Je ne vous cache pas que ce shala, est l’un des plus strict et exigeant où j’ai jamais pratiqué.

J’avais déjà remarqué que les asiatiques, sous entendu Coréens, Japonais, Chinois, Thaïlandais étaient des pratiquants extrêmement assidus, exigeants et précis dans leurs mouvements. De mon point de vue, ce sont les meilleurs pratiquants.

C’est la première fois que je pratique à Bangkok et même si la ville ne me plait pas tant que ça, je dois avouer que ce shala va dorénavant faire partie de ma carte géographique.

Le niveau de pratique est digne de ce que l’on peut ressentir lorsque l’on pratique avec Sharath au main shala de Mysore.

Les professeurs sont stricts, mais très gentils, corrigent les vinyasas (le nombre de respiration pris pour aller dans une posture), et n’hésitent pas à aller voir l’élève pour lui faire refaire son comptage jusqu’à ce qu’il arrive parfaitement dans la posture, à la bonne inspiration, au bon moment, sans trop ni moins faire.

De manière générale les pratiques durent deux heures à deux heures et demi.

Mes pratiques commencent à 6.45 A.M. et je quitte le shala vers 8.55 A.M., sans me rendre compte que j’ai passé autant de temps sur mon tapis, à transpirer à grosses gouttes.

Refaire la posture

Ici ont refait les postures, à l’infini. Ca peut paraître très militaire, mais croyez le ou non, c’est fait de manière consciente.

A chaque fois que l’on refait, le plus souvent la respiration posée changera de place. Au lieu de l’amener dans la poitrine, on l’amènera vers les cuisses par exemple. Je parle pour moi, car je galère encore à remonter à partir de Urdhva Dhanurasana.

Hier j’ai regardé une pratiquante remonter sans problème, j’ai remarqué qu’elle ouvrait ses pieds sur le côté et qu’elle ramenait tout le poids vers l’intérieur des pieds. Je m’en suis donc inspirée, même si je sais très bien que les backbends nécessitent une rotation interne des fémurs, pour le coup, j’étais carrément en rotation externe.

Et ô miracle, j’ai senti mes jambes prendre le poids du corps et au moment où je m’apprêtais à remonter comme un star, une des profs est  venue, a mis ses pieds sur mes pieds, et me les a réalignés….. j’étais désespérée….

Elle m’a aidée à remonter, je l’ai regardée, et elle m’a dit “your feet, in not out, your knees in, not out. Do it again“…..

Pour le coup j’étais dégoûtée. J’ai jeté un coup d’oeil sur la pratiquante qui remontait les pieds en canard, elle a suivi mon regard, l’a reporté sur moi, a sourit et m’a dit “YOU can do it, do it again“…..

Je suis redescendue sur mon tapis, et j’ai refait la posture en marchant le plus proche vers mes pieds (ce sont les mains qui vont vers les pieds et pas l’inverse), j’ai décollé mes talons, la prof me les a remis à plat…… je voyais mes pieds, je me suis dit jusque là tout va bien, je suis proche, puis elle a appuyé ses mains sur mes illiacs en me demandant de pousser CONTRE ses mains pour ramener mon bassin plus haut, les genoux plus bas….. c’était physiquement pas possible, il fallait que je comprenne déjà où je me trouvais dans l’espace… je vois mes talons, c’est bon signe, et là je dois descendre mes genoux et monter mes hanches vers le haut, sans pousser mes côtes en arrière, impossible de traduire le mouvement.

Elle me fait remonter quand même : “tomorrow, now paschimottanasana“…. J’ai eu envie de pleurer pendant cinq minutes, puis c’est passé…

Ce matin il faisait super chaud.

En ce moment à Bangkok il fait 35°, je crois que ce matin à 6h30 le shala était déjà à 36°…… Ce fut une pratique plus que dégoulinante et j’ai remercié mes pratiques Bikram en amont qui m’ont aidée à supporter les grosses chaleurs et surtout m’ont appris comment les gérer.

Pour pouvoir pratiquer dans une telle chaleur, il faut respirer tout le temps, respecter les inspirations pour CHAQUE mouvement, chaque transition doit se faire lentement en prenant le temps d’allonger.

