Swami Jnaneshvara Bharati détaille que le chemin de la réalisation du “soi” est pavé de quatre voies (sadhana chatushtaya) et six vertus (shatsampat).

J’aimerai m’attarder sur les vertus. L’étymologie du mot vertu vient du latin vertus dans lequel le préfix “vir” fait naître les mots “viril” et “virilité”. Les mots sont intéressants car ils visent directement notre ego – le “moi” ou “je”.

Selon Wikipidia la vertu est une notion à l’intersection des ensembles de la philosophie, de la religion et de la politique. Encore une fois intéressant et à méditer….

Pour revenir aux six vertus telles que listées dans la philosophie du Yoga on y retrouve :

  1. La tranquillité ou paix de l’esprit (Shama)
  2. L’entrainement ou la pratique (Dama)
  3. Le retrait des sens (Uparati)
  4. L’abstention (Titiksha)
  5. La foi ou les croyances (Shraddha)
  6. La concentration (Samadhana)

Dans un tout autre registre les six vertus humaine fondamentales, listées par Martin Selligman, Ray Flower et Mihaly Csikszentmihalyi (fondateurs de la psychologie positive en 1998) sont les suivantes :

  1. Sagesse et connaissance
  2. Courage
  3. Humanité
  4. Justice
  5. Tempérance
  6. Transcendance

Il est intéressant de remarquer les points communs que représentent la psychologie positive avec la philosophie du Yoga.

Le but de ces deux méthodes restant le même. Celui de vivre dans les niveaux supérieurs de notre échelle du bonheur. (Référence Les Six Vertus Humaines Fondamentales – Seligman, Peterson 2003).

“Je” pense donc je suis (Descartes)

De tout temps l’homme a proprement parlé a et est toujours en quête de savoir qui il est, a été ou deviendra.

Dans un but ultime : être heureux.

Je ne m’avancerai pas tellement, que de nos jours, nos modes de vie chamboulés, cette question est plus que jamais la priorité du moment.

Nous vivons repliés sur nous même et sommes encouragés à réduire notre champ d’action sociale et d’interaction, pour notre “santé”.

De ce fait beaucoup se retrouvent aux prises avec des maux nouveaux ou déjà existants mais jusque là étouffés par l’agitation que représentait leur vie passée.

Je me permets de revenir sur une phrase qui était sortie en plaisanterie sur les réseaux sociaux lorsque le premier confinement nous a frappé de plein fouet : “Les écoles sont fermées, mais rassurez-moi, avec les enfants dedans ?”.

Elle était assortie d’un dessin marrant et j’avoue à première vue j’ai ri.

Au second regard je me suis aperçue que cette phrase était somme toute assez dramatique. Outre le fait que je comprenne complètement le désarroi des parents vivant dans un petit espace, et devant se confiner avec des enfants qui d’habitude étaient à l’école, cela soulevait d’autres questions.

Est-ce que les parents connaissent leurs enfants en-dehors des vacances scolaires ?

Est-ce que les parents ont encore une interaction régulière avec leurs enfants ?

Est-ce que ce sont les parents qui élèvent leurs enfants ou bien l’éducation nationale ?

Je n’ai pas la prétention d’avoir la réponse à ses questions, n’ayant pas d’enfant moi-même je me garderai de porter un jugement quelconque, toutefois je m’autorise ce questionnement.

Nos modes de vie ont noyé notre être et notre capacité à vouloir étayer la définition du bonheur.

Ils nous ont enfoncé dans une course effrénée à la perfection et au bonheur virtuel par l’accumulation de biens, pas forcément nécessaire à notre survie, mais suffisamment utiles pour nous donner l’illusion que tout allait bien.

L’accès à la propriété d’une maison ou d’une voiture par le crédit, nous a autorisé une hypothèque du bonheur sur le court terme. 

Le bonheur se calcule alors sur la faculté que nous avons d’acheter pour embellir la couverture du livre tandis que le contenu lui reste désespérément vide.

Plus que jamais nous nous sommes souciés du “je”, du “moi”, sans jamais se pencher sur la substance, car pour être honnête le temps imparti ne nous permettait pas ce genre d’introspection.

La première vertu (Shama) se base sur le fondement du contentement. Qui est ensuite la base de toutes les autres vertus. Or tant que le contentement n’est pas atteint, l’esprit ne pourra être calme et rassasié. On sera toujours à la recherche du petit plus, qui certainement nous rapprochera indéniablement du bonheur…..

Sans ce contentement nécessaire le “moi” ne sera jamais apaisé. La course ne pourra s’arrêter et l’on continuera à reproduire des schémas déjà vécus, expérimentés mais fondamentalement stériles.

