Photo Crédit : « The Love Guru », film Mike Myers

Article écrit à quatre mains avec Jeanne Pouget. Je vous recommande de suivre ses histoire sur son compte Instagram, où elle parle de tout sans tabous et sans masque, où tous les clichés sont passés à la trappe.

Traduction : Olivia Montadouin-Dorter

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L’occident (l’Ouest) a perdu le Nord.

Depuis quelques années les réponses de tous les maux se trouveraient en Asie.

En particulier dans un Occident qui veut tout rationaliser à travers les sciences dites « dures » et écarte toute dimension spirituelle de la catégorie du « sérieux ».

Tant est si bien que les personnes se mettent à parcourir des kilomètres, franchir des océans pour pouvoir mettre de la distance entre leurs problèmes et leur quotidien qu’ils jugent monotones. Pour trouver échos là-bas à leurs questionnements qui sont mis à mal chez nous, où l’on préfère parler productivité, efficience et résultats.

A la recherche de dépaysement le changement est parfois extrême. En-dehors des sentiers battus et de la bulle de confort se trouve un tout autre monde que l’on est prêt à accueillir les bras ouverts.

Folklore, culture, religion

et autres amalgames

On se met à faire l’apologie d’une nouvelle philosophie qui nous était jusque là inconnue. Quitte à rejeter sa propre culture ou sa religion pour en accueillir une nouvelle « plus tolérante » comme le bouddhisme, plus « polythéiste et colorée » comme l’hindouisme, sans rien n’y comprendre d’autre que le folklore (« ohhhh toutes ces couleurs c’est magnifique », « ces chants, qu’est-ce que c’est beau ! »). Un engouement naïf –pour ne pas dire cliché – pour « l’Orient ».

En effet, il y a de quoi se sentir apaisé par les offrandes aux Dieux à Bali le matin, émerveillés face aux temples dorés et scintillants en Thaïlande, ou transportés par des parades d’éléphants en Inde.

Ce, alors que nos propres églises sentent le renfermé et qu’un simple sourire dénué d’intention est devenu une denrée si rare dans nos contrées. Un suédois rencontré récemment m’expliquait que dans son pays, on ne s’assoit pas à côté de quelqu’un dans le bus si d’autres places sont vacantes – à moins de vouloir passer pour un psychopathe. Une certaine idée de la distance avec autrui qui s’efface dans un pays comme l’Inde où s’agglutinent plus d’1,3 milliard de personnes : n’espérez pas dès lors rester tranquille dans votre coin.

Un véritable choc des cultures à l’œuvre qui nous fait revoir nos certitudes et bouscule nos repères, jusqu’à parfois nous les faire perdre.

Le gourou,

sage figure orientale qui détient la Vérité (ou pas)

On commence alors à se tourner vers des maîtres spirituels qui eux auraient tout compris. Dans la tradition hindoue, le « gourou » (ou « guru ») est un maître qui enseigne et transmet la tradition spirituelle en partageant son expérience de l’éveil. Sage figure que chacun est invité à écouter religieusement.

On est prêt à tout entendre car le mal être est tel qu’on pense ne pas avoir la réponse à nos questions, nos problèmes.

On se retrouve dans des formations de yoga et on accueille fraichement le discours du petit yogi habillé avec un dhoti et le tilakam sur le front. Il parle sanskrit et connaît les écritures védiques, on ne comprend rien mais il a surement raison.

Quitte à avaler les couleuvres d’un discours moyenâgeux qui en temps normal nous aurait fait sortir de nos gonds mais ici, dans un contexte qui ne nous est pas familier, entouré de gens qui rencontrent le même problème que nous, on se sent moins seul, malléable, on remet en question notre savoir, nos expériences et on se rend (surrendering) complètement à la bonne parole du « gourou » en face de nous. Après tout, l’accès à la voie de la sagesse passe par la remise en question de soi n’est-ce pas ?

Dans les Upanishad (Hindu Scriptures) il est mentionné que la femme se doit être obéissante, respectueuse envers son mari.

« Si son mari est malheureux c’est la faute de la femme. Si le mari pleure, elle doit pleurer aussi. S’il rit elle doit rire. Elle ne répondra que très humblement à son mari, elle ne doit pas poser de question directement, elle doit manger seulement après son mari.

