Le cours parfait

Petite confidence.

Jamais je n’écris, prépare, envisage, planifie, un cours ; que ce soit de Yoga ou de la Méthode Pilates.

Jamais je n’arrive dans la salle avec mes petites fiches rédigées à l’avance.

La seule chose que je sais avant de donner un cours, c’est l’endroit où il aura lieu, le nombre d’élèves, et l’heure. Pour le reste je le fais au feeling, en regardant les élèves, jugeant leur niveau et leurs capacités, et j’adapte au fur et à mesure que je déroule mon cours.

Les seuls moments dans ma vie où j’ai dû rédiger des cours, sont durant ma formation de CQP, pour laquelle, le papier et ce que l’on aura mis dessus, aura priorité avant la qualité du cours…. et vous dire que remplir des feuilles de cours m’agace, ce n’est pas mentir. Je n’en vois pas l’utilité.

Même à mes débuts, je ne rédigeais pas mes cours. J’ai créé des séquences durant les formations que j’ai dispensées, pour les proposer ensuite aux élèves en tant qu’exemple, mais rarement je vais enseigner ce qui est écrit.

C’est mon mode de travail. Je comprends qu’il ne soit pas aisé pour d’autres. Pour ma part, je ne souhaite pas me sentir prisonnière de la structure du cours que je VEUX enseigner, je souhaite être libre dans mon enseignement.

Pour les cours de yoga, je rejette complètement l’idée du cours « peak pause », soit le cours qui t’amène à LA posture finale et tout le monde est content. Car le yoga ne se résume pas à la réussite d’une seule et même posture.

Pour les cours de la Méthode Pilates, exactement la même chose. De manière générale il existe une trame pour les différents niveaux de pratique, et il m’arrive assez fréquemment de mélanger les exercices du niveau 1 avec celui du niveau 2. 

Dernièrement j’ai vu des publications qui « montraient » ce qui se passaient derrière le métier de prof de yoga. Une présentation avec des camemberts indiquant le pourcentage de préparation avant le cours, et après le cours. Tout ça pour montrer qu’être professeur de yoga c’était un vrai travail. Un peu comme si le boulanger t’annonçait que finalement, avant d’acheter la baguette qui se trouve sur le présentoir, il y avait effectivement une préparation en amont.

A la lecture de ce post, qui a ensuite été répliqué sur multitude de comptes, car c’est ainsi que fonctionnent certains : un copier/coller du travail des autres pour le reprendre à son actif, je me suis dis que la pression était forte pour certains professeurs.

Non seulement les professeurs sont essorés de différentes formations, avec différentes méthodes, le tout bien évidemment pour améliorer sa pratique, méthode, enseignement, mais en plus la préparation la veille d’un cours pour être sur de ne rien oublier.

Mais que voulez-vous oublier ? Quand c’est votre métier, votre travail, votre pratique, quand après des heures d’anatomie et de compréhension corporelle, comment peut-on arriver avec une page blanche ?

Je me souviens d’un cours avec Gérard Arnaud. Dans le milieu du cours, il s’arrête et dit : « Ah tiens, on va faire Virabhadrasana ». A la fin du cours, j’entends une élève dire « mais Gérard il prépare pas ses cours ? ». 

Une pression supplémentaire

Enseigner c’est donner une partie de soi. Et déjà c’est stressant. Mais rechercher à enseigner un cours dit « parfait » c’est s’ajouter une pression supplémentaire inutile.

On ne pourra pas couvrir tous les points que l’on souhaite explorer. Tout d’abord, l’intérêt que porte le professeur envers son cours, est différent de l’intérêt que les gens portent sur l’enseignement qu’ils vont recevoir.

Ils ne s’attendent pas à pouvoir se mettre sur la tête, se plier en deux, attraper le pied, en 55 minutes chrono. Un cours normal, avec des gens normaux, rassemblent des personnes de différents horizons, chacun avec leur problématique, limitations et expériences corporelles.

Ils ne souhaitent pas devenir professeur de yoga, ou expert. Ils sont présents car l’horaire rentrait dans leur agenda, ils vous suivent et vous apprécient, ou bien c’est un cours découverte et vous ne les reverrez plus la semaine prochaine ou que sais-je.

Ce que je sous entends ici, c’est le fait que les attentes des élèves sont moindre que celles du professeur.

Vous souhaitez qu’ils fassent exactement ce que vous enseignez, de la manière dont vous voulez, tandis qu’eux sont juste là pour s’étirer, se sentir mieux entre midi et deux, ou encore avant d’aller se coucher.

Vos attentes, ne sont pas celles de vos élèves.

Ce n’est pas parce que vous avez appris lors d’un atelier comment ajuster telle posture, que vous devez automatiquement le mettre en place sur une personne pour qui le simple fait de tendre les jambes, est déjà un exploit en soi.

