Enseignement yoga postural

D’avance je sais que je ne me ferai pas plus d’amis, ni de nouveaux fans par ce nouvel article. J’entends déjà les critiques, je vois déjà les sourcils se lever, j’entends les commentaires basés sur ma frustration latente qui aurait nourrit ce post, sur ma méconnaissance. Et franchement ce n’est pas très grave.

Je rebondis et j’écris mes pensées, sur les dernières conversations que j’ai pu avoir, différents échanges avec des professeurs de yoga, des élèves, des amis et je vais tenter d’éclaircir mon propos.

S’il y a bien une chose que j’ai retenue de mes années passées en Inde, c’est pratique avant de poser une question. C’est une phrase qui ne conviendra pas à beaucoup, mais qui pour moi explique beaucoup de choses.

Comment retranscrire le Yoga ? En le pratiquant. Et ce dans tous les sens du terme. Il n’est plus nouveau de dire que le yoga ne se trouve pas essentiellement dans la pratique posturale, c’est un concept révolutionnaire qui attire les j’aime sur les posts et augmente la popularité du « professeur » qui l’aura écrite. Un petit coup de publicité ne fera jamais de mal à personne.

Cependant notons que lorsque nous parlons du Yoga on l’associe invariablement à la pratique posturale, soit des asanas. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la plupart des formations dite de yoga portent à 99% sur la pratique posturale.

Comment ajuster une posture, comment la rendre accessible à un plus grand nombre, comment l’adapter en fonction des corps, chaque corps est différent et donc chaque posture est unique, comment bien placer son pied en Virabhadrasana, comment bien ouvrir les hanches pour Supta Konasana, comment assouplir le dos pour faire le plus bel Ustrasana, comment renforcer les épaules pour tenir sur les mains, comment ne pas tomber dans Kakasana, comment s’éloigner du mur, comment utiliser une chaise pour Virabhadrasana I, comment garder son bassin aligné, pourquoi baisser les omoplates en montant les bras est un non sens, est-ce que les genoux doivent être alignés au-dessus des orteils pour Utkatasana, dois-je garder un genou plié à 90°, utiliser le mur pour Ardha Chandrasana. La liste de recommandation est infinie, les tutoriels sont à foison.

Pour une plus grande compréhension on va ajouter du animal flow rendu populaire par Mike Fitch qui n’est pas professeur de yoga mais qui évolue dans le monde du bodybuilding et du fitness. A cela on va ajouter des technique du mouvement intuitif dont l’un des principes est tout simple « connecter son corps au mouvement« , et pour autant il me semblait que la pratique générale du yoga couvrait déjà ce point.

Pour être professeur de yoga il vous faut connaitre un maximum de techniques, le tout pour éviter que vos élèves se blessent dans un cours et pour être capable de proposer un plus grand nombre de choses durant les stages, formations, approfondissements des techniques etc.

Il fut un temps ou l’éveil des chakras était à la mode, ce temps est révolu car on a finit par comprendre que Chakrasana même si dans son étymologie a le mot « chakra », n’activait en rien Anahata. Pour autant il y a 10 ans lorsque vous écriviez ce genre de faits dans un article, on vous tombait dessus à bras raccourcis (je l’ai vécu).

Pratiques, ressens, intègre et traduis

Lors d’une formation une élève me demande : qu’est-ce que je dois ressentir dans Virabhadrasana I ? Je lui pose alors la question « qu’est-ce que tu ressens? ». Sa réponse fut « rien et c’est pour ça que je demande »…. Je lui demande alors de faire la posture, je l’observe et pendant qu’elle rentre dans la posture elle me pose tout un tas de questions, ne reste pas en place et continue de parler. Je lui demande alors de se taire, de faire, de respirer et de traduire son mouvement.

Ma réponse ne lui convient pas, elle continue de poser des questions « si une personne a mal aux genoux quelle variation je lui propose ? » , « mais est-ce que cette posture est débutante ». Je me tais, je ne réponds à aucune de ces questions. Quand elle a terminé de parler je lui redemande de refaire la posture et d’y rester. Je sens sa frustration montée car je ne lui apporte pas de réponse, en fait je ne lui apporte pas la « solution » qu’elle attend de moi. Et qu’attend t’elle de moi ? que je lui dise exactement ce qu’elle doit ressentir….

Ce n’est pas un cas isolé. J’ai été confrontée à ce genre de discours à sens unique très souvent.

Un autre élève me demande pourquoi il ne peut pas toucher ses pieds dans Paschimottanasana. Je regarde sa posture, je lui recommande de plier les genoux, de mettre une brique ou un coussin dans l’articulation des genoux, d’attraper ses pieds sur les côtés et de procéder à un système de traction vers l’avant, de presser l’arrière des genoux contre la brique ou la couverture.

Il est content car il a de nouvelles sensations. Il me demande alors « pourquoi je ne peux pas tendre les jambes comme tout le monde ? », je lui demande alors pourquoi il veut tendre les jambes comme tout le monde si la souplesse n’est pas présente, pourquoi se comparer avec les autres au lieu de se concentrer sur son propre ressenti ? Il me répond « non je ne me compare pas ». Alors que si, il se compare et base son niveau et ses capacités non pas par ce que LUI ressent, mais par ce qu’il voit autour de lui. Ce qui sous entend que lorsqu’il pratique il est plus concentré sur ce qui se passe autour de lui au lieu de dedans.