Si son mari la bat elle ne doit pas réagir mais tomber à ses pieds pour lui demander le pardon, si son mari meurt elle doit s’immoler ». – Sources Padma Purana

Pour illustrer l’exemple on peut entendre des phrases telles que :

« **Si je bats ma femme elle doit être reconnaissante. Si des amis sonnent à ma porte à 2 heures du matin je réveille ma femme pour qu’elle leur fasse à manger. »

« Un homme ne peut pas s’occuper de son enfant, car la femme a des qualités que l’homme n’a pas. La femme ne doit pas sortir le soir ».

Dans un tout autre registre pour expliquer le concept de l‘homosexualité, les professeurs vont parler de Muladhara Chakra défectueux qui ce serait mal développé pendant la grossesse.

Pour parler du karma on va vous expliquer qu’Hitler en fait n’était pas une si mauvaise personne que ça, après tout il a détournée un signe auspicieux qu’est la swastika.

Et que dire de cette conversation hallucinante, dans laquelle un jeune professeur Indien ne comprenait pas la déchéance de Bill Clinton après avoir trompé sa femme publiquement, car selon lui pour « nous » Occidentaux, le sexe n’a aucune valeur, le mariage encore moins.

** Note: Je n’ai pas inventé ces phrases. Malheureusement entendues de jeunes yogis portant le dhoti….

Participer à un Sastang

Sastang est un mot sanskrit qui veut dire « s’asseoir avec un guru, en compagnie des gens qui ont la vérité ». Il ne s’agit pas d’un dialogue où le savoir est questionné mais d’un monologue où l’audience est invitée à écouter passivement sans intervenir ni poser de question. Le gourou y est fréquemment installé sur un piédestal au sens propre.

Il n’est pas rare d’entendre dans ces discours des énormités qui remettent en cause l’existence même de l’être humain, les origines du monde, qui nous sommes et que ce que nous faisons sur Terre…

Révisionnisme outrageux, apologie d’une société inégalitaire où les masses doivent être éclairées, dirigées voire contrôlées… La voie de la Vérité n’appartient qu’à une élite éclairée qui se doit de montrer le chemin aux ignorants, aux égarés, aux idiots et aux impurs.

Une rhétorique qui n’est pas sans rappeler les pires heures de l’Histoire, du 3ème Reich à Daesh.

Mais confortablement installés dans notre ashram reculé, entre initiés, notre bon sens est comme anesthésié, incapable de faire le tri entre sagesse et violence, spiritualité et extrémisme.

Evidemment tout Satsang n’est pas le théâtre de tels propos – et heureusement !- mais la forme employée (celui du discours à sens unique et en hauteur) est propice à la manipulation pour des gourous mal intentionnés.

L’ambigüité du rapport au corps

Sur une toute autre échelle, on peut évoquer les dérives des professeurs de yoga qualifiés de « Guru » par les élèves eux-mêmes, qui dans la culture indienne n’ont pas pour habitude de toucher et d’ajuster les élèves et se mettent à abuser de leur pouvoir car l’effervescence du yoga est telle qu’elle a franchit les frontières.

Ces professeurs qui n’enseignaient qu’à des Indiens ou Indiennes portant le Sari ou le Kurta pendant les pratiques se retrouvent maintenant à enseigner à des occidentaux à moitié (dé)vêtues.

Dans la mesure où la femme blanche est considérée comme appartenant à une sous-caste, les ajustements deviennent des attouchements inappropriés, mais sous la couverture de « Guru » on ne dit rien. Le concept #metoo a mis a mal plusieurs grands noms du yoga et bien avant le personnage sulfureux que représente Bikram Choudoukry a été finalement dévoilé au grand jour.

Le problème vient de l’Occident

Car nous avons créé ces personnages.

Continuellement à la recherche d’un bien être qui n’existerait pas chez nous, en nous on se réfugie vers de nouveaux concepts que nous ne comprenons pas.

On se retrouve aveuglé par des sages paroles qui nous touchent, prononcées par des personnes revêtant des beaux habits blancs ou orange en fonction de leur statut.

On les approche avec un profond respect que nous n’aurions pas si cette personne était de notre origine, de la même couleur de peau que nous, habitant au coin de notre rue. Ou s’il s’agissait du prêtre de l’église du bourg ou de l’imam de la mosquée d’à côté (figures religieuses que nous n’hésitons d’ailleurs pas à blâmer chez nous et sans nous gêner pour faire des amalgames sur la pédophilie ou le terrorisme …).

Des soi-disant gurus occidentaux ont tout aussi compris sur la manipulation mentale en changeant leur nom par un nom védique qui sonne bien, en portant les mêmes habits et en se grimant derrière des peintures de guerre qui reflètent la personne qu’ils « suivent ».

