Crédit photo : Yogi Trupta

Etymologie “Responsabilité“.

Du latin respondere – se porter garant, répondre de, apparenté à sponsio : engagement solennel, promesse, assurance. De manière générale la responsabilité est l’obligation de répondre de certains de ses actes, d’être garant de quelque chose, d’assumer ses promesses.

Il y a beaucoup trop de pression autour du Yoga et par la même envers les enseignants.

Non seulement on parle du “Yoga” comme étant quelque chose qui soigne, un remède à tous les maux, de plus il faudrait que le professeur soit capable de prendre en charge les problèmes des étudiants.

Des études sont publiées chaque jour sur les bienfaits du Yoga, créant ainsi une attente envers cette activité au demeurant holistique, facile d’accès qui pourtant ne représente pas une solution miracle.

Tout le monde y va de son livre, dévoilant des “nouveaux” styles, avec des nouvelles “postures” qui en plus d’activer les chakras, promettent une montée de Kundalini, tout en favorisant la multiplication des hormones de manière exponentielle, en passant par le yoga des yeux capable d’apporter plus de bonheur si en parallèle on le jumelait avec le Yoga du rire.

Des cours d’anatomie extrêmement pointus enseignés par des thérapeutes ayant une magnifique connaissance des muscles, squelette, système nerveux et pour autant ne le pratiquant pas.

On se retrouve avec des articles de personnes issues du monde médical indiquant que pour protéger les genoux il faudrait éviter de faire telle ou telle posture, car mauvaises pour les ligaments et les ménisques.

On y apprend par ailleurs, qu’un asana comme Trikonasana pourrait provoquer des sciatiques, il est donc recommandé de le faire avec parcimonie.

En passant par les postures sur la tête ou un simple Matsyasana sera décrit comme étant dangereux pour les personnes aux cervicales fragiles, et Shirshasana serait préférable d’être enseigné avec un support mural pour éviter une nuque brisée….

A contrario, le Yoga promettrait un chemin direct vers Samadhi, la plénitude totale, pourrait résoudre les problèmes de couple par une immersion tantrique, permettrait une perte de poids pour rentrer dans le bikini tant convoité de l’été prochain, éradiquerait les rides, plus besoin de botox car Adho Mukha Svanasana contribuerait à la bonne circulation sanguine.

Et je pense à Sri Krishnamacharya, dans son petit dhoti sur son petit tapis, enseignant à la famille royale de Mysore, qui pour “vendre” la pratique amenait ses étudiants à faire des démonstrations acrobatiques afin de prouver ce qu’un corps pouvait faire dès lors qu’il y avait un dévouement total envers cette pratique ancestrale.

L’intelligence du corps

Le yoga peut effectivement devenir un remède, une aide précieuse dans la vie de tous les jours.

Les séries du Vinyasa Krama dépeintes par Sri Krishnamacharya montrent bien la logique du corps et de ses ouvertures.

Si un pied est placé d’une certaine façon il y est pour favoriser la souplesse de la cheville, qui permettra au genou de pouvoir se plier sans problème par l’ouverture optimale des hanches.

Rien n’a été posé par hasard. De la même manière, les séries de l’Ashtanga Vinyasa Yoga sont extrêmement logiques d’un point de vue anatomique.

A l’époque de Sri Pattabhi Jois, les séries changeaient en fonction de la capacité de l’étudiant, on était donc dans une approche de professeur à élève, les postures données à Indra Devi ne suivaient sans doute pas celles données à David Swenson.

De nos jours, parce que les shalas sont complets et que la demande est grande, Sharath Jois a préféré arrêté les pratiquants aux postures pour lesquelles ils rencontraient des problèmes. Tout le monde pratique alors la même série, mais tout le monde ne pourra pas la faire en entier, cela prendra du temps.

C’est une autre manière d’enseigner qui a vu jour face à la demande grandissante et à l’ouverture du monde sur cette pratique qui reste très traditionnelle, à condition de la comprendre et de la suivre.

Le Hatha Yoga enseigné par Sivananda suit la logique des chakras en commençant par celui du sommet du crâne soit “Sahasrara”.

La série commence alors par Shirshasana pour terminer avec Trikonasana.

Qu’on le veuille ou non, ce sont des méthodes différentes mais d’une logique implacable.

BKS Iyengar a développé ses propres séquences en y ajoutant des briques, chaises, cordes. Son professeur était Sri Krishnamacharya, encore une fois on reste assez proche de la pratique traditionnelle.

Les séquences n’ont pas été faites ni créées dans un but pour perdre du poids, devenir plus souple, faire le grand écart, être capable de faire un équilibre sur les mains, retrouver l’amour, pouvoir rire de nouveau, tomber enceinte, ne plus avoir de lunettes, s’épanouir avec une chèvre sur son tapis tout en se tapant une bonne bière, ni même aller fraterniser avec son ou sa voisine de tapis dans un élan d’amour inconditionnel sous prétexte que Lokah Samastah Sukhino Bhavantu est joué pendant la séance sur des drums lumineux, reflétant paix et lumière…

Le professeur a toutes les clefs…

Absolument pas. C’est un véhicule. Vous le prenez un temps donné, si vous l’aimez bien vous restez avec lui ou elle, mais vous avez parfaitement le droit d’aller voir ailleurs.

Cela peut paraître terrible à lire, mais le professeur de yoga n’a pas pour objectif de “rendre les gens heureux”, ni de résoudre les problèmes.

C’est important de le dire car trop de professeurs s’imposent une trop grande pression pour donner le meilleur d’eux même pendant leurs cours, parfois en font trop, et au final deviennent conseiller, psychologue, psychiatre, médecin, rebouteux, diététicien….

Bien évidement, on peut y aller de son petit conseil, à condition de l’avoir expérimenté.

On peut apporter des modifications à des postures, à condition de l’avoir déjà intégré dans son propre corps.

On peut aussi dire, qu’on ne sait pas, tout simplement.

Il faut savoir être responsable, que ce soit dans la peau de l’étudiant ou celle du professeur.

C’est assez simple, à moins d’avoir choisi une autre voie que celle du Raja Yoga, que ce soit Jnana Yoga, Bhakti ou Karma Yoga, de manière générale la première chose que l’on apprendra sera au-travers des postures comment bouger et surtout respirer.

Avant de vouloir apporter des solutions qui ne sont pas de son ressort, la mission du professeur sera alors beaucoup plus simple : 

  1. dérouler son tapis
  2. respirer
  3. bouger
  4. relâcher
  5. rendre le pratiquant INDEPENDANT dans sa pratique….

Ensuite si régularité il y a, les résultats se feront ressentir.

Le pratiquant saura alors qu’il a la clef à tous ses “problèmes” qui en fait n’en sont pas et n’ont pas lieu d’être.

Namaste,

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