Crédit Photo : Freibug Iyengar Yoga

Supta – Endormie, Kurma – Tortue, Asana – Posture

Je partage une certaine intimité avec cette posture.

Pendant 8 mois elle fut mon asana “plancher”, c’est elle qui stoppait ma pratique de la première série et qui m’obligeait à passer directement à la série de fin.

Avec elle j’ai pu ouvrir le dialogue avec mon ego, comprendre l’intérêt d’avoir une pratique régulière, apprendre à ne pas me comparer, me concentrer sur le moment présent, accepter (et surtout) accueillir mes limitations.

Le jour où j’ai réussi à la faire sans assistance, croiser mes jambes et attraper mes mains dans le dos, a été une matinée où ma pratique était pourtant lente et laborieuse.

Comment se préparer

Cette posture nécessite une bonne ouverture de hanches qui se travaillent en amont avec la pratique des Prasaritta Padotanasana, Utthita Hasta Padangustasana,

utthita hasta padangusthasana 3

Utthita Hasta Padangusthasana 3

Ardha Baddha Padmotanasana, Ardha Bada Padma Paschimotanasana, Janu Shirshasana, Gharbapindasana.

Comment faire supta kurmasana

Une préparation des épaules est nécessaire par la pratique des Marichyasanas et de Prasarita Padotanasana C (ainsi que des deux Ardha Badda Padma).

Ainsi, on peut se rendre compte que les postures qui se trouvent avant Supta Kurmasana sont relativement essentielles pour l’aborder.

Si l’on ne pratique pas la première série de l’Ashtanga Yoga et que l’on décide quand même de faire cette posture, c’est tout à fait possible, dans ce cas il sera important de bien préparer les postures qui précéderont en suivant une logique anatomique, ouverture des hanches, préparation des épaules, échauffement suffisant de l’arrière des jambes.

Il sera donc impossible de la placer en début de pratique des asanas au sol. C’est une posture avancée et ne devrait pas être pratiquée lorsque l’on débute la pratique des asanas.

Pratyahara – ou le retrait des sens

Si l’on devait lui attribuer l’un des 8 membres du Yoga, on lui donnerait le 5ème soit Pratyahara qui se définit par la maitrise des influences internes.

Pratyahara a souvent été comparé à la tortue qui rétracte ses membres dans sa carapace. La carapace représentant l’esprit et les membres représentant les cinq sens.

 

“Pratyahara, en lui-même, est appelé Yoga, c’est le membre le plus important du Yoga sadhana” – Swami Sivandana

 

L’étymologie de ce mot est Prati qui veut dire “le contraire ou en-dehors” et Ahara qui signifie “nourriture”.

Lorsque l’on parle de “nourriture” on parle de tout ce qui nous nourrit extérieurement et intérieurement, autant que des émotions positives et/ou négatives.

Le sens littérale de Pratyahara est le “contrôle de Ahara”, la maitrise des influences externes ou encore la maitrise de toutes émotions perturbantes.

Cela ne veut pas dire que l’on doit ignorer ces émotions, mais plutôt les accepter, les comprendre et les laisser passer sans revenir dessus.

Supta Kurmasana veut dire “la tortue endormie”.

Lorsque l’on observe une tortue, dès qu’il y a un bruit extérieur elle ne cherche pas à aller à l’encontre de ce qui la dérange, elle rentre ses membres dans sa carapace et attend  que ça passe.

Si l’on regarde cette posture, on s’aperçoit que les pieds sont au niveau de la tête (derrière la nuque pour les plus souples), les mollets au niveau des oreilles pour les fermer (se soustraire à toutes nuisances sonores), les mains jointes dans le dos (pas en contact avec le sol), le front posé sur le sol.

On se coupe donc du monde extérieur par l’ouïe (perturbations sonores et/ou verbales), le toucher, la vue.