Si l’on travaille en compression, l’apport d’oxygène dans les membres sera moindre et c’est à partir de ce moment là que l’on se retrouve avec la tête qui tourne, le visage rouge, les tempes qui battent la chamade. Pour que la respiration soit optimale il est important d’allonger les côtes et les muscles intercostaux afin d’exploiter les poumons dans leur globalité.

Il faut donc pouvoir faire le mouvement avec économie sans pour autant le négliger.

Noter que pour le comprendre, il n’y a pas besoin de suivre des cours d’anatomie expliquant en long en large et en-travers comment les poumons fonctionnent, seule l’expérience parle.

J’ai compté absolument tous les vinyasas jusqu’à Navasana.

A ce stade j’étais déjà à plus d’une heure de pratique, sans aucun rajout de  vinyasa. J’ai suivi le compte au chiffre prêt, avec de longues inspirations et expirations.

J’arrive enfin aux backbends.

Je fais mes trois Urdhva Dhanurasana. Au troisième la prof est déjà sur mon tapis.

Elle me réa-ligne les pieds (j’avais l’intention de tricher si elle n’était pas venue), me resserre les genoux (là pour le coup je l’ai pas vu venir), et me demande de partir en backbend…..

Une fois dans la posture, elle sépare les illiacs de mes côtes, pour me montrer le chemin à prendre. Je ne sais pas comment je le comprends, mais je n’arrive toujours pas à le transmettre à mon bassin.

Elle me demande de rester comme ça pendant 5 respirations, qui me semblent 10 respirations. Je vois les veines de mes bras se gonfler, mais curieusement je n’ai mal nulle part, et je respire plutôt bien.

Elle me remonte. Et comme de bien entendu me demande de refaire.

Sans broncher je redescends, inutile de discuter.

Elle me dit qu’il faut que je travaille les muscles de mes jambes, là j’avoue qu’elle a raison, je pêche de ce côté là. Mes genoux sont mon gros points faibles, je crois que je n’ai jamais vraiment renforcer cette partie là que je sens et sais super faible.

Je repasse dans la posture. Elle me bloque carrément les pieds pour éviter la rotation externe, ce qui m’oblige à faire la rotation interne et soudainement les muscles de mes jambes, ceux qui n’ont jamais existés, ceux que j’ai ignorés pendant des décennies, entrent en action.

C’est tellement puissant que j’ai l’impression de ne plus avoir de force dans mes genoux quand je remonte.

Elle me dit : “Your flexibility is good, rib cage is good, spine is good, arms are good, knees not good, need more muscles“…..

Elle a bien évidement raison. 

Je refais, elle me remonte. Je vénère tous les saints que je connais, Jésus, Marie-Joseph, auréolés d’un “holly f***king Christ“…. c’est tellement fort j’ai l’impression que je vais tomber dans les pommes.

On refait.

Elle me regarde et met les mains en croix sur sa poitrine, je comprends qu’il faut faire les trois backbends sans descendre complètement, puis en descendre trois de plus, puis swinguer et remonter…. sauf que là je ne peux plus. J’ai les jambes qui flageolent.

Je la regarde, mains en Namaste, et lui dit “finish“…. elle rigole (thanks God j’ai envie de dire), et je passe en Paschimotanasana direction la closing Series.

De l’Asana au Pranayama

Certains vont sans doute penser “mais là ce n’est que de la pratique physique, on est loin du Yoga”.

J’aurai envie de répondre : “Blablablabla“…..

Une fois que le mental est calme et stabilisé, après une telle pratique je peux vous assurer que la probabilité est de 99.9999999%, de pouvoir s’asseoir en lotus, sans bouger pendant 10, 20 ou 30 minutes et pratiquer les Pranayamas sans effort, pour la diriger vers la méditation. Le processus devient extrêmement facile et accessible.

Par la suite, la journée que l’on abordera se fera sous un autre angle.

Les “problèmes” seront relativisés, les résistances tomberont de manière naturelle et la concentration sera beaucoup plus forte.

Demain c’est la nouvelle lune, temps d’introspection, pas de pratique.

De retour sur le tapis dimanche matin, et j’ai hâte !

Namaste,

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