Crédit Photo : Yogi Trupta à Sienne, Italie – prise par Stéphanie VK

Ce matin pendant ma pratique j’ai expérimenté de nouvelles sensations.

Pendant la Salutation au Soleil B, après avoir placé mon pied droit en avant du tapis pour monter en Virabhadrasana j’ai commencé le mouvement par l’articulation de la colonne vertébrale. Et le ressenti a été complètement différent.

Au lieu de monter les bras puis le torse, le mouvement est parti de la base du coccyx, suivi du sacrum, suivi des lombaires pour finalement monter le haut du dos en déroulant la colonne vertébrale à partir du bas.

D’une manière moins détaillée j’ai initié mon mouvement de base par une rétroversion du bassin ce qui a énormément sollicité les abdominaux et l’ouverture du haut du corps était bien plus importante. Le fait de commencer le mouvement et de focaliser sur l’articulation de la colonne vertébrale a permis une plus grande amplitude, une respiration beaucoup plus aérée et absolument aucune pression ou sensation dans le bas du dos.

Cette posture est très souvent faite en associant une anté-version du bassin qui pourrait comprimer le bas du dos si les muscles du centre ne sont pas suffisamment sollicités.

Le fait de commencer la posture par la sollicitation du coccyx en avant autorise un plus grand étirement de la jambe arrière et donc une meilleure stabilité du bassin ainsi qu’une connection directe avec la jambe arrière. Le poids se retrouve à 50/50 sur les deux jambes, le centre est engagé.

D’un point de vue purement yogique on parlerait de l’activation de Mula Bandha suivi par Uddiyana Bandha.

D’un point de vue anatomique la rétroversion du bassin allonge le bas du dos, la force du plancher pelvien autorise l’activation des muscles profonds autre que le rectus abdominis pour laisser le champ libre aux muscles transversaux de faire leur travail qui est de tenir le haut du corps.

L’ancrage au niveau des pieds est beaucoup plus important car au lieu de commencer le mouvement de l’extérieur en montant les bras pour placer le torse, on va initier directement le mouvement à partir du centre.

La Méthode Pilates pour comprendre l’articulation de la colonne

La Méthode Pilates est essentiellement tournée autour de l’articulation de la colonne vertébrale.

On travaille les muscles profonds et lorsque l’on prend un cours de Pilates très souvent les enseignants indiquent aux élèves de dérouler le dos vertèbre par vertèbre.

Dans une pratique de yoga on articule la colonne vertébrale mais trop souvent on oublie de bouger à partir du bassin. Bouger à partir de son centre, donc du bassin, ne veut pas dire que pour une flexion avant ou arrière il faille impérativement partir avec une antéversion (le dos cambré) comme on peut le voir sur certaines vidéos. Au contraire le fait d’initier le mouvement à partir d’un bas du dos cambré comprimera la région lombaire car elle se retrouvera raccourcie par cette action.

Idéalement on bougera à partir d’un bassin neutre. L’activation du centre se faisant de manière beaucoup plus subtile.

Dans la posture Virabhadrasana I pour que les hanches soit alignées face il faut que le pied arrière pousse dans le sol.

Pour engager la jambe arrière il faut initier le mouvement à partir du coccyx en faisant une rétro version, on poussera alors l’illiac (ou hanche gauche) en avant pendant que la droite reculera (si le pied droit est en avant).

Les adducteurs seront alors sollicités, au lieu de ne sentir qu’un étirement à l’intérieur des jambes on sentira alors une contraction qui empêchera le poids d’aller seulement sur la jambe avant tout en protégeant le genou.

La gêne que certains étudiants peuvent ressentir sur le devant de la cuisse de la jambe avant au niveau de l’aine, ils ressentent parfois comme un pincement ou une surcharge est justement due au fait que la jambe arrière n’est pas suffisamment sollicitée.

Pour pouvoir solliciter les deux jambes il faut pouvoir bouger à partir de son centre, du bassin, qui est la connection entre le haut du corps et le bas du corps. Ils sont indissociables.

Il faut que l’énergie puisse circuler librement du haut vers le bas et du bas vers le haut.

En Yoga on parlera alors de l’énergie pranique. Virabhadrasana I est une posture pranique car on s’élève vers le haut, en revanche la base est apanique.

 

Il est intéressant d’analyser les postures de yoga en fonction de l’énergie pranique.

La pratique devient alors plus organique, au lieu de vouloir à tout prix faire une posture comme dans le livre ou selon les consignes reçues voir imposées lors d’alignement “universels”, on commence alors à approcher l’asana d’une manière différente. Chaque posture a son propre ADN, en revanche on peut choisir de la faire de différentes manières en fonction de ses besoins ou tout simplement en fonction de son ressenti dans le moment présent.

On doit pouvoir garder un esprit ouvert, de la même manière chaque journée de notre vie est différente, chaque pratique sera différente.

Un jour on plie un autre jour on ne pliera pas. Nos obstacles se trouvent dans notre tête dès le moment où l’on ne souhaite plus explorer notre corps et notre pratique. Notre corps est un peu comme la chaîne Discovery Channel, un jour on explorera une ouverture du haut du corps un autre jour on travaillera les hanches d’une façon à laquelle jamais nous n’aurions pensée auparavant.

Il faudrait pouvoir envisager notre pratique quotidienne comme une nouvelle pratique, comme la première pratique de notre vie.

Très belle pratique à Vous!