Lors d’une pratique plus avancée on activerait les bandhas et surtout il est intéressant de remarquer que “Ajna” Chakra prendrait parfaitement sa place. Ajna Chakra est le 3ème oeil, au niveau du front, qui représente l’intellect, l’ouverture d’esprit.

Les pieds se trouvent au niveau du sommet du crâne, représenté par “Sahasrara” Chakra représentant la conscience ultime, l’illumination à l’état pur, l’éveil.

Pour faire simple, même si la tortue est endormie elle reste parfaitement consciente de son environnement, mais n’est aucunement perturbée par les éléments qui l’entourent, car elle sait où elle est, ici et maintenant. Essayez donc de la faire sortir de sa carapace, vous n’y arriverez pas.

Elle aura pleinement conscience de votre présence, pour autant elle ne se dévoilera pas, non par peur ni par lâcheté, tout simplement elle n’aura pas besoin de vous pour avancer. Vous pourrez l’encourager, l’insulter, lui crier dessus, sauter autour d’elle, la déplacer, elle restera imperturbable….. alors que vous en revanche serez peut être un peu frustré de ne pas pouvoir en disposer à votre guise.

C’est tout le concept de Pratyhara.

En poussant l’analyse un peu plus loin, en tant qu’être humain, c’est comprendre ce (et ceux) qui nous entoure(nt), ne pas être affecté par des quelconques remarques (bonnes ou mauvaise), ne pas être influencé par des comportements tiers, des situations, des événements.

Des postures acrobatiques ?

Visuellement, Supta Kurmasana, pour les néophytes, est une posture que l’on pourrait associer au cirque contorsionniste.

Dans le monde des pratiquants c’est une posture que l’on abordera avec respect, qui est accessible à tous, à condition d’avoir une pratique régulière et de ne jamais abandonner du fait de l’ego qui prendrait le dessus.

Durant la période où cette posture m’était encore inaccessible, sachant que mon professeur (Iain Grysak) allait venir m’ajuster, je l’attendais. Un jour il est venu sur mon tapis, je voyais ses pieds, mais Iain ne bougeait pas.

En revanche il m’a dit “You are giving up (tu es en train d’abandonner)”. Sur ce, il est parti et m’a laissée me débrouiller toute seule. Ce qui a eu pour effet de me mettre dans un état de frustration et de désarroi total.

La même journée de cet “incident” j’ai développé une otite qui m’a mise sur le carreau pendant 3 jours. A proprement parlé une otite touche l’ouïe…. l’un des cinq sens.

Bien plus que de la gymnastique

J’ai réussi à “passer” cette posture quatre mois après cet échange avec mon professeur, j’aurai donc passé 8 mois dessus.

Huit mois qui en même temps représentaient des bouleversements tant dans ma vie personnelle que professionnelle.

Des remises en question profondes, des désirs et des envies refoulés, l’impression de ne pas pouvoir avancer, la réalisation de m’être oubliée, la compréhension de mon comportement face aux autres, le rejet, l’acceptation.

Mentalement et physiquement je vivais sur des montagnes russes….. et pendant tout ce temps d’ascenseur émotionnel mon corps me parlait. Il fallait juste que je l’écoute au lieu de l’occulter.

Et c’est à partir de ce moment, que ma pratique du Yoga, dans toute sa dimension, a vraiment commencée.

Depuis la tortue est devenue mon animal totem, avancer doucement mais surement, ne plus prendre en compte les critiques bonnes ou mauvaises, ne plus me laisser imprégner de ce que l’on peut dire sur moi, de ce que l’on a pu dire (ou encore de ce que l’on pourra dire).

J’ai compris qu’il y avait une différence entre ce que l’on croit savoir et ce que l’on sait vraiment.

A la question “c’est quoi le Yoga?” j’aime penser que c’est vraiment la connaissance de Soi. Il faut pour ça emprunter un long chemin, tortueux, fait de bonnes et mauvaises surprises, (question d’équilibre) et accepter que le voyage peut être très long voir infini.

Namaste!

 

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