière l’enseignement des pranayamas doit pouvoir se faire par étape. Enseigner des rétentions en contractant Uddiyana Bandha à des novices peut être dangereux pour les nouveaux aspirants yogiques.

Un pranayama efficace est un pranayama où l’on prend le temps de maitriser et de comprendre les inspirations et expirations.

Avant d’introduire la notion de Kumbakha Rechaka et Kumbakha Puraka il faudrait d’abord pouvoir être capable d’enseigner des inspirations longues sur 4, 8, 12, 16 (et je ne parle que des inspirations, compter 3 mois minimum pour une bonne pratique).

Dans les Huit Membres du Yoga le Pranayama arrive après les Asanas. Ce n’est pas un hasard.

Soyons clair il est impossible d’activer son Kundalani sans maitrise parfaite des Pranayamas. Vous allez me dire que la recette est pourtant “simple” : Inspiration longue, expiration longue, rétention poumons pleins, rétention poumons vides, bandhas, activation des chakras, faire monter le Kundalini le long de Sushumna. Et soudainement Ajna Chakra s’active et vous pouvez voir les auras des gens qui vous entourent, ô joie !!!!

Vouloir aller trop vite

Le problème ne vient alors pas tant des pratiquants qui ne comprennent pas et se blessent que du Professeur qui veut aller trop vite, peut être pour impressionner ses élèves, probablement pour répondre à la demande toujours grandissante de la société qui ne souhaite prendre que des raccourcis.

Il faut être patient, dédié et avoir envie de prendre son temps.

Le Yoga ne blesse pas, la pratique des Asanas n’est pas dangereuse, si les gens se blessent c’est parce que l’enseignement n’est pas bon.

Il ne faut pas vouloir faire plaisir à ses élèves et chercher à les impressionner en créant des “flow” de dingue où l’on fait plus d’équilibres sur les mains que de flexion avant, où l’on passe très vite dans des flexions arrières sans renforcement musculaire ou ouvertures scapulaires.

En tant que professeur il ne faut pas projeter nos peurs sur les élèves.

Si vous avez passé une année à maitriser un asana ça ne veut pas dire que tout le monde devra y passer une année, des pratiquants auront plus de facilité que d’autres, les corps sont différents. Il faut donc pouvoir garder une approche ouverte et savoir interpréter un mouvement.

Lorsque le bébé vient au monde il ne sait pas marcher. Il va commencer par se mettre sur le dos, puis s’asseoir, puis rouler sur le ventre, puis se mettre sur les genoux, puis debout sur les pieds. Il tombera au passage mais ne se fera pas mal à moins de rencontrer un mur.

C’est l’apprentissage du mouvement, de la respiration, du Vinyasa et peut être qu’au passage on touchera un peu au “Yoga”…..

Namaste