Aujourd’hui je voudrai parler des Yoga Challenge que l’on voit en masse sur les réseaux sociaux, et vous expliquez pourquoi je suis contre. Cet article n’engage que moi.

Tout d’abord penchons nous sur l’étymologie du mot “Yoga” et “Challenge”, qui selon moi ne vont pas très bien ensemble.

Le Yoga

La définition que l’on lit partout, que l’on entend, que l’on donne, la plus banale est celle où l’on prend l’origine du mot Yoga en Sankrit soit “Yuj” qui veut dire unir. De là l’interprétation personnelle peut devenir, s’unir à soi, s’unir à lui (le yoga), s’unir à l’Univers, s’unir aux autres etc.

De mon point de vue la pratique du Yoga (pas seulement des postures de yoga) est tout simplement pouvoir garder un état d’équanimité constant quoiqu’il arrive, dans n’importe quelle situation, à n’importe quel moment et pas seulement en déroulant son tapis.

Pour arriver à ce stade de stabilité constante, il faut avant tout pouvoir prendre du recul sur ce que nous sommes, ce qui nous entoure, le monde dans lequel nous évoluons.

Pour pouvoir prendre du recul afin d’y voir plus clairement, une grosse introspection est nécessaire. Sur nous-même en premier. Pour cela il faut pouvoir se retirer de ce que nous connaissons et accepter de partir vers l’inconnu. C’est donc en premier lieu un chemin qui se fait seul et qui ne passe pas forcément par la capacité à faire un équilibre sur la tête ou celle de pouvoir mettre son pied derrière la tête. 

C’est un petit plus profond que ça.

Le Challenge

C’est un anglicisme et quand on y regarde de plus près, la définition exacte est “épreuve sportive dont le vainqueur sort avec un titre, jusqu’à ce qu’un autre l’en dépossède“……

Au figuré la définition est “situation où la difficulté stimule“.

Yoga Challenge

On peut jouer avec la phrase, un yoga challenge serait donc le fait d’unir quelque chose à autre chose de fondamentalement difficile, qui une fois faite avec “succès” sera détrônée par quelqu’un d’autre qui aura réussi à mieux la faire……

Soit.

Comme la plupart du temps ces “challenge” ne concernent que la pratique de postures, pourquoi ne pas l’appeler tout simplement “concours de postures” ?

Ou alors pour que ce soit plus vendable et joli à regarder et afin de rester dans le ton du “yoga”, “concours d’asanas”.

Car c’est bien ce que c’est.

Les “Plus”

On découvre et apprend des postures que l’on ne pratiquait pas, que l’on ne connaissait pas.

Cela permet de “démocratiser” la pratique et de faire découvrir à des néophytes ce à quoi peut ressembler des postures de yoga.

Les personnes qui apprennent seules, sans avoir la possibilité d’aller dans un studio de yoga, peuvent progresser dans leur pratique et y trouver une motivation.

On peut aussi “gagner” un tapis de yoga ou autre durant le mois qui couvre la période “challenge”. Quand on connait les prix d’un bon tapis de yoga, c’est pas du luxe.

N’y voyez aucune animosité de ma part, mais ça “ramène” du monde sur votre instagram ou votre page facebook 😉 D’un point de vue marketing c’est donc parfait.

Les “Moins”

Alors je me pose la question, quant à la préparation en “amont” de ladite posture de yoga du jour.

Est-ce que l’on sort son téléphone pour se prendre en photo pendant la pause, ou bien y a t’il une vraie pratique avant ? 

La plupart des programmes que j’ai regardés ne montraient que la posture. Je reste donc dubitative.

Outre le fait que certaines postures soient parfois d’un niveau avancée, je me demande quel est l’intérêt d’essayer de la faire si l’on n’a pas les moyens d’y arriver ?

Pourquoi je suis contre ?

La photo de cet article, l’escargot, dit tout.

Je suis “pour” les pratiques évolutives.

Pour maitriser une posture il faudrait pouvoir la pratiquer 1000 fois, soit à peu près deux ans et demi d’une pratique régulière.

La répétition est donc de rigueur.

Quand un danseur doit apprendre une chorégraphie il va la répéter un nombre incalculable de fois jusqu’à ce que son corps la digère.

C’est la même chose avec les postures de yoga.

Pour avoir un réel bénéfice d’une pratique, il faut laisser le temps au corps de s’ouvrir, d’accepter une nouvelle façon de bouger, de respirer, chaque séquence si bien construite nous préparant pour la posture suivante.

Les traumas psychologiques sont partout présents dans notre tête, nos cellules, nos muscles, nos fascias.

Or le mouvement nous aide à les éliminer, à les faire circuler.

Si le lundi vous ne pratiquez que des flexions latérales et le mardi que des flexions avant, ce qui a été ouvert la veille va se retrouver fermer le lendemain.

Si vous ne pouvez pas faire Sarvangasana (la chandelle) sans avoir mal à la nuque, objectivement parlant Shirshasana ne sera pas accessible (la posture sur la tête).

Si vous avez mal dans la nuque pendant une flexion arrière, c’est que l’intention n’est pas placée au bon endroit, les jambes ne sont probablement pas assez fortes pour vous tenir.

Les réseaux sociaux font du bien et du mal à la pratique.

Ils soignent l’ego certes, mais souvent cela ramène que la pratique du “yoga” (et encore on est très loin du yoga, ce ne sont que les postures dont on parle de manière générale), est un “challenge”, que l’on doit faire à la vue de tout le monde.

Par la même on sous entend que c’est difficile car on compte les jours, mais le tout ponctué de belles phrases aux bonnes intentions.

Si vous souhaitez un “vrai challenge yoga”, essayez de garder la posture “Dandasana” au sol pendant 15 minutes (j’avais déjà émis cette idée il y a deux ou trois ans).

Dandasana Iyengar

C’est une posture qui est tout sauf anodine et pourtant en la regardant elle ne paie pas de mine, mais ô combien active pour l’ensemble de la colonne vertébrale et le système nerveux.

C’est une très bonne base pour commencer.

De très belles pratiques à Vous!

Namaste,