La propriété intellectuelle dans le monde du Yoga. Un vaste sujet.

J’ai trouvé cette définition après une recherche google :

“Le droit de la propriété intellectuelle se divise en deux groupes: le droit d’auteur et les droits connexes (livres, tableaux, compositions musicales…) et la propriété intellectuelle (les marques de fabrique, les dessins et modèles, les brevets, les licences, propriété industrielle, innovation…).”

La propriété intellectuelle permet de protéger les créations originales.

Partant de ce principe, le Yoga étant une création universelle de l’Inde, nous pouvons remercier tous les rishis, et guru ou tout simplement l’Inde elle-même, pour nous laisser “le droit” d’exploiter à fond le Yoga

Car pour l’exploiter, nous le faisons tous et ce sans vergogne ni honte.

Outre le fait que les postures de yoga sont enseignées sous différents styles de pratique, pour lesquelles certains auront appliqué un copyright, comme Bikram par exemple, pour autant nous ne sommes pas les “créateurs” de ces postures et encore mois de ces méthodes.

Une posture peut avoir le même nom mais être exécutée différemment. Trikonasana a différentes formes et personne ne peut (ne devrait) revendiquer que telle posture est à elle seule l’essence même de Trikonasana, car elle est universelle et donc n’appartient à personne.

Et il en va de même pour toutes les autres.

Une philosophie galvaudée

Les écritures yogiques sont de nos jours à la portée de tous. Tout le monde ayant une interprétation très personnelle de ce qu’elles peuvent représenter, mais de ce qu’elles sous entendent vraiment, très peu de nous en avons une compréhension. Et je m’inclus dans le “très peu de nous”. Je ne m’estime pas au-dessus de quiconque (je le précise avant de me faire massacrer par des âmes qui prendraient tout au premier degré sans en comprendre le contenu).

Certains textes demandent un niveau d’esprit plus aiguisé, et je vous le dis franchement il y a peu d’élus possédant les facultés nécessaires. Car il y a un contexte à prendre en considération et pas des moindres, soit notre culture occidentale, notre environnement, notre mode de pensée, notre éducation.

Le tout se trouvant à mille lieux des us et coutumes de l’Inde.

Lorsque vous voyez une interprétation des Sutras ou de la Bhagavad Gita, vous vous dites invariablement que la personne est soit très lettrée, soit experte en Sanskrit. Or, outre le fait que ces personnes aient effectivement un bon niveau d’éducation, le fait de régurgiter un terme sanskrit ne fera pas d’elle un expert en Sanskrit.

Tout le monde de nos jours utilisent des termes anglais pour autant ils ne sont pas bilingues. On va “checker” nos “emails” en faisant du “shopping”, tandis qu’une “conf call est “timée” à 8 heures et ce soir tout le monde regardera “the Voice”.

Et bien c’est la même chose avec le Sanskrit.

Je ne suis pas bilingue en Sanskrit, j’ai quelques notions, tandis que Trupta lui peut tenir une conversation en Sanskrit sans aucun problème.

La Transparence

Je n’ai absolument aucun problème avec les explications que l’on peut trouver sur la philosophie indienne et yogique, en revanche, ce que je reproche aux gens qui se lancent sur ce chemin, c’est le manque de transparence.

La moindre des choses serait de pouvoir et devoir citer les sources.

La plupart des textes étudiés, et retranscrits sont simplement des traductions faites.

Sans aucune gêne je vous livre ici le site de Swami Jnaneshvara, qui a été une source d’inspiration pour certains articles que j’ai écrits, par exemple celui des Six vertus, et auquel je fais référence lorsque j’interprète ses mots.

https://www.swamij.com/index.htm 

Ce site est sans contexte “LA” bible et la source de beaucoup d’articles que vous pourrez lire librement sur d’autres plateformes, sans pour autant être cité comme référence. Et c’est dommage. Car cela sous-entend une appropriation des mots, pensées, philosophie qui ne nous appartiennent pas, et que nous utilisons à des fins personnelles pour tenter de montrer que “nous” savons.

C’est une course à l’ego, tout en vous indiquant bien que l’ego ne doit pas rentrer en ligne de compte car pour être yogi ou yogini il faut pouvoir faire preuve de discernement.

Or discernement je ne vois pas. Encore moins d’humilité.

Le problème que cela engendre, outre le fait de s’approprier des mots qui ne sont pas les nôtres, est que l’interprétation qui en est faite est somme toute assez approximative. Et de ce fait la qualité de l’enseignement extérieurement peut paraître riche car vous vous trouvez devant quelqu’un qui “sait” aligner deux mots de sanskrit, pour autant le contenu est vide de sens. Retirer lui ses notes et vous vous apercevrez que les débats seront proche de la marée basse.

Maintenant écoutez Colette Poggi vous expliquer la Bhagavad Gita et vous comprendrez que là vous êtes devant une source de connaissances, basées sur des décennies d’études, de recherches, de voyages, de compréhension et d’enseignement.