Car suivre est important. Seul vous ne pouvez rien faire, vous ne pouvez pas penser, vous ne pouvez pas avancer.

En Occident nous vivons ensemble mais fondamentalement nous sommes seuls.

Nous ne connaissons même pas nos voisins de pallier et voilà qu’à l’autre bout de la terre se trouve des gens bienveillants pour nous ouvrir les yeux sur notre société de consommation qui nous rend dépendant de l’argent et des biens matériels.

Pour autant, eux ne vivent pas d’amour et d’eau fraîche, eux ne se privent pas, car ils sont assez malins pour après nous avoir touchés mentalement, accéder à notre portefeuille avec le seul but mercantile de s’enrichir.

Tant que nous n’ouvrirons pas les yeux, tant que nous ne comprendrons pas que la réponse est en nous, que nous seuls sommes en charge de notre propre bonheur, que nous seuls avons accès à plus de sagesse, nous resterons à jamais perdus.

Que pouvons-nous apprendre d’une personne qui n’a jamais vu le monde ou le bout de son village, qui n’a aucune connaissance de comment nous vivons chez nous.

Pourquoi un discours à connotation sulfureuse passe mieux dans un Ashram isolé que lors d’une soirée entre amis qui finirait invariablement en pugilat.

Comment peut on accepter de tels discours sortis de la bouche d’hommes ou de femmes n’ayant même pas la trentaine sans aucune expérience que leur propre culture tellement différente de la notre ?

Comment en nous sommes nous arrivés à nous soumettre à des personnes portant de beaux vêtements, des malas en quantité infini, des bagues à tous les doigts, des longues barbes, des longs cheveux, d’un âge incertain clamant une montée de kundalini imminente simplement par la parole ou le toucher ?

La seule et unique raison pour laquelle les sectes existent est qu’elles réussissent à attirer des gens faibles et influençables. Personne n’est à l’abri.

Lors d’une formation de yoga à laquelle je participais en tant qu’étudiante, durant shavasana les professeurs (pourtant occidentaux), prononçaient des phrases telles que « vous avez des problèmes financiers, votre compagnon vous a quitté, vous avez perdu un être cher, vous n’êtes pas heureux dans votre travail, votre vie, vous êtes au bon endroit pour vous laisser aller ». En énumérant tous les points négatifs il est bien évident que tout le monde en partage un.

Toutes les séances se terminaient avec des participants qui pleuraient et perdaient les pédales, ils cherchaient les réponses auprès du professeur et se rendaient dépendant de ses phrases, ses sautes d’humeur, buvaient ses paroles comme du petit lait et ne cherchaient pas ailleurs.

J’ai vu d’autres jeunes professeurs indiens qui préparaient leurs cours de philosophie (comprendre nationalisme indien) et annonçaient fièrement « aujourd’hui je vais les faire pleurer ».

Car l’Est a tout compris sur le mal être de l’Ouest.

La famille – nos personnes âgées sont envoyées en institution, nous ne vivons pas avec nos parents, nombreux sont les gens qui ne voient leur famille qu’au moment des fêtes.

Ce qui est impensable dans leur société, en revanche ça ne veut pas dire qu’ils sont « mieux » que nous, loin de là, celui qui aime sa femme devant ses élèves et la bat sous couvert de la dominance masculine n’a rien à nous apprendre, et pourtant ses belles paroles nous touchent.

Le sexe – Nous n’avons pas besoin d’être marié pour avoir des relations sexuelles.

Au dire de ces soi disant  guides spirituels ils ne font l’amour que pour l’aboutissement d’un enfant. Lorsque l’on écoute leur philosophie on en oublie presque que dans leur pays la femme est silencieuse. Ou alors partons dans l’extrême, ils vont avoir des propos très crus et abuser des femmes occidentales en les plaçant sous leur joug.

La solitude – on revient au même point que la famille. Beaucoup de gens vivent seuls ce qui est impensable en Inde par exemple. Seuls les couples mariés peuvent louer un appartement.

***

En conclusion

Arrêtons de fermer les yeux sur nos problèmes et d’attendre que d’autres les résolvent pour nous.

Arrêtons de croire que l’herbe est plus verte ailleurs.

Arrêtons de nous fier aux apparences.

Au lieu de placer notre bonheur et nos attentes dans les mains d’autrui apprenons à nous faire confiance, nous écouter, nous estimer, nous aimer.

Aimons-nous avant d’aimer les autres.

Namaste !

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