A l’époque où j’ai commencé à enseigner des formations de yoga, il n’était pas rare d’entendre « j’ai décidé de suivre une formation de yoga, après avoir suivi un cours avec machin, et je me suis dit que c’était là un travail de rêve ».
Bon, je vous l’ai fait courte, mais en gros, je dirai que la majorité des élèves qui venaient à s’inscrire en formations, le faisaient car c’était dans l’ère du temps, voir tendance.
Une minorité, a continué, certains ont vraiment prospéré, d’autres ont tout simplement disparu car plus les années passent, plus la compétition est devenue grande.
En 2025, la grande tendance, a été le « Pilates Reformer ». Car oui, la Méthode Pilates se limite maintenant au Reformer. Il n’y a que le Reformer, rien d’autre, et on voit des annonces partout de studios qui recherchent, activement des profs de « Pilates Reformer ».
Dans les grandes villes, les franchises ont étendu leurs tentacules, il y a maintenant un « studio Pilates Reformer » tout les 500 mètres. Je passerai outre le manque de formations, d’expérience, etc. Tout ça on s’en fiche, car cela fait longtemps que la qualité est devenue accessoire. Maintenant pour être prof de Pilates, il faut être belle, s’habiller en couleur crème, poser avec le matcha sur le Reformer, sans oublier les chaussettes à 30€ anti-dérapantes.
A l’aube 2026 on ne sait pas encore de quoi sera fait le monde dit « du bien-être », mais en revanche on remarque une nouvelle tendance : les annonces de revente de studios. Ce matin pas moins de deux sont apparues sur un groupe Facebook. Deux studios de « Pilates Reformer », ferment leurs portes et vendent tout leur matériel. Et à bien y regarder, il y en a beaucoup qui s’éteignent lentement.
C’est ce qui risque d’arriver quand on choisit un métier parce que c’est la mode.
La mode est éphémère. Les Fashion Week se déroulent quasiment à chaque saison. A chaque saison, ce qui était tendance il y a trois mois, ne l’est plus.
En tant que tel la Méthode Pilates et le Yoga ne devraient pas souffrir de ces effets « mode », car ils existent depuis bien longtemps. Le yoga on ne sait plus trop comment le dater, sans faire polémique, quant à la Méthode Pilates on peut facilement la dater dès 1923.
Alors les studios qui se vantent d’amener le « Reformer Pilates » pour la première fois peuvent bien se gratter. Oui le studio ouvre en 2025, non le Reformer Pilates, n’a pas 12 mois d’âge.
Le résultat de tout ça : des profs mal formés, car juste un focus sur quelques exercices du répertoire Pilates, ne suffisent pas à faire de la personne un enseignant complet.
Le fléau de notre monde : la vacuité et l’impatience, le tout saupoudré par la compétition des réseaux sociaux. Maintenant si l’on se met à son compte, on vise dès la première année un CA de 100K. D’où les formations spéciales pour les professeurs, afin de gagner beaucoup, en bossant pas beaucoup car donner des cours à l’heure c’est mal et trop crevant. Tandis que si vous avez un bon bagage marketing, vous pouvez tout avoir de chez vous, en ligne, au fond de votre canapé, et empocher 4000€ en un seul clic.
Je résume mais en gros c’est un peu ça, la carotte au bout du bâton.
Avant tu partais à Bali pendant quelques mois, puis tu faisais des visa run entre la Thailande et le Laos, maintenant il existe des formations courtes, qui t’expliquent comment devenir un prof « hybride » et travailler de n’importe où dans le monde.
Quand on le faisait naturellement……
Avant tu faisais une formation de yoga, et tu enseignais dans les studios, pour parfaire ton enseignement et prendre de l’expérience. Maintenant tu fais une formation, tu reprends le concept et les grosses lignes, et à ton tour tu deviens formateur.
Avant on étudiait longtemps, maintenant on peut utiliser l’IA, pomper sur les autres blogs, traduire les articles d’anglais au français, mettre tout ça dans un livre et le publier. Et soudainement tu deviens une « référence dans le monde du yoga ».
C’est fou le nombre de personnes qui sont devenus « spécialistes de ça ou de ceci » depuis que ChatGpt a été lancé.
Malheureusement rien ne peut arrêter la technologie d’avancer. L’IA est avec nous et le restera encore longtemps, il va falloir faire avec.
Par contre les effets de mode, passent et disparaissent. Dès lors que tout le monde s’enfonce dans la brèche de la nouveauté, sans même analyser, penser, réfléchir, mais avec pour seul objectif et soyons clair : le profit, et rien d’autre, alors sur le long terme ça ne peut pas tenir.
Quand le « Puppy Yoga » est apparu, plusieurs studios ont misé essentiellement là-dessus. Un succès fulgurant, car inondé par les publications Instagram on ne voyait que ça, et partout. C’était hyper tendance de se prendre en photo avec un petit chiot sur le tapis.
En 2019 on devait se taper toutes les publications de Yoga et cérémonie de cacao pour se recentrer et accessoirement devenir belles ; car oui ces publications ne visent que des femmes la plupart du temps. La sororité, les cercles de femmes, les portails sacrés, tendances dégoulinantes de bienveillance. Sans compter toutes les utilisatrices des réseaux sociaux, qui mettaient en bio « sorcière » ou shaman.
Ces tendances sont amplifiées car reléguées sur les réseaux sociaux. Même si l’on ne suit pas ces comptes, on ne peut pas passer à côté des publicités. Et quand une tendance fonctionne, elle est relayée au centuple.
Mais les tendances finissent tout le temps par s’essouffler. Un peu comme le Buble Tea, boisson hyper sucrée avec des perles de tapioca que tu achètes pour 1€ à Bangkok depuis des lustres, et qui arrive dans les grandes villes occidentales pour 5€. Ces petites échoppes ouvertes, qui dès l’ouverture, commandité par TikTok, affiche une longue file d’attente de moutons stylisés jusqu’au bout des ongles, pour goûter du thé on s’entend, et qui probablement ne survivront pas avant la fin de la deuxième année.
L’amplification des tendances est exponentielle. Il suffit d’une vidéo vue des milliers de fois, pour devenir tendance. Par contre il faut savoir garder le cap. Au final dès que quelque chose marche, le concept va tout de suite être dupliqué, jusqu’à saturation du marché.
Et une fois que le marché est saturé, que se passe t’il. Bien l’inévitable, c’est la fin, terminé. Pour les studios qui auront misé que sur le « Reformer » ça annonce la fin.
Pour les professeurs de yoga qui auront choisi ce métier dans l’espoir de partir s’installer à Bali, et y donner des cours de yoga, se retrouvent effectivement à l’autre bout du monde, mais sans visa pour travailler, et sans élèves pour enseigner.
Le seul et unique conseil que j’aurai à donner : ne faites pas les choses parce qu’elles sont tendance. Gagner en autonomie, en discernement.