Une question de perception

La perception est l’activité par laquelle un sujet fait l’expérience d’objets ou de propriétés présents dans son environnement. Cette activité repose habituellement sur des informations délivrées par ses sens. (Définition Larousse).

Le fait de voir ou d’entendre est sujet à interprétation.

On expérimente la vie, par nos sens.

Une même personne peut être aimée et détestée à la fois. Tout est question et sujet à interprétation personnelle.

L’enseignement que l’on suit et quelqu’il soit est basé avant tout sur une interprétation d’expérience d’une personne, soit le professeur.

Toute notre existence, prend racine sur le vécu d’autres être humains.

Les lois votées sont rédigées par des personnes qui se basent sur des expériences produites en amont.

Exemple de base :

L’article R412-1 du Code de la route dispose : “En circulation, tout conducteur ou passager d’un véhicule à moteur doit porter une ceinture de sécurité homologuée dès lors que le siège qu’il occupe en est équipé en application des dispositions du livre III”.

Pourquoi une telle loi ? Parce qu’il y a eu des accidents. Dont acte.

Si vous montez dans une voiture qui n’a pas de ceinture de sécurité vous aurez sans doute peur. Peut être même que vous refuserez de vous y installer.

Alors qu’au tout début de l’activité automobile, les gens ne se posaient pas vraiment la question.

Nous pouvons interpréter le danger avant même qu’il ne se manifeste.

De la même manière on aura tendance à être attiré par une personne présentant un physique avantageux, on aura plaisir à la voir et à l’écouter.

Une même personne avec un physique peut être moins gracieux n’attirera pas de la même manière notre attention.

Le jugement est omniprésent dans tous nos actes, nos choix, nos envies.

Le pouvoir de discrimination gouverne nos vies, on aime ou on aime pas.

On a envie ou pas envie. Par nos sens nous percevons des sons que nous aimons, des choses belles à regarder, des lieux qui nous attirent.

Nos sens représentent le commandant de bord. C’est lui qui décide. 

La deuxième vertu, Dama, voudrait que l’on devienne responsable de nos choix, que l’on apprenne à maitriser ces sens sans qu’ils nous contrôlent. Le pouvoir d’utiliser nos sens à bon escient. Ici on ne parle pas encore de suppression mais de contrôle.

Au lieu de se fier à l’avis des autres quant à la bonne ou mauvaise réputation d’une personne, il faudrait pouvoir se faire son opinion soi même sans être influencé par ce que l’on entend autour.

Au lieu d’aller faire la queue devant les magasins pour se procurer le dernier iPhone ou Samsung sous prétexte qu’il embellira nos photos et vidéos, il faudrait pouvoir attendre de voir si c’est un besoin vraiment nécessaire.

Au lieu de se fondre dans la foule et de suivre le mouvement, nous pouvons essayer de comprendre ce qui se passe et garder une objectivité. En gros ne pas se faire influencer.

Il est d’ailleurs intéressant de remarquer que le nouveau travail à la mode des réseaux sociaux, qui génèrent par ailleurs un certains chiffre d’affaires pour les protagonistes, se nomment “les Influenceurs/Influenceuses”.

Tout est dit. Avant on ne le savait peut être pas, mais ici c’est clairement affiché et sans aucune gêne, des gens ont pour travail d’influencer la masse pour vendre des produits….. et là on touche la culture du vide.

De la Déesse Thémis

La justice est aveugle. Avez-vous déjà vu cette représentation de la déesse Thémis ? Elle est représentée avec un bandeau sur les yeux, elle tient devant elle une balance (coupable, pas coupable), et une épée dans l’autre main.

Pour montrer son impartialité.

Il y a une certaine marge entre ce qu’elle représente et les faits je vous l’accorde.

Toutefois elle représente parfaitement la troisième vertu (Uparati).

L’état d’equanimité ultime.

Il n’y a plus de choix, plus d’envie, plus de convoitise, plus de jalousie dès lors que l’être humain arrive à évoluer seul.

Ce seraient alors ses choix, ses décisions et ils resteraient uniques. Car nous sommes uniques. A la base.

Avant de se fondre dans le “tout”, il faut pouvoir être.

La phrase biblique dit “aide toi, le ciel t’aidera”. Ce qui revient à dire “aime toi d’abord avant d’aimer les autres”. Le concept de l’avion qui s’écrase, on positionne d’abord le masque à oxygen sur nous avant d’aider la personne assise à côté de vous.

Plus populairement “occupe toi de tes oignons” ou “mêlez-vous de vos affaires”.

Voici pour les trois premières vertus.

Histoire à suivre….