Je sais d’avance que cet article ne pourra plaire à tout le monde. Il existe des convictions qui ont la vie dure et sont tellement ancrées qu’il est difficile de s’en défaire.

Cet article est basé avant tout sur mon expérience et observation personnelles.

Tout d’abord, qu’entendons-nous par “débutant” ? Est-ce que la notion de débutant se confine simplement à un manque de flexibilité ou parlons-nous d’une personne qui découvre pour la première fois la pratique des postures de yoga, mais qui en amont a toujours gardé une activité physique régulière ?

Parlons-nous de gens âgés à la soixantaine passée ? Ou de ceux ayant subi un trauma suite à un accident de vie ?

Dans tous les cas, nous nous adressons avant tout à un être humain, qui décide pour une raison ou une autre, s’aventurer sur le chemin du Yoga. Avant de mettre une étiquette, considérons l’ensemble.

Introduction

Depuis le mois de novembre 2019, en dehors-des formations, je propose un cours collectif, ouvert à tous, dans notre petit shala de Patnem (Goa).

La moyenne d’âge varie de 20 ans à 70 ans, sportifs ou pas, et pour la plupart novice.

J’y enseigne le Hatha Yoga, et peu importe leur âge ou capacité physique, l’échauffement commence invariablement par la pratique de 12 Salutations au Soleil. Je prends le temps de détailler et de pratiquer avec eux la séquence pour 4 Salutations, et au fur et a mesure les instructions se basent essentiellement sur où et comment placer la respiration. Pour les pranayamas je leur propose de s’asseoir sur un coussin ou sur une brique, mais rarement pendant les postures de yoga.

Et vous savez quoi ? Tout le monde arrive à suivre sans problème.

De l’usage de briques, sangles, bolster et autres ustensiles de Yoga

Il existe des pratiques qui nécessitent l’utilisation d’ustensiles tels que chaises, bolster, briques, sangles, cordes. Le Yoga Iyengar et le Yin Yoga. Pour une raison simple, les postures sont gardées longtemps entre 3 et 5 minutes, et il s’agit dans ces pratiques ou bien de se concentrer sur un alignement, une ouverture particulière et très précise, ou bien de relâcher des muscles et fascias.

Cet article ne porte pas sur la pratique Iyengar (c) ni celle du Yin. Cet article s’adresse à la pratique du Hatha et/ou du Vinyasa.

Avez-vous déjà remarqué que certains de vos élèves, avant de s’installer sur le tapis, prennent directement une sangle et une brique ? Ils “savent” qu’ils en ont besoin car on leur a souvent dit et montré comment les utiliser, et par la même, ces ustensiles deviennent indispensables. Et ce sur plusieurs années….

C’est ici que la technique d’enseignement est importante. Toutes les postures de yoga, sont accessibles à tous, selon la capacité de chacun. Pour une flexion avant, souvent on va demander aux élèves d’utiliser une sangle s’ils ne peuvent attraper leur pied. Pour autant est-ce que cela aidera l’élève ? 

On demande aussi de s’installer sur une brique pour les postures nécessitant d’avoir le bassin en contact ferme sur le tapis. Cette pratique d’enseignement est très courante et reste essentiellement basée sur ce que j’appelle la quête de l’alignement ultime et universel.

Pour que le pratiquant en devenir puisse comprendre la posture, laissons le découvrir son corps en premier lieu. Laissons le faire des erreurs et ressentir des mouvements qui invariablement susciteront un inconfort, mais qui (cet inconfort) sera nécessaire pour réveiller, étirer, agrandir un muscle oublié et devenu inactif.

Lorsque nous apprenons à nager, la première chose que l’on nous enseigne est flotter. Une fois que cela est acquis, on retire les bouées, planche, et on apprend à bouger nos membres pour nous permettre d’avancer.

Figer un bassin sur une brique, ou un pied dans une sangle, ne permet pas l’apprentissage et l’utilisation des membres à bon escient, de plus cela retire le côté organique de la posture.

Vous pouvez monter les sourcils et lever les épaules sur ma prochaine phrase : je préfère voir un élève au dos rond, les mains sur le genou dans une posture telle que Janu Shirshasana, plutôt qu’un élève au dos plat, forçant sur une anté-version pour le sacro-saint dos plat et tirant sur une sangle. Car oui je porte l’emphase sur l’ensemble de la structure et non pas sur le côté fixe du “doit être”.

Utiliser les bloques et sangles oui mais avec parcimonie

Si c’est pour attraper un pied, je ne pense pas que la sangle soit très utile et nécessaire. Apprendre en premier lieu à trouver un équilibre si posture debout, ou bien si posture au sol travailler sur la flexion avant avec des jambes pliées au début. Par la suite il vaut mieux essayer de se pencher vers les cuisses, puis vers les genoux, une fois rendu aux genoux on demandera d’attraper les tibias et d’utiliser l’accroche des tibias pour permettre un allongement du haut du dos, en gardant des coudes ouverts sur le côté pour étirer la peau des aisselles.

