Le déménagement de Kovalam à Mysore en 2015 m’a légèrement perturbée. Pour être vraiment précise nous avons déménagé à Srirangnapatna qui est dans la banlieue de Mysore, environ 30 minutes en voiture sans embouteillage. Moi qui suis une femme de la ville, j’aime la nature mais quand même…. déjà prendre la décision de quitter Paris pour vivre en Inde ce fut un grand pas en soit mais de là à me retrouver au milieu des champs de canne à sucre je dois avouer que jamais cela avait été un projet de vie….

J’avais donc deux choix, le premier retourner vivre en Europe mais à ce moment je n’étais pas prête, ou alors prendre avantage de la situation et décider de me dévouer à la pratique de l’Ashtanga Yoga. Et c’est ce que j’ai fait. Quitte à vivre à Mysore autant aller pratiquer l’Ashtanga à la source !

Depuis ma pratique a pris un nouveau tournant et pas seulement, ma vie complète a changé.

Fait Numéro 1.

On entend un peu de tout au sujet du Main Shala, de Pattabhi Jois et de Sharat. La plupart du temps les personnes qui colportent tout et n’importe rien sont des novices, ils n’ont jamais mis les pieds là-bas mais connaissent quelqu’un qui y a été et qui aurait dit que blablbla ; ou alors ils y sont allés la tête remplit d’espoir d’être “autorisé” après leur première visite… 😯

Fait Numéro 2.

Lorsque vous entendez les gens critiquer Sharat en le définissant comme étant egoistic assis sur sa chaise ne faisant rien d’autre que de compter les Vinyasas ni même ajuster les élèves, tout ça c’est de la non connaissance (les ragots) et surtout de la jalousie. Ce que fait Sharat est remarquable, gérer plus de 100 étudiants par jour, tous les jours, un jour off, se faire vampiriser par eux quand même il faut le dire, aider les étudiants pour les back bends même si la personne est deux fois plus grande et plus large que lui  moi je dis bravo. Sharat donne tout à 100% c’est quelque chose que l’on ne peut pas nier.

Fait Numéro 3.

Je l’ai dit et le répète pratiquer au Shala de Mysore remet très vite les pendules à l’heure. Si ego il y a il restera avec les chaussures à la porte du shala. C’est la première chose que l’on apprend, vous ne pouvez pas venir pour vous la “péter”, Sharat le verra tout de suite et il vous remettra à votre place comme jamais. 🙂

C’est comment de pratiquer au Shala de Pattabhi (KPJAYI)?

Franchement c’est la meilleure chose que j’ai jamais faite depuis que j’ai commencé à pratiquer le Yoga. Je dois dire que ma vraie pratique de Yoga a d’ailleurs commencé le jour où j’ai mis les pieds au main shala.

C’est une expérience unique et ça change tout.

Pourquoi ?

Tout d’abord il faut vraiment faire preuve de courage pour oser aller dérouler votre tapis au milieu de tous ces pratiquants, c’est un engagement que vous signez avec vous même pour vous même.

L’énergie qui se dégage est unique. Alors oui tout le monde va vous dire que c’est bondé et c’est vrai, si vous recherchez l’espace et le confort n’y allez surtout pas. En revanche si vous souhaitez donner à votre pratique une nouvelle tournure et l’améliorer alors vous êtes à la bonne place.

Le niveau est tellement élevé que votre petit Marichyasana D fièrement que vous passez personne ne le remarquera par rapport à ce que les pratiquants font avec concentration et détermination. Tous les niveaux sont mélangés, Première, Deuxième et Troisième Série.

Les assistants sont des profs autorisés ou en passe de le devenir ou encore des “stars” ashtangis (n’y voyez rien de péjoratif), du coup vous pouvez vous faire ajuster par exemple par Ajay Tokas ! C’est ce qui m’est arrivé l’année passée, à l’époque je ne passais pas Supta Kurmasana et j’ai été aidé par un prof. En me relevant pour faire mon vinyasa je vois Ajay Tokas, je peux vous assurer que ça a fait ma journée.

Quand j’étais avec Sarawasthi je faisais mes backbends avec David Roche.

Quand Sharat annonce “Next” pour qu’un autre pratiquant vienne prendre votre place vous pouvez très bien vous retrouvez nez à nez avec Kino qui vient pour sa pratique personnelle !

Malgré tous les ragots propagés les pratiquants ne vont pas là-bas pour faire le show. Si Sharat leur dit “ta pratique s’arrête ici” il s’arrête et ne discute pas.

En pratiquant à Mysore on ne peut pas faire de variation. Soit on fait l’asana du mieux que l’on peut soit… on fait l’asana du mieux que l’on peut. Pas de sangle, brique ou variation autorisé. Et ça a guéri mes blessures. J’ai fini par comprendre que les variations n’aidaient en rien la pratique car elles empêchaient l’ouverture de se faire comme elle se doit.

Par exemple pour Parshvokonasana B pendant des années je la faisais en soulevant le talon arrière, du coup je ne travaillais pas l’ouverture de hanche comme il se doit. J’avais des douleurs terribles dans les genoux. Au Shala je n’ai même pas essayé de faire la variation, j’ai travaillé la version normale et en moins de deux ou trois semaines j’ai pu passer cette posture sans problème alors que je galérais dessus depuis plusieurs années….

Les variations, briques et sangles dans une pratique d’Ashtanga sont là juste pour nourrir votre ego, faire un asana quand le corps n’est pas prêt n’a aucun intérêt.

En suivant la règle de “pas de variation” la structure de mon corps a beaucoup changé. Des anciennes douleurs ont disparues pour laisser place à des nouvelles qui disparaissaient pour laisser place à de nouvelles etc.

Mon corps ouvre une partie et referme une autre, je réalise que mon corps s’ajuste en fonction des asanas et des pratiques et que chaque posture m’autorise à passer à la seconde sans me blesser. Parfois je perds une posture mais j’en gagne une autre. Récemment j’ai passé mon premier “jump  back” en Padamasana très lentement et ne touchant le sol qu’au moment de Chaturanga, tout un exploit en soit, j’ai senti mon corps volé… Jamais je n’aurai cru ça à 43 ans !

J’ai récemment été “promue” à Pasasana….. que je ne peux pas faire du tout !

L’année passée j’ai eu la chance de pratiquer avec Sharat cette année je pratique avec Sarawasthi pour la deuxième fois. Ma pratique commence à 5.30 AM mais je me réveille habituellement vers 3.30 ou 2.30 AM. Je prends un café, je fais ce que j’ai à faire, je prends une douche, gommage de tout le corps, huile pour le corps, pranayama et direction le Shala.

Mes pratiques se terminent vers 7 heures ou 7h30 tout dépend de mes respirations ou de combien je fais de drop back.

Tous les jours je perds un asana et j’en fais un autre d’une autre manière, parfois d’une façon que jamais j’aurai pensé faire.

Par exemple un matin impossible d’attraper le poignet dans Marichyasana C, en revanche j’ai fait un Setu Bhandasana incroyable 😉

Un autre matin les postures debout étaient pénibles, pas d’équilibre pour rien, des étourdissements puis j’ai fait un Supta Kurmasana toute seule en attrapant mes mains et pas les poignets et en croisant mes chevilles derrière ma tête, toute seule, sans l’aide de personne !

Ce sont ces moments qui font que tous les soirs j’ai hâte d’être au matin pour aller pratiquer.

Je pense que si vous souhaitez VRAIMENT pratiquer l’Ashanga un passage par Mysore est indispensable.

Namaste!