La parfaite raison fuit toute extrémité,
Et veut que l’on soit sage avec sobriété.
 — (MolièreLe MisanthropePhilinteacte Iscène I, 1667)

En tant qu’être humain on a le pouvoir incontestable et extraordinaire de pouvoir faire des choses merveilleuses ainsi que leurs extrêmes.

Le monde animal est quant à lui gérer par la nature. Si on prend l’exemple d’un chien sa principale préoccupation est le moyen qu’il trouvera pour se nourrir (la survie), se reproduire (garantir la longévité de son espèce) puis mourir. Et le cycle se répète.

Quand une personne souffre, sa souffrance n’est pas tant due aux éléments extérieurs ou aux personnes, mais par la compréhension et l’interprétation des choses qui l’entourent, qu’il vit et par conséquent de ce qu’il ressent. De manière générale, l’être humain passe sa vie sans se comprendre et cherche tout au long de son existence l’approbation et le contact des autres.

Il y a le “moi”, le “je”, le “nous”, le “vous” et chaque chose a son propre filtre.

On croit connaitre quelqu’un et un jour on découvre une nouvelle facette qui invariablement apportera une nouvelle définition de cette personne qui sera interprétée par un nouveau comportement auquel on s’adaptera.

On croit savoir quelque chose jusqu’au moment où l’on perçoit une nouvelle interprétation pour laquelle on aura tendance à remettre en question les acquis.

Et pourtant tout devrait être plus simple.

Mais la société que nous avons créé, demandé, faite à notre image nous bloque et en même temps nous permet d’avancer.

On arrive à faire des choses formidables avec les nouvelles technologies. Grâce aux nombreux réseaux sociaux on est partout et surtout nulle part.

On accuse les réseaux sociaux de nos maux mais on ne peut s’empêcher de vivre sans. De la photo du repas, au bébé fraîchement venu au monde, au chien trop mignon, aux selfies qui nous avantagent grâce à tous les nouveaux filtres.

On part à la campagne et on s’empresse de le faire savoir au monde “entier” par le biais de vidéo.

On s’absente des réseaux sociaux pour “deux jours” et on se fend d’une vidéo en prévenant nos nombreux abonnés avides de nouvelles informations sur notre sort personnel, pour les prévenir que l’on sera absent…. et on poste une nouvelle photo 48 heures plus tard.

Non seulement il nous faut gérer notre vie de tous les jours, mais en plus on se doit de les documenter.

Le tout a toujours un “but” ou une raison.

Les enfants ne sont plus anonymes et deviendront les héritiers de notre frénésie à tout dévoiler.

Parce qu’une personne lance un challenge tout naturel de photo en noir et blanc (#sansfiltre), on s’empresse de l’imiter et d’inviter les autres à en faire de même.

D’autres “brisent internet” en faisant frire un oeuf sur le capot d’une voiture et ça fait le buzz.

On positionne en haut de l’affiche des nouvelles icônes, petit nez, grosses lèvres, longs cheveux, tellement idolisées que les filtres instagram nous proposent le même physique le temps d’une photo.

On ne vit plus pour nous, en nous. On vit pour les autres, dans le regard de l’autre, dans l’approbation de l’autre.

Pour autant on clame son indépendance en affichant fièrement nos bourrelets pour une meilleure acceptation de soi.

La sobriété n’est plus de mise. Tout est pensé, calculé, envisagé.

Le simple fait de dérouler un tapis de yoga devient sujet à admiration tant les postures doivent être précises au millimètre près, mais si vous n’y arrivez pas, tout sourire un nouveau tuto sortira.

Il n’y a plus de replis.

Il y a encore moins de replis depuis les confinements successifs. C’est à celui qui s’exposera le plus vite le plus rapidement avec la meilleure idée.

On ne se rend même plus compte que nous n’arrivons pas à sortir du cycle.

On perd notre temps au jeu de la séduction.

Nous sommes tous coupables, je ne blâme personne, je l’ai fait aussi.

Savoir se détacher des choses, des gens, n’est pas un acte égoïste.

C’est une preuve d’amour. L’attachement est souvent source de douleur, le non attachement est source de liberté.

Qu’est-ce qui créé l’individu ? Ce sont ses habitudes.

Notre création, la manière dont nous avons été conçu est exceptionnelle. Ce n’est pas le reflet dans le miroir qui reflète notre beauté. Nous sommes déjà magnifiques et surtout uniques. Dès lors que l’on commence à se comparer aux autres alors on marche sur le chemin de la perdition.

Soyons, restons, tentons d’être sobre.

Namaste,