Pour la brique, au début peut être pour comprendre le mouvement du bassin dans les cas de translation de celui-ci, c’est-à-dire apprendre à descendre un ischion sur le sol. J’éviterai de mettre une brique sous un genou dans une posture qui demande une ouverture de hanche et une flexion avant. Le fait de poser la brique sous le genou monte le fémur vers le haut, alors que la flexion avant souhaite un fémur plus bas pour éviter d’avoir les genoux vers les oreilles.

Si la brique est utilisée comme appui pour les postures debout qui nécessitent une rotation du torse, cela peut être utile une ou deux fois pour comprendre les oppositions, mais si elle est utilisée dès lors que la torsion est demandée, l’allongement nécessaire et le travail des muscles utiles à la rotation n’aura jamais lieu, sachant que bien souvent la brique est utilisée comme support et non comme outil pour aider à créer de l’espace.

La pratique évolutive

Ma deuxième phrase fétiche. La pratique des postures de yoga se fait de manière évolutive.

Proposer une brique dans une posture comme Ardha Chandrasana : dès lors que votre élève ne peut descendre et apprécier une posture comme Trikonasana, ne servira pas à grand chose. Ramenons en premier lieu les bases des flexions latérales, faisons bouger le corps sur ses quatre dimensions que représentent les flexions avant, arrière, latérale et rotation, avant de proposer des postures avancées à des personnes qui n’ont aucune flexibilité de cage thoracique ni même d’équilibre.

Avant de passer à des postures plus avancée, il faudrait pouvoir enseigner aux élèves les bases que propose Vrikshasana par exemple (l’arbre). Une fois l’équilibre trouvé, dirigez les élèves vers la pratique du drishti (point de focus) soit derrière les pouces les mains levées vers le ciel. Une fois acquis, travailler les muscles fléchisseurs de hanches par le biais de Uttitha Hasta Padanghustasana.

Sortez les de la variation de Virabhadrasana I au talon arrière décollé, et ramener cette pratique avec un pied posé à 45° pour travailler la flexibilité des chevilles, avant de les emmener dans des postures improbables qui nécessitent de grandes ouvertures de hanches.

Comprenez avant tout votre pratique, la logique des postures de yoga qui bien préparée et comprise amène forcément à une autre. Chaque posture est la réponse de la précédente.

L’usage de sangle pour tenir une jambe en équilibre a souvent pour résultat des douleurs dans les mains…. pourquoi ? Parce que les élèves sont plus concentrés à tenir la sangle, qu’à travailler les muscles et trouver l’équilibre nécessaire pour que la jambe tienne. 

Danser les postures – le mal du siècle

La pratique des “flows” devraient s’appeler Danse des Postures et non Yoga Flow. Ils ne permettent pas un travail en profondeur et ne respectent pas la logique corporelle d’une pratique évolutive. Ils sont très beaux à regarder je le conçois, j’aime beaucoup personnellement, mais en rien ne sont utiles à des débutants.

Je crois que les postures les plus souvent abusées durant ces cours sont Camatkarasana, suivi de Vasisthasana ou encore de Bird of Paradise….. ce sont de très belles postures aux bénéfices incroyables, dès lors qu’elles sont gardées entre 5, 7 ou 9 respirations. Elles sont que trop souvent mal visitées et surtout très mal enseignées.

Petite note : ces postures ne sont pas massacrées par les enseignants dans leur démonstration, mais bien par les élèves. Et pour autant je ne les blâme pas. Pour les avoir enseignées, je me suis rendue compte que dans la plupart des cas, les élèves ne savent tout simplement pas quelle jambe va où, ni comment bien positionner les mains.

Camatkarasana prend sa source dans Setu Bandhasana, Urdhva Dhanurasana, Dhanurasana.

Vasisthasana prend sa source dans Adho Mukha Svanasana, Chaturanga Dandasana, Urdhva Mukha Svanasana.

Bird of Paradise prend sa source dans Uttitha Parshvakonasana, Uttitha Trikonasana, Uttitha Hasta Padanghustasana.

Il y a énormément de postures à voir, à travailler, à enseigner, à visiter, à décortiquer pour rendre la pratique fluide, personnelle et surtout accessible à tous, sans pour autant se rajouter des sangles et des briques.

Beaucoup de postures au sol en-dehors d’un cours d’Ashtanga Vinyasa Yoga traditionnel, ne sont tout simplement pas enseignées. Et pourtant, la pratique des postures commencent seulement une fois que nous sommes au sol. Toutes les postures debout ne représentent que l’échauffement.

Vous serez sans doute surpris(e) de voir ce que votre élève de 65 ans peut faire à son niveau, sans l’utilisation d’ustensiles. 

Et je peux vous assurer, à ce jour je n’ai encore jamais achevé un élève, quelque ce soit son âge, dans une posture de yoga.

Rien n’est impossible, le corps est merveilleux à n’importe quel âge de notre vie.

Namaste,