Ici je parle d’un cours lambda. Dans le cadre d’un atelier, ou d’un stage, l’approche est bien évidemment différente car cela permet d’approfondir la pratique. Mais dans le cours du mercredi soir à 20.00 les gens n’ont pas forcément envie d’entendre tout un laïus sur la posture de Tadasana pendant 10 minutes.

Car c’est certains que vous allez les perdre. Encore une fois vos attentes ne sont pas le reflet premier de ce qu’ils recherchent.

C’est seulement à partir du moment où vous évoluez avec les mêmes élèves, sur la durée, que vous pourrez approfondir tous les points qui vous semblent importants.

Expérience

Lors d’un remplacement dans un studio parisien, j’ai remarqué que les élèves ne respiraient pas. J’ai donc commencé à introduire des techniques de respiration. Au bout de 2 minutes, j’ai tout de suite vu que j’avais perdu l’attention de quelques élèves.

Ce n’était pas ce qu’ils recherchaient. Ils étaient là, malgré le fait que leur professeur soit absent, pour bouger. Et même si selon mes propres critères les bases auraient eu besoin d’être revues, je me suis vite aperçue que mes connaissances n’avaient pas leur place à ce moment précis.

Je me suis donc ravisée, j’ai raccourcit la séance de respiration et je suis passée dans le vif du sujet, qui était l’action.

Imaginons donc que mon cours était préparé à l’avance. 

Dans ce cas précis, je n’aurai pas pu l’enseigner. Et donc qu’elle aurait été la suite logique ? Improviser tout simplement. Revenir à quelque chose de beaucoup plus simple.

Si un cours « doit » être écrit, sans que ce soit forcément obligatoire dans le sens où personne ne vous demandera vos fiches pour donner son avis, cela sous entend quelque part que vous allez enseigner quelque chose dont vous ne pouvez pas vous souvenir.

Or, un cours c’est quoi ? Un échauffement, des postures debout, au sol, une relaxation et clap de fin.

La trame est là. Ensuite il suffit simplement de connaitre un bon nombre d’exercices ou de postures, pour les poser au bon endroit. Mais surtout, il convient de le faire en fonction de ce que vous voyez en face de vous : soit les élèves.

Si un cours est préparé autour des ouvertures de hanches, et que 5 élèves souffrent de ne pouvoir se tenir correctement dans une fente, alors l’idée d’enchaîner les postures avec ce genre d’exercices ciblés n’est pas une idée brillante.

Tandis qu’un cours qui couvrirait l’ensemble des mouvement articulaires soit extension, flexion, inclinaison puis équilibre, inversion sera beaucoup plus gratifiant pour les pratiquants, car cela donne la chance d’explorer le corps et le mouvement sous tous les angles.

A contrario, se concentrer seulement sur les ouvertures de hanches, ou extension ou autres, peut générer de la frustration si la personne est limitée. On la force à explorer une partie de son corps qui n’est pas prête, par conséquent le mental ne l’est pas non plus.

Au lieu de cela, proposer plusieurs postures ou exercices, différents les uns des autres, permet de restaurer une certaine confiance. L’élève se dit « je n’arrive pas à faire ça, tandis que ça je peux le faire ».

Selon moi, le métier de professeur de Yoga/Pilates ou autres activités physiques sportive, c’est le désir de partage.

Nous incarnons notre enseignement du fait du nombre d’heures que nous accordons à nos pratiques, à notre développement personnel.

Mais nos pratiques ne sont pas forcément accessibles à tous.

Si pour nous il est aisé de passer d’un chien tête en bas à un scorpion, ce ne sera pas forcément le cas de Jacqueline qui vient pour la première fois à son cours de yoga. Et sans doute que Jacqueline aime voir la posture du scorpion qui l’impressionne, mais a-t’elle l’ambition de faire la même chose ? La réponse est non.

Donc au lieu de se demander « qu’est-ce que je vais enseigner ce soir « ? ou bien « j’ai essayé ce flow et ça passe super bien ». Oui ça passe super bien quand vous le faites, mais il faut prendre en considération la capacité physique de chaque élève. Et puis surtout ça passe bien sur le papier, mais à un moment donné il vous faudra adapter de toute façon pour le rendre accessible.

En Conclusion

Le cours parfait n’existe pas.

Nos attentes ne sont pas les mêmes que celles des élèves.

Souvent les élèves n’ont aucune attente d’ailleurs.

En tant que professeurs, nous ne sommes pas là pour « performer ».

Tout votre savoir ne peut être transmis en 55 minutes. 

Idéalement on devrait pouvoir donner un cours de 1.30. Mais dans la réalité les élèves ont une vie, et sur un autre registre, un cours de 90 mins ne devrait pas être payé au même tarif que celui de 55 mins.

Et pour finir, vous avez totalement le droit d’être en désaccord avec cet article.

Merci d’avoir pris le temps de lire cet article.

Archives

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut