Faire une rétrospective de ce que nous avons vécu, pouvoir l’analyser et le comprendre, permet d’appréhender et de vivre le présent pleinement.
Quoiqu’il arrive, le passé a laissé, laissera et laisse une marque. On entend souvent qu’il faut oublier le passé car on ne peut pas le changer. Mais le passé peut nous aider à changer le présent. Alors vouloir l’oblitérer complètement, c’est comme vouloir effacer ce que l’on a été à un moment de notre vie.
Or, la personne que nous avons été à un moment donné, était certaine de faire, prendre les bons choix à l’instant T de sa vie. L’expérience vécue à ce moment, bon ou mauvais, au lieu de l’oublier, peut être utilisée dans notre présent. Soit pour en faire un bilan et comprendre ce que nous n’avions pas compris à ce moment là, par manque d’expérience, ou bien pour pouvoir faire un comparatif avec ce que nous vivons à l’instant présent.
Le présent reflète notre passé. Les origines de nos blessures ou de notre bonheur actuel, prennent racine dans nos expériences de vie.
Si je prends mon expérience personnelle, car cet article va invariablement parler de moi, il est arrivé à un moment où je me suis posée la question de savoir pourquoi le sort s’acharnait sur moi. Ce qui en a résulté une grande dépression de deux ans.
Or, je comprends que le sort n’a pas été contre moi, ce sont mes interprétations personnelles qui s’apitoyaient.
Fondamentalement, j’ai toujours obtenu ce que je souhaitais, et ce par un vrai travail de fond parfois acharné.
Quand j’ai voulu quitter ma vie de bureau que je jugeais ennuyante, pour me tourner vers l’enseignement, en étant à mon compte, j’ai réussi.
Quand j’ai voulu quitter l’enseignement parisien et les studios où j’enseignais pour partir vivre en Inde, j’ai réussi.
En 17 ans, tout est arrivé très vite, et je n’ai jamais eu à me battre très fort pour y arriver. Par contre j’ai travaillé énormément.
Là où les choses ont commencé à devenir compliquées, c’est au moment où je suis revenue en France, et où le moment du bilan est arrivé. Je ne voyais que les échecs, et pas les moments où j’ai pris les décisions de faire, et où les choses se sont déroulées facilement.
J’avais fini par me convaincre que je n’aimais plus l’enseignement, que de toute façon tout avait été dit et fait, et que je n’avais absolument plus rien à apporter.
Alors retourner enseigner dans les studios, pour moi c’était une chose impensable, car j’avais fuit ce fonctionnement, en espérant que les choses seraient plus belles sous les palmiers.
Or non, elles ne l’étaient pas, car je n’enseignais pas ce que je voulais, ce que savais et je ne m’améliorais pas.
De plus, j’avais perdu toute stabilité, je prenais l’avions tous les trois ou six mois, mon univers était changeant, seule ma pratique était récurrente. Pour autant pas suffisante pour ma santé mentale.
J’avais posé les fondations rapidement, et construit autour, mais je n’avais jamais pris le temps de renforcer ses fondations. Et invariablement ce qui devait arriver, arriva. Tout s’est écroulé. Et quand tout s’est écroulé, au lieu d’essayer de comprendre pourquoi, j’ai tenté de remettre des briques et des portes sur des piliers instables.
C’est au moment où le dernier pilier s’est écroulé, que je suis tombée. Et pendant deux ans j’ai marché sur un chemin sans lumière. Cette étape fut nécessaire et salvatrice.
Tout d’abord elle m’a permis d’enlever les couches qui me protégeaient mal car trop élimées par le temps. Une fois que tout fut parti, je me suis retrouvée littéralement toute nue, et là j’ai pu toucher du bout des doigts ma vérité.
Elle ne me plaisait pas. Cette vérité me ramenait à un chemin que je ne voulais pas prendre car je pensais l’avoir déjà marché. Je ne voulais pas perdre de temps. Or, le temps était tout ce que j’avais. Mais j’ai mis beaucoup de temps à le comprendre. J’ai fait des pauses, j’ai tourné autour, je l’ai évité.
J’ai tenté de prendre un autre parcours et à chaque fois je me prenais un mur. Alors je suis retournée sur le chemin proposé. Et j’ai enfin compris que ce n’était pas un sprint, mais une course de fond. Un marathon. Qu’il fallait que je le prenne doucement. Sans anticipation de ce qui se trouvait au bout.
Etant de nature curieuse, je suis tout de même retournée vers des chemins de traverse que j’avais déjà entrepris, et je n’ai rien trouvé d’autre que le vide. Alors je suis retournée avec ma petite foulée, sur mon petit chemin et enfin j’ai trouvé le rythme.
Je me retrouve maintenant à l’orée de la forêt. Il n’y a rien, mais le sol est stable. Pour le moment je prends des mesures, et doucement je pose les fondations.
En contrariété totale de ce que j’aurai fait il y a 15 ans en arrière, je ne me laisse plus guider par mes impulsions. J’ai toujours été du style « ça me saoûle, je me barre« . Plus maintenant.
Je prends le temps.
Et en même temps je ne perds plus mon temps.
Je dis « non » beaucoup plus facilement, et quand je pose un « oui », il est mesuré, profond et vrai.
J’ai complètement abandonné les sphères du « tu attires ce que tu mérites, ou ce que tu projettes – ou que sais-je« . Chanter des mantras pour amener du positif dans ta vie, quand elle s’écroule ou s’écroulera de toute façon, c’est un pansement que j’ai déjà porté, et ça ne marche pas.
Faire des séances chamaniques pour se nettoyer du mal, et ne voir que du positif derrière, c’est aussi un pansement que j’ai porté. Il m’a aidé sur le moment, mais sur le long terme, n’a pas résolu les problèmes de fond.
Ce qui m’a apporté énormément a été la perte de mes acquis, de mes points de repère, la compréhension que toute mon expérience passée est la réponse et amène les éléments nécessaires à ma construction actuelle.
C’est vraiment dans l’inconfort de mon être que j’ai pu trouver le confort et le réconfort dont j’avais besoin.
Chaque pas que j’ai entrepris en amont, compte.
Donc oui, vivre dans le présent pour vivre pleinement. Certes. Mais ne négligeons pas nos malheurs, nos échecs car ils sont des leçons indispensables à notre bonne compréhension et avancée, que ce soit spirituelle ou non. Peu importe la définition que l’on voudra lui donner.