Le même élève donne un cours à un autre élève (durant la pratique de groupe) et se retrouve en face de lui avec un collègue qui a exactement le même soucis que lui dans Paschimottanasana. Ayant vécu l’ajustement proposé en amont, je me dis qu’il va proposer le même. Et bien non, il n’en fera rien, il se positionnera derrière lui et tentera de lui allonger le bas du dos, alors que fondamentalement la seule et unique correction qu’il aurait du lui proposer, c’est de plier les genoux…

Pourquoi il n’a pas retenu cette indication ? Tout simplement parce qu’il n’avait pas la pratique en amont, il n’a pas eu le temps d’intégrer la nouvelle information pour lui-même et donc ne peut la retransmettre à son prochain. C’est aussi simple que ça. Maintenant dois-je lui communiquer cette information ? Si je le fais je vais toucher son ego, car durant les pratiques rarement il suivra les indications données durant l’ajustement de Paschimottanasana, souvent il gardera ce qu’il a l’habitude de faire soit de forcer le torse en s’obstinant à garder les jambes tendues. Car cette manière de faire est imprimée en lui et qu’il n’est pas encore prêt à la changer.

Vous allez dire, c’est un cas exceptionnel, je vous répondrai que non, encore une fois j’ai été confrontée à la même chose régulièrement pour d’autres postures.

Alors qu’est-ce que ces deux exemples nous disent ? Et bien tout simplement, que la plupart du temps on essaie de rendre compliqué la pratique posturale en y apportant des réponses toutes faites : manque de mobilité essaie l’animal flow, manque d’ouverture de hanches essaie le mouvement intuitif, manque de forces dans les mains, renforce les épaules. On va alors apporter des supports anatomiques poussés pour certains afin de comprendre mieux les muscles, ce qui coincerait, et comment le décoincer. L’important est d’avoir une réponse qui satisfasse immédiatement avec une promesse de solution rapide à la clef.

On sort alors la posture de la pratique dite du yoga, pour en faire un QCM avec des cases à cocher et des buts à atteindre.

Si vous prenez un moment de votre temps, regarder les flows proposés sur Instagram, tout le monde fait exactement la même chose. On passe de Adho Mukha Svanasana à Virabhdrasana I, Reverse Warrion, puis III, puis à Garudasana, puis à Ardha Chandrasana, puis dans un squat sur une jambe, le tout exécuté sur la même jambe. C’est beau, c’est fluide, ça calme, le cadre est joli. C’est l’image que l’on envoie sur la pratique et c’est ce qui est enseigné dans les cours. Maintenant gardons le même flow avec des temps de rétention de mouvement pour 12 respirations dans chaque posture. Très vite vous vous rendrez compte que ce flow n’est pas adapté pour.

En revanche, très vite vous allez comprendre ce que vous devez ressentir pour chaque posture. Car si vous gardez Virabhadrasana III pendant une minute, de vous même vous allez trouver le chemin pour y aller et pour la rendre confortable. De vous même vous allez comprendre la différence entre une hanche alignée face au tapis et une hanche qui s’ouvre sur le côté.

De vous même vous allez comprendre que si vous faites de l’hyper extension au niveau de la jambe tendue vous allez peut être devoir la micro plier pour vous sentir plus confortable. De vous même vous allez très vite assimiler que garder les bras tendus devant avec un drishti sur les pouces est bien plus compliqué qu’il n’y paraît et que peut être garder les mains aux hanches ou tendre les bras sur les côtés est plus judicieux. Et vous arriverez à cette conclusion par vous même, sans avoir suivi de tutoriels en amont, sans avoir demandé à un professeur comment aligner vos hanches.

Vous aurez vécu la posture dans ce qu’elle vous propose à un moment donné. Et peut être que le lendemain elle vous proposera autre chose, et que du coup ces nouveaux éléments vont venir enrichir non seulement votre pratique mais votre enseignement. Et la chose merveilleuse dans tout ça c’est que ce sont vos mots, vos ressentis, votre intégration qui vous permettront de la retranscrire au cas par cas à vos élèves. Vous saurez exactement comment l’adapter et la proposer car vous l’aurez vécu et assimilé.

Et puis peut être qu’un jour vous vous attarderez un peu plus sur les énergies apaniques versus praniques, sur les bandhas, sur la respiration et de là vous commencerez à toucher à la pratique avancée, pour ensuite comprendre ce que le yoga peut vous apporter sur un plan plus personnel et psychique. Mais avant tout ça, vous resterez dans l’aspect physique, dans l’aspect purement fitness du yoga.

Je n’ai rien contre les techniques de animal flow, ou exercices de mobilité, je ne suis personnellement pas bonne en animal flow et ça ne m’intéresse pas plus que ça, en revanche les exercices de mobilité j’adhère complètement, pour autant quand je pratique des asanas je ne les intègre pas. Je fais une différence entre ces exercices purement techniques et physiques et l’essence même de l’asana et de ce qu’il peut me proposer sur le moment, de la manière dont je peux interagir avec lui en changeant la respiration, en y ajoutant des rétentions de souffle et de mouvement.

La pratique est très simple si l’on prend le temps de lui donner du temps.

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