Photo: Oscar Wilde

Ce post n’a rien à voir avec le livre d’Oscar Wilde, je ne raconterai pas l’histoire. Le seul point commun que l’on pourra lui attribuer est que Ernest, le protagoniste de l’histoire, mène une double vie en en se créant un personnage fictif afin d’échapper aux obligations sociales lourdes.

Il est aussi intéressant de remarquer qu’en anglais on traduit  ce titre par”The Importance of Being Earnest”. Earnest veut dire “honnête” et le nom d’Ernest se traduit par “sincère”.

Ce matin après ma pratique c’est la réflexion que j’ai eue “l’importance d’être constant”. Depuis le mois de décembre j’ai perdu toutes mes flexions arrières, pour une raison parfaitement inconnue ma colonne vertébrale ne souhaitait plus être sollicitée, mon épaule gauche était devenue “gelée” et le simple fait de lever les bras me faisait mal.

Cependant et même si j’en avais cruellement envie je n’ai pas arrêté mes pratiques, j’ai continué de faire ce que je pouvais faire. Ce n’étaient pas les meilleures pratiques de ma vie, j’avais l’impression de faire un retour en arrière, mon corps devenant de plus en plus raide au fil des jours, des semaines et du mois.

La semaine passée en Kukutasana je suis allée au-delà des signaux, je n’avais pas d’équilibre quand il s’est agit de soulever les fesses du plancher, et malgré moi j’ai continué d’insister et de dire à mon corps “allons vas-y fais le, tu as l’habitude”. J’avais certes perdu tous mes backbends il était hors de question de renoncer à un asana supplémentaire, sinon à quoi ça sert de pratiquer tous les matins? Pourquoi mes efforts ne sont pas récompensés, pourquoi je suis si lourde sur mon tapis?

Résultat je suis tombée, et tellement bien que je me suis carrément ouverte l’arcade sourcilière, direction les urgences, deux points de suture, une bosse énorme, un oeil un jour fermé, le deuxième jour ouvert mais rouge, le troisième jour rouge noir, le quatrième jour bleu noir, le cinquième jour, bleu jaune. Aujourd’hui ça a l’air d’aller mieux, j’ai toujours les points de suture ça ne souhaite pas cicatriser mais c’est une autre histoire. Je suis en vie.

Je suis retournée sur mon tapis de yoga dès le 3ème jour.

Entre mes visites quotidiennes à l’hôpital pour changer mon pansement où j’apprends que la vie est extrêmement courte et qu’à tout moment elle peut partir, la seule chose qui m’a tenue a été ma pratique. Bien évidement elle a été différente car non seulement mon corps était douleureux mais maintenant je dois faire face à cette nouvelle peur de tomber à chaque fois que j’envisage un équilibre sur les mains.

Puis pour une raison que j’ignore, aujourd’hui date anniversaire de ma chute, ma pratique a été absolument formidable.

Ma colonne vertébrale s’est pliée dans les deux sens sans aucune gêne, je reste craintive face à Kukutasana, Kakasana et les descentes en arrière mais mon corps semble avoir récupéré l’espace dont il m’a privé ces presque dernières 6 semaines. Ma pratique ressemble à celle du mois de Novembre.

Et là j’ai compris l’importance d’être constant.

Ce n’est pas la pratique de l’Ashtanga en elle même qui est plus dure qu’une pratique de Hatha Yoga car le Hatha a créé l’Ashtanga, mais ce qui est difficile c’est de continuer à pratiquer quoiqu’il arrive, de trouver du temps pour dérouler son tapis.

J’ai toujours fait du sport (énormément de natation), depuis mon plus jeune âge et de manière régulière. Je n’ai jamais vraiment arrêté. Pour moi enseigner une activité physique était ce que je devais faire de ma vie, je ne savais pas laquelle encore, à une époque je voulais enseigner les cours de Step au Gymnase Club de la Porte Maillot, c’était mon rêve !

Ca fait 10 ans que j’ai changé de vie pour devenir professeur de Pilates et Yoga et la première chose que j’ai faite en arrêtant de bosser dans les bureaux a été de me garder ne serait-ce que 30 minutes minimum par jour de pratique, que ce soit du Pilates, Yoga, Feldenkrais, toujours garder mon corps en mouvement.

Quand j’enseignais 25 heures de cours par semaine à Paris je pratiquais tous les jours, dès que j’avais un trou de 30 minutes entre deux cours je montais sur le Reformer. Entre les cours de yoga je pratiquais ma séquence que je voulais enseigner.

Un jour j’ai commencé à me lever plus tôt pour mes pratiques matinales et depuis j’ai gardé cette habitude.

