Je reçois des demandes concernant la procédure à suivre pour pratiquer avec R. Sharath Jois.

Ce qui me surprend, c’est de voir que les demandes sont parfois formulées par des personnes ne le connaissant même pas et n’ayant absolument aucune pratique d’Ashtanga Vinyasa Yoga.

Faire par mimétisme

Je dirai que c’est la beauté et le piège des réseaux sociaux.

Certaines personnes suivent des comptes ayant un nombre incalculable d’abonnés. Selon eux, s’il y a autant d’abonnés, forcément cette personne est “bien”. Il n’y a qu’à voir la famille Kardashian pour comprendre l’ère dans laquelle nous évoluons.

Au MacDonald il y a souvent la queue, tout comme au KFC, pour autant pouvons-nous appeler ça de la cuisine ?

Mon conseil : si vous souhaitez vous inscrire pour pratiquer avec R. Sharath Jois, en premier lieu renseignez-vous sur qui il est et sur ce qu’il représente.

Ensuite inscrivez-vous à des cours d’Ashtanga Vinyasa Yoga dans un studio respectant la parampara ou tout du moins qui essaie de la suivre. Les professeurs “certifiés 200 Heures en Ashtanga Yoga” ne seront pas forcément les meilleurs mentors. Tout dépendra de leur pratique et de ce qu’ils auront fait après leur formation.

A plus ou moins long terme, si votre but est d’aller pratiquer sous sa direction, il vous faudra passer par un professeur Ashtanga autorisé.

Formulaire d’inscription

Dès le moment où vous commencez à penser à l”inscription, vous serez déjà dans différents groupes Ashtanga Yoga sur Facebook, dans lesquels on se tient au courant de l’heure et date exacte d’ouverture des inscriptions.

Vous ne pouvez pas vous réveiller un matin et vous dire “tiens j’irai bien m’inscrire”. Non ça ne marche pas comme ça.

Une fois que le jour et l’heure (souvent minuit heure indienne) sont indiqués, vous irez alors sur le site : https://sharathyogacentre.com/

Vous aurez préparé en amont une photocopie de votre passeport et une photo d’identité, le tout en .jpg en respectant la taille maximum allouée.

Il faut savoir que les inscriptions se remplissent en moins de 10 minutes. Le serveur plante souvent, très souvent, trop souvent, car oui vous n’êtes pas le/la seul(e) à vouloir tenter votre chance.

Dites vous qu’au moment où le formulaire se déroule sous vos yeux, déjà vous avez de la chance de le voir, et deuxièmement des milliers d’autres ashtangis du monde entier sont au même stade que vous, derrière leur écran, croisant les doigts pour que le système ne crash pas.

Si vous avez passé toutes les étapes, téléchargé votre passeport, votre photo, cliqué sur le bouton “envoyer”, vous pouvez vous dire que vous êtes béni(e).

Dans les quelques heures où votre formulaire est parti vous devriez recevoir un premier email qui ressemble à ça :

Ce message vous indique simplement que votre inscription a été reçue, mais ne veut pas dire que vous avez été accepté(e).

La patience est de rigueur.

Deux semaines plus tard, si tout va bien, vous devriez recevoir deux emails, ressemblant à ça :

A partir de là vous pouvez commencer à réserver votre billet d’avion, trouver votre hébergement, publier la bonne nouvelle sur les réseaux sociaux, taper des pieds et des mains et manifester votre joie.

Car oui, pendant que vous célébrez votre acceptation, d’autres n’ont pas eu cette chance. Ce n’est pas automatique. Tout le monde peut être accepté, tout comme tout le monde peut être refusé. Il n’y a pas de règle.

Ce qu’il faut respecter

Sachant que le processus d’inscription peut être long, mais certainement pas élitiste comme certains aiment à le sous entendre, il est important ET de votre responsabilité de ne pas mentir au moment de remplir votre formulaire.

  1. Les débutants ne sont pas acceptés
  2. Votre professeur DOIT ETRE AUTORISE
  3. Vous devez avoir une pratique régulière

Si vous êtes un pratiquant aléatoire, et que vous mettez le nom d’un professeur au hasard que vous avez croisé pendant un atelier et avec qui vous avez pratiqué pendant une semaine ou trois jours, ce n’est pas juste.

Ce n’est pas juste pour les autres pratiquants, qui eux ne lâchent rien, suivent les règles, et font tout pour mettre à jour leur pratique en allant suivre des Mysore pendant un ou deux mois loin de chez eux avec des profs autorisés, quand dans leur région ils n’en n’ont pas.

Ce n’est pas jute pour le pratiquant qui tous les matins se lève et répète inlassablement sa pratique sous le regard de son professeur.

C’est n’est pas juste tout simplement.

Dès lors que vous vous inventez une vie sur le formulaire, vous prenez la place d’une autre personne qui le mérite.

Mentir risque de vous mettre à mal devant Sharath

C’est un problème auquel il faut penser.

Le jour où Sharath vous demande “who is your teacher?” et que vous balancez le nom d’un prof croisé pendant un workshop quelconque, sachez que probablement, cette personne se trouve aussi dans la salle au même moment que vous…… ça peut devenir compliqué.

Par ailleurs, mentir sur la pratique n’est pas non plus une bonne idée, car tout se voit sur un tapis. Et Sharath a l’oeil aiguisé.