Lisez les ouvrages d’Arnaud Desjardins et vous sentirez le poids des mots, de la réflexion. Ici je vous livre un passage de son livre “Les Chemins de la Sagesse” :

“Les Occidentaux prétendent au sérieux, à l’efficacité et au rendement et ils ne se privent pas de critiquer les Orientaux pour leur négligence et leur laisser-aller” (…) En Europe, en Amérique, en Australie se créent sans cesse de nouveaux centres, groupes et association d’obédience ou d’inspiration orientale (…) A tous les coins de rue bientôt on étudiera les Upanishads ou le Livre des morts tibétains et on pratiquera la méditation. Voilà plusieurs décennies que ce mouvement est commencé et qu’il n’a cessé de s’amplifier depuis”. (…).

Cet ouvrage a été écrit (trois tomes réunis en un seul livre) entre 1968 et 1972. Arnaud Desjardins est décédé en 2011. Et il résume très bien ce qui se passe actuellement.

La mode du Yoga est tellement intensifiée que tout le monde s’approprie sa pratique sans vraiment en cerner le message initial. Le but étant d’atteindre un état d’éveil ce qui est très paradoxale par l’usage qui en est fait. On prend des petits bouts de tout pour se mettre en avant, pour briller et essayer de sortir du lot.

Des articles polémiques

Sur ma petite échelle de connaissance, j’ai souvent écrits des articles que je qualifierai de “coups de gueule”, non pas pour me mettre en avant car j’ai vite compris que ce n’était pas super commercial, mais plus pour “alerter” sur le fait que ce que nous voyons n’est pas forcément une interprétation de ce que cela représente. Le tout basé uniquement sur mon expérience personnelle tant de vie que de pratique dans la sphère du Yoga.

L’un des premiers articles que j’ai écrit et qui m’a attiré les foudres était publié sur un blogspot de google, en 2013, dans lequel je sous entendais, je ne prenais pas encore position, que nous enseignons avant tout des postures et non pas du yoga.

Cette réflexion m’était venue après une pratique douloureuse que j’avais suivie au shala de Sharat Jois à Mysore, et un débat philosophique que j’avais eu avec le chauffeur de taxi, Prakash, qui m’emmenait tous les matins à ma pratique. Pour moi ce fut une claque, j’avais 40 ans à l’époque et j’étais persuadée que j’étais une Yogini accomplie, made in Accomplissement Total.

J’ai voulu partager ma réflexion, je l’ai fait, et en retour j’ai reçu des commentaires incendiaires.

Huit ans plus tard, tout le monde est d’accord pour dire qu’il y a une nuance entre la pratique de postures et le Yoga.

Alors attention, loin de moi de dire que JE suis LA personne qui a lancé cette tendance. Laurence Gay a été l’une des premières à publier des articles librement sur son site et je ne vous cache pas, encore une fois, qu’elle m’a énormément influencée sur ses prises de position. Je la citai par ailleurs souvent dans ce que j’écrivais.

Par la suite j’ai souvent vu sur des comptes Instagram “mes” mots repris, sans pour autant être citée. Un autre exemple, un article portant sur l’alignement et l’ajustement universel qui n’existe pas, celui-ci s’est retrouvé en story Instagram sur un compte d’une prof de yoga, influenceuse à plus de 50K d’abonnés, et pour lequel toute référence du site, et de l’auteur (donc moi) avait complètement disparu.

Mon article sur le Yoga n’est pas un remède a été traduit, sans mon consentement, et publié sur un site….. Bulgare !

Et que dire des professeurs de Yoga qui enregistrent des Mantras voir même des Shlokas, en y ajoutant de la musique contemporaine, sur des textes qu’ils n’ont pas écrits ? Essayez de prendre une chanson des Beatles et de la vendre à votre profit, et vous verrez qu’une armée d’avocats va vous tomber dessus en vous demandant en plus des royalties mais l’interdiction de commercialiser. Et bam, votre carrière de chanteur est terminée aussi vite qu’elle a commencé….. De plus tout le monde vous accusera de plagiat et vous lynchera. Tandis que dans le contexte du monde du “Yoga”, on aurait le “droit” d’interpréter OM Shanti sous fond de guitare rock en dansant langoureusement. Namaste to that!

Soit. Je n’ai pas inventé l’eau chaude ni le fil à couper le beurre, je ne revendique rien.

Mais on est tout de même en droit de se demander si l’appropriation a des limites…..

Si à une petite échelle on peut se sentir v(i)olé par des copier/coller/traduction de nos mots, pensées, réflexions, pratiques, alors que penser de ceux et celles qui s’approprient tout un pan de la culture indienne sans jamais faire référence à la Source ?

Parce que oui, on peut disserter sur la philosophie en y apportant notre petit grain de sel d’explication sur un texte, mais le faire en citant la source c’est d’abord appliquer et suivre le premier enseignement des Yamas, sous la définition de l’honnêteté (Satya) et du fait de ne pas usurper (Asteya).