Car j’ai très vite compris que l’on ne pouvait pas enseigner sans avoir de pratique, c’est la mission du professeur.

Est-ce que Picasso aurait peint ce qu’il a peint s’il n’avait pas été constant? Est-ce que Kino MacGregor serait ce qu’elle est aujourd’hui en se la coulant douce dans son canapé? BKS Iyengar n’a t’il pas pratiqué jusqu’à un âge avancé? Est-ce qu’un surfeur peut surfer sans pratique? Est-ce qu’une personne qui baragouine trois mots en anglais peut l’enseigner? Quand on commence un nouveau travail n’a t’on pas un moment d’adaptation pour comprendre comment le système informatique fonctionne?

C’est la répétition de la même chose qui fait que nous comprenons les rouages, et répéter quelque chose de manière constante n’est rien d’autre qu’une pratique, une discipline que l’on suit pour devenir professionnel dans son domaine.

Alors pourquoi quand on approche la pratique du Yoga il y aurait une exception? Parce qu’est c’est “spirituel” et que ça en jette quand on chante trois OM c’est suffisant pour amadouer un public?

Combien de fois j’ai lu, entendu des professeurs dire “oh la la la, moi la dernière fois que j’ai vraiment pratiqué tous les jours c’était pendant ma formation”…….

J’ai lu une fois sur un groupe Facebook un professeur de Yoga qui disait “la dernière fois que j’ai pratiqué la Sun Salutation c’était il y a bien longtemps”, je lui ai demandé s’il pratiquait autre chose que la Salutation au Soleil et il a tout simplement répondu “je crois que la dernière fois que je suis allé sur mon tapis c’était il y a trois mois”….. c’est ce que j’appelle la double vie d’un professeur de Yoga ou de Pilates ou autre.

Comment est-ce possible de s’asseoir sur ses acquis à ce point?

Ne choisissez pas ce chemin si vous n’avez pas l’intention de vous y dédier complètement. Prenez un autre chemin où votre physique et votre mental ne seront pas mis à rude épreuve par la découverte de vous même.

Les cours de pranayama ne doivent pas non plus être pris à la légère, avant de les enseigner il faut pouvoir les avoir pratiqués et les pratiquer de manière régulière.

On ne peut pas enseigner un cours de pranayama en y insérant des rétentions poumons pleins, poumons vides dès la première séance. Pour ça il faut avoir des étudiants réguliers, et il faut que le professeur ait une pratique régulière, pas une fois par semaine ou 5 minutes avant le cours, je parle d’une vraie pratique à laquelle on aura accordée autant d’importance qu’à la pratique des asanas.

On peut avoir des fiches quand on enseigne (je ne suis pas vraiment pour) mais juste pour voir l’ordre du cours que l’on souhaite donner (éventuellement) en revanche avoir une fiche des asanas que l’on va enseigner ou un descriptif des pranayamas que l’on souhaite enseigner, je dis non. Le cours que l’on doit enseigner doit avant tout être assimilé par le professeur.

Un professeur de Yoga n’est qu’un véhicule qui doit pouvoir traduire son ressenti et sa pratique aux élèves. Un professeur ne doit pas pratiquer avec ses élèves.

Si on prend la décision d’enseigner le Yoga, le Pilates, la Gyrokinésis, le Feldenkrais ou coach sportif on se doit de garder une pratique régulière, sinon qu’est-ce qu’on apprend aux élèves? On ne fait que leur mentir et ça veut dire alors que n’importe qui demain peut se mettre à enseigner à peu près ce qu’il veut sous prétexte qu’il l’a pratiqué une ou deux fois dans sa vie.

Le problème c’est que les élèves qui s’inscrivent à un cours font une confiance aveugle à la personne qui est en face d’eux. Ils sont pour la plupart incapables de détecter si le professeur est compétent, il suffira d’un petit équilibre sur les mains qu’il ou qu’elle saura montrer pour convaincre tout le monde “wow, c’est un super prof!”. C’est malheureux mais c’est vrai.

En tant qu’étudiant il y a un moyen de savoir si votre professeur pratique ou pas : la mobilité de la colonne vertébrale. Je ne parle pas de souplesse mais si votre professeur pratique souvent sa colonne pourra bouger de manière gracieuse sans emmener le bassin dans tous les sens sur le tapis, il ne travaillera pas en force avec un visage fermé.

La double vie du Professeur, le masque devant les élèves “on inspire on lève les bras au ciel” l’image que l’on projette et celle que nous sommes vraiment en se la coulant douce sur son canapé jusqu’au prochain cours.

L’importance d’être constant, si vous souhaitez vous engager sur le chemin du Yoga ou autre soyez franc avec vous même et envers vos étudiants.

Soyez honnête.

Satya 2.36