Etre dans son “collimateur” n’est pas une bonne chose et votre séjour à Mysore peut vite devenir un enfer, si dès le départ vous n’avez pas été honnête.

Les requêtes spéciales

Dans le cas où vous ne pouvez pas pratiquer de manière régulière avec un professeur autorisé, et que votre pratique se fait seul(e) chez vous, il est tout à fait possible d’envoyer un email au shala en expliquant votre situation.

Dans ce cas, le shala vous autorisera à venir un mois.

Comment ça se passe une fois sur place ?

Le nouveau shala est plus grand, et complètement en-dehors de la ville. Il n’est plus à Gokulam.

Pendant les classes guidées tous les pratiquants sont ensemble, soit un peu plus de 200 ou 300 personnes je dirai.

Pendant les classes Mysore, chacun a son heure de pratique.

Même si l’espace est grand, seulement 78 élèves peuvent pratiquer en style Mysore en même temps.

Sharath est sur place dès 4 heures le matin et ce jusqu’à la fin des cours Mysore.

Il est assisté par plusieurs professeurs en passe d’être autorisés, ou déjà autorisés.

Sharath ne fait pas que superviser, il vous aide dans les postures.

L’ego n’a pas sa place

C’est la première chose que j’ai apprise lors de ma première pratique en 2016 au main shala.

Je me souviendrais tout le temps de cette personne qui partait en équilibre sur les mains avant chaque Chaturanga Dandasana.

Sharath est venu sur son tapis, et lui a demandé “Why are you doing this? Do you want to impress me? Don’t do it“…..

Les néophytes vous disent que la pratique des asanas de l’Ashtanga Vinyasa Yoga est acrobatique, quand dans la vraie vie, les équilibres sur les mains à chaque Vinyasa n’ont pas lieu d’être. Les Vinyasas se font tranquillement sans montrer ses muscles et son talent.

Si l’étudiant doit montrer son “talent” ce sera dans des postures comme Marichyasana D, Bhujapidasana, Supta Kurmasana, Karandavasana, Kapotasana, Eka pada Sirsana. Des postures dans lesquelles la respiration est comptée, et pour lesquelles si l’on n’y arrive pas, on refait, recommence, défait, réapprend etc.

Les jolis équilibres sur les mains, sur une main, ou pas de mains, n’ont pas leur place dans un cours Mysore.

A l’ère des cours de yoga où les équilibres et flexion arrière sont la condition sine qua non du parfait yogi, ça fait du bien de revenir aux fondamentaux.

L’ego n’a pas sa place, car autour de vous, il y a des Ashtangis affichant des décennies de pratique. Certains inconnus des réseaux sociaux mais extrêmement respectés dans la bulle Ashtangique.

ll y a trois ans, mon premier ajustement reçu dans Supta Kurmasana a été fait par Ajay Tokas. J’en suis restée béate, ça la fait rire, il a fait ma journée ! La même année, je posais mon tapis sur la sueur de Kino….

Au Royaume des aveugles, les borgnes sont rois, tandis qu’à Mysore vous ne serez qu’un pratiquant de yoga….. et c’est déjà pas mal !

Les ajustements

Dès lors que vous empruntez le chemin du Mysore traditionnel, il faut vous sortir de la tête les ajustements.

Vous recevrez de l’aide dans les postures de yoga pour les passer, mais vous ne recevrez pas d’ajustements particuliers pour chaque posture.

La méthode insistant sur le fait de la répétition et de l’assimilation de la posture dans le corps, en fonction du corps et du pratiquant, et non pas dans le souhait de faire la posture à l’aide de brique, sangle, mur.

Si dans Trikonasana A on vous dit d’attraper votre gros orteil, peu importe le chemin, le visuel et la forme de votre asana. Vous attrapez votre orteil point. Il n’y a pas sujet à discussion.

En revanche si vous avez des blessures, vous l’aurez bien évidement signalé en amont, Sharath n’oublie rien (ou rarement).

Si vous faites partie des pratiquants qui souhaitent être ajustés, corrigés, guidés, entretenus ne suivez pas ce chemin, il ne vous correspondra pas.

La pratique est silencieuse, interne, personnelle, organique. Elle se fait entre vous et vous, entre vous et votre tapis de yoga, entre vous et la personne que vous considérez comme votre guru ou professeur.

C’est un apprentissage long, fastidieux, avec des hauts formidables et des bas tout aussi abyssaux. Vous allez “réussir” des postures pendant un temps, puis vous finirez par les perdre. Certaines deviendront inaccessibles pendant plusieurs mois, plusieurs années, puis un jour reviendront en force vous prendre par les tripes.

Vous apprendrez que votre meilleur professeur c’est vous-même.

Vous deviendrez alors complètement indépendant tant dans votre pratique que mentalement.

Et seulement les changements deviendront probants sur du long terme.

Et c’est en ça que pratiquer avec Sharath a quelque chose d’exceptionnelle.

Car il représente la source de cette méthode, il représente la force de Sri Pattabhi Jois, BKS Iyengar, Tirumalai Krishnamacharya, Ramamohana Bhramachari. Il représente la source du Vinyasa Krama et les séries de l’Ashtanga Vinyasa Yoga.

Namaste,

© Sandra Stéphanie Viu